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Comment le sarkozysme se coule dans le lit du capitalisme
Publie le samedi 10 janvier 2009 par Open-PublishingComment le sarkozysme se coule dans le lit du capitalisme
Le 25 septembre 2008, à Toulon, le Président de la République avait affirmé : « La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme… La crise financière n’est pas la crise du capitalisme. C’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahi l’esprit du capitalisme ». Après quoi, M. Sarkozy a mis 360 milliards d’euros à la disposition des banques, et a annoncé un plan dit de « Relance de l’économie » de 26 milliards d’euros, destiné essentiellement aux entreprises. Est-ce ainsi que l’on va refonder le capitalisme ?
Avant de voir quel sens on peut donner à une telle assertion, notons que cette crise aura eu au moins un mérite : faire que le mot « capitalisme » soit à nouveau utilisé par les politiques et les médias pour parler du système économique dans lequel nous vivons. En effet, durant ces dernières décennies, on ne parlait que de libéralisme, d’économie de marché ; capitalisme était pratiquement devenu un « gros mot » que seuls quelques « marxistes attardés » osaient encore employer. Caractériser, dénommer correctement une réalité, c’est déjà une bonne chose.
Le 8 janvier 2009, le Président de la République a, en quelque sorte, récidivé en dénonçant le capitalisme financier, « un système amoral où la logique des marchés excuse tout, où l’argent va à l’argent ». Mais, a-t-il aussitôt affirmé, « La crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme ». Est-ce si sûr ? La crise financière d’abord, la crise économique et sociale en train de se développer, ne s’inscrivent-elles pas dans la logique, dans le fonctionnement normal du capitalisme ?
La logique du capitalisme
Le capitalisme est un système économique qui s’est progressivement mis en place, pendant plusieurs siècles, à partir des activités commerciales et artisanales. Un tournant essentiel dans le développement du capitalisme est constitué par la révolution industrielle qui prend son essor au milieu du 19ème siècle. Tout au long du 20ème siècle ce système économique, même s’il a connu plusieurs crises, n’a cessé de s’étendre, et aujourd’hui, il concerne la quasi totalité de la planète. Comment fonctionne ce système ?
Le capitalisme s’est développé dans le cadre du marché où les différents acteurs économiques sont mis en concurrence. Cette concurrence est d’autant plus âpre qu’elle se développe sur des marchés mondialisés ou en voie de mondialisation. Pour survivre et gagner dans cette compétition, pour être le plus fort, il faut sans cesse augmenter son capital et pour ce faire il est indispensable de réaliser un maximum de profits. Cette recherche du profit maximal constitue le mécanisme fondamental du système capitaliste. Comment les détenteurs de capitaux, c’est-à-dire les capitalistes, peuvent-ils atteindre ce but ?
Disons, dans une première approche, que trois processus fondamentaux sont à l’œuvre, qui vont concourir à la réalisation cet objectif.
Le premier, que l’on peut considérer comme le processus de base, a trait à la répartition de la valeur produite dans la sphère économique : celle-ci s’est faite de plus en plus, pendant ces dernières décennies, au profit du capital et au détriment des travailleurs, des salariés. Selon un rapport de l’OCDE d’octobre 2008 : « La croissance économique au cours des 20 dernières années a davantage bénéficié aux riches qu’aux pauvres ». Cette déflation salariale, cette chute de la part des salaires dans le PIB, a permis au capital de se tailler la part du lion dans l’appropriation des profits, et ce d’autant plus que la productivité du travail n’a cessé d’augmenter. Cependant, ce déséquilibre dans la répartition de la valeur produite va poser un problème de pouvoir d’achat pour une grande majorité de la population qui ne sera plus en mesure de consommer la masse de biens matériels et de services mis sur le marché. Pour éviter un blocage du cycle production-consommation, pour relancer la consommation, une « solution miracle » va être trouvée : développer le crédit, accorder massivement des facilités d’accès au crédit sous toutes ses formes (à taux fixe, à taux variable, hypothécaire) à des couches de plus en plus larges de la population, quel que soit leur revenu. On va ainsi créer du pouvoir d’achat « artificiel » et on va gonfler de façon monstrueuse la masse du capital financier. A la dette des particuliers viendra s’ajouter le gonflement de la dette des Etats, en particulier aux Etats-Unis où, pour satisfaire les intérêts des entreprises américaines, et en tout premier lieu celles du complexe militaro-industriel, pour leur permettre de réaliser de fabuleux profits, le gouvernement va se lancer dans les aventures militaires qui nécessiteront d’importants financements.
Une deuxième voie est de plus en plus souvent empruntée par les entreprises productrices de biens matériels et de services pour réaliser un maximum de profits : délocaliser leurs productions, leurs activités vers les pays à faibles coûts de main-d’œuvre où la protection sociale des travailleurs est le plus souvent quasi inexistante.
Une troisième façon de réaliser un profit maximal consiste à investir le capital dans les secteurs où il sera le plus rentable. Et de ce point de vue, c’est le secteur financier mondialisé qui offre la meilleure rentabilité avec, évidemment comme conséquence, une hypertrophie de ce secteur. La création de produits financiers de plus en plus complexes, la déréglementation bancaire facilitant la titrisation, les paradis fiscaux fonctionnant en osmose avec l’ensemble du secteur financier,…ont conduit à la création d’une bulle financière que plus personne ne maîtrise et dont on n’est même plus capable d’évaluer l’ampleur.
Une crise systémique aux conséquences dramatiques
L’éclatement de cette bulle révèle une crise plus fondamentale, une crise systémique de l’ensemble du mode capitaliste de production, d’échange et de consommation. Il n’y a pas un mauvais « capitalisme financier » d’un côté et un bon capitalisme de l’autre. La crise financière et la récession économique sont intimement liées ; elles s’inscrivent dans la logique du système capitaliste, avec des effets sociaux effrayants : amplification du chômage, nombre croissant de pauvres, de personnes dans la misère, d’exclus, de précaires, de SDF. Déjà, aujourd’hui dans l’UE, 16% de la population (78 millions de personnes) vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et que dire des conséquences de cette crise sur les peuples des pays pauvres ou en voie de développement ?
Mais, hommes et partis politiques, médias et « experts » de tout poil tentent de jeter un voile pudique sur cette réalité en présentant cette crise, dite de « l’économie réelle », comme une simple conséquence de la crise financière qui sera surmontée par des aides massives accordées aux banques et aux entreprises, ainsi que par « la moralisation du capitalisme financier » (N. Sarkozy, discours du 25/9/2008 et du 8/1/2009 ). Cette distinction entre capitalisme et « capitalisme financier », ce discours sur la nécessité de moraliser ce dernier, ne sont que pures fictions idéologiques et démagogiques.
On entend beaucoup moins ces derniers temps tous ces patrons (ainsi que le MEDEF), tous ces dirigeants, tous ces banquiers, tous ces détenteurs de capitaux, tous ces gros actionnaires qui ont profité du système, qui se sont enrichis de façon éhontée pendant plusieurs décennies. Mais, nombreux sont ceux qui, malgré la crise, continuent à s’enrichir et agissent pour imposer aux Etats de leur accorder des aides, de relancer le système à coup de milliers de milliards de dollars (ou d’euros) qui, d’une façon ou d’une autre, maintenant ou à l’avenir, seront payés par les contribuables, par les travailleurs, par l’immense majorité de la population. Et le pouvoir politique se soumet aux exigences des pouvoirs économique et financier.
En son temps, R. Reagan disait : « l’Etat n’est pas la solution, il est le problème ». En moins de trois décennies ce principe est devenu dominant, martelé par tous les idéologues du libéralisme , les partisans de la soi-disant autorégulation des marchés, repris par le FMI, par l’UE, par les gouvernements qui n’ont eu de cesse de privatiser, de démanteler les services publics, d’apporter des aides financières aux entreprises sans aucune contrepartie. Les mêmes aujourd’hui, sans vergogne, sans une once de dignité, préconisent l’intervention de l’Etat et élaborent des politiques qui visent à mettre l’argent public au service des banques et des entreprises privées.
L’indispensable lutte des travailleurs
Tout au long du développement du capitalisme, les luttes des travailleurs ont permis d’arracher des conquêtes sociales dans différents domaines : augmentation des rémunérations, réduction du temps de travail, amélioration des conditions de travail. Ces avancées se sont souvent traduites dans des lois et dans différentes dispositions du Code du travail. Cependant, ces conquêtes sociales sont toujours restées très limitées et n’ont jamais fait des travailleurs embauchés en CDI ou des fonctionnaires, des privilégiés comme on l’a souvent entendu dire ; la crise d’aujourd’hui montre qui sont les véritables privilégiés : gros actionnaires, banquiers, cadres dirigeants, patrons de grandes entreprises,…
Ce que l’histoire nous apprend aussi c’est que les conquêtes sociales ne sont jamais acquises une fois pour toute. Tout un ensemble de facteurs tels que la montée du chômage, les menaces de délocalisation, l’affaiblissement des organisations de défense des travailleurs, le triomphe de l’idéologie libérale peuvent conduire à une remise en cause de ces acquis. C’est ce qui s’est passé ces vingt dernières années avec le développement d’un mouvement réactionnaire initié par Reagan et Thatcher. Le passage au capitalisme de la Chine et des pays de l’ancien Empire soviétique, n’a fait qu’accentuer ce phénomène.
C’est dans la continuité de cette politique réactionnaire que s’inscrivent aujourd’hui les « réformes » menées en France par N. Sarkozy et son gouvernement, avec une communication médiatisée omniprésente, visant à en masquer la nature.
Le sarkozysme : de la démagogie du discours à la brutalité des actes
La mise en œuvre de cette politique réactionnaire fait apparaître, dans différents domaines, un décalage énorme entre, d’une part, les objectifs affichés, les discours et, d’autre part, les mesures prises ou les résultats obtenus.
Sous prétexte de rendre les entreprises plus compétitives, de faciliter les recrutements, on a remis en cause tout un ensemble de dispositions du Code du travail protectrices des travailleurs : contrats de travail précaires, flexibilité et procédures de licenciement favorables aux employeurs,…D’où un affaiblissement des salariés par rapport aux directions d’entreprises. A quoi s’ajoute une dégradation continue des conditions de travail (gestion par le stress, pénibilité physique ou psychologique, temps partiel imposé,…). Sans que les résultats soient au rendez-vous, puisque la récession économique est là et que le chômage est reparti à la hausse.
Le principal objectif de la loi TEPA (Paquet fiscal) était de « stimuler la croissance économique ». Essentiellement favorable aux entreprises et aux nantis cette loi, qui entraîne un déficit public de l’ordre de 15 milliards par an, n’a eu, comme chacun peut s’en rendre compte, aucun effet de relance de l’économie.
La remise en cause des services publics s’inscrit dans la politique de l’Union Européenne visant à développer la libre concurrence. Nous sommes en présence d’une démolition progressive, mais systématique, organisée, des services publics tels que la poste, la santé, la justice, l’audio-visuel public. De même, la réduction du nombre de fonctionnaires devait permettre de réduire le déficit de l’Etat, de respecter le pacte de stabilité européen (déficit public plafonné à 3% du PIB), afin, entre autre, de ne pas pénaliser nos enfants. Mais ces objectifs sont abandonnés sans aucun état d’âme quand on décide d’aider les banques, puis les entreprises. Oubliés les enfants. Mais les suppressions de postes de fonctionnaires continuent, avec par exemple, une dégradation dramatique de l’Education Nationale.
En matière de logement, la loi Boutin (actuellement en discussion au Parlement) se fixe pour objectif « la mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion ». En fait, le budget 2009 pour le logement, ainsi que différentes dispositions de cette loi, vont à l’encontre des objectifs affichés. En effet, le budget du logement social, en régression de 30,5%, traduit un désengagement financier sans précédent de l’Etat.
La mise en œuvre de la loi Boutin conduira à un véritable démantèlement du service public du logement social (remise en cause de la loi SRU et du 1 % logement, surloyers de plus en plus élevés pour les locataires en HLM et mobilité forcée, revenus du Livret A affectés en partie à d’autres actions que le logement social, mise en vente de 40.000 logements HLM). Cette politique va contraindre un grand nombre de personnes ayant des revenus modestes à se loger dans le privé ou à accéder à la propriété avec le surendettement que cela implique. Quand on connaît le rôle du surendettement dans le déclenchement de la crise et les ravages qu’il a occasionné aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, il est totalement irresponsable de vouloir engager les Français dans cette voie. Enfin, des aides de plusieurs milliards sont accordées au secteur privé de l’immobilier sans aucune réglementation des loyers, ni un quelconque projet de réquisition des dizaines de milliers d’appartements vides. Cette politique ne peut qu’aggraver la crise du logement qui touche 3,4 millions de personnes mal logées ou sans domicile personnel et générer encore plus d’exclusion et de drames humains.
Lors de la campagne pour les élections présidentielles, M. Sarkozy avait affirmé qu’il serait le « Président du pouvoir d’achat ». Or, que constatons-nous aujourd’hui ? Le pouvoir d’achat de l’immense majorité de la population ne cesse de régresser (selon un sondage Ipsos du 4 décembre 2008, 68% des français estiment que leur pouvoir d’achat a baissé depuis un an). Rien n’est fait pour augmenter de façon conséquente ce pouvoir d’achat, alors qu’une telle augmentation serait une mesure essentielle de lutte contre la récession. Les milliards d’euros donnés aux banques ne produisent pas de relance de l’économie ; quant à la protection des dépôts des épargnants, il semble que ce soit plutôt l’épargne des particuliers qui protège les banques, et non l’inverse. Les financements publics, les aides de l’Etat vont toujours dans le même sens, au profit des banques, des entreprises, du capital et non au profit des salariés, des travailleurs, ce qui ne peut qu’accentuer le déséquilibre dans la répartition entre le capital et le travail, déséquilibre qui est à l’origine de la crise financière et économique que nous commençons à subir, avec des conséquences sociales dramatiques.
« Président du pouvoir d’achat », « Aller chercher la croissance avec les dents » : promesses électorales non tenues. « Politique de civilisation », « Refonder le capitalisme », « Moraliser le capitalisme financier » : slogans vides de sens. Le sarkozysme c’est le discours, la parole qui sont utilisés, non pour analyser, pour expliquer, pour se comprendre, mais pour tromper, pour mystifier. Mais c’est aussi, et essentiellement, une politique en faveur de tous ceux qui détiennent le capital et qui oeuvrent pour en tirer un profit maximal, au détriment de l’immense majorité de la population qui voit ses conditions de vie et de travail se dégrader chaque jour un peu plus, au point d’en devenir insupportables.
Le 10 janvier 2009
Jean MARIN




