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DU VIDE EXISTENTIEL DU CAPITALISME

lundi 29 mai 2006 - Contacter l'auteur - 13 coms

Á propos du livre de Christian ARNSPERGER, Critique de l’existence capitaliste - Pour une éthique existentielle de l’économie (Cerf, 210 pages, 2005)

de Philippe CORCUFF

Le capitalisme se révèle tout à la fois pourvoyeur d’inégalités sociales et brouilleur de sens. C’est la piste sur laquelle nous entraîne Christian Arnsperger, philosophe de l’économie.

Selon lui, « le capitalisme nourrit, de façon mécanique, les angoisses mêmes qui lui donnent de la force (...) renforce sans cesse notre peur de ne plus être reconnus et de ne plus assumer notre propre finitude existentielle ». Au cœur des dégâts causés par le capitalisme sur nos individualités, il y aurait la négation de la finitude humaine, c’est-à-dire des limites corporelles et mortelles de chaque être humain.

La course sans fin à la consommation entretient nos angoisses en s’efforçant vainement de colmater nos brèches existentielles. Et le capitalisme nous rend inégaux dans ce marathon au final frustrant : les privilégiés cherchent à nier imaginairement leur finitude aux dépens des autres, dans l’exploitation des autres.

Pour Arnsperger, la dynamique capitaliste s’inscrit dans une impasse existentielle. C’est aux anticapitalistes que revient la tâche d’inventer un monde égalitaire, offrant des possibilités partagées permettant à tous ses membres d’assumer une finitude partagée. Il y va d’une répartition radicalement différente des moyens (économiques, culturels, politiques...) permettant d’alléger le poids de la finitude de chacun, afin que chacun puisse s’assumer comme mortel. Plutôt que de se fourvoyer dans les dérivatifs inventés par le capitalisme pour nous masquer notre finitude, une telle émancipation nous aiderait « à habiter lucidement la béance, à accepter la brèche de sens d’une existence toujours en question ».

Cet ouvrage s’avère un complément stimulant à la critique marxiste du capitalisme, mettant en évidence la variété des ressources critiques à l’œuvre dans la philosophie et les sciences sociales contemporaines, à côté et en relation avec un marxisme ouvert.

Paru dans Rouge (hebdomadaire de la LCR), n° 2159, 18 mai 2006

Mots clés : Commerce-Indus.-Bourse / Dazibao / Littérature-Philo-Livres / Philippe Corcuff /

Portfolio

Messages

  • Il était pas un peu matérialiste Marx ?

    • Réponse au commentaire sur le "matérialisme" de Marx. Le matérialisme de Marx, c’est le matérialisme du CAC 40. Mais cette "réalité matérielle" est tout autant une "réalité intellectuelle, idéelle, spirituelle" ; Marx dit qu’en dernière instance, cette réalité "spéculative" (l’esprit de l’argent, le "mana" de la marchandise) est assise ("déterminée" dit-il) sur la réalité matérielle, corporelle, physique de la nature et de l’homme exploitée dans par par le processus économique. Mais ce processus économique capitaliste, d’où il vient ? Certes dans une version historique-généalogiste, on va dire qu’il vient de l’histoire, de la nécessité... et autres "universaux". Mais d’où qu’il vienne, ce qu’il est, et s’il modifie et s’asseoirt sur des réalités physiques (matérielles), n’est-il lui même qu’un processus matériel ? Non il est tout autant sinon plus, langages, conventions, représentations, "institutions du sens"... "sphère idéelle et spitiruelle", qui agit et bouleverse les réalités physiques, corporelles et matérielles. La question de savoir ce qui est "premier", au sens génétique ou causal, est une question métaphysique dépassée ; On sait qu’il y a rétro-action, que la causalité n’est jamais ni mécanique, ni linéaire, qu’une idée peut ne pas être qu’un "reflet" mais une force agissante. En ce sens le terme "matérialisme" doit aujourd’hui (après 150 ans d’histoire de la science et de la philosophie) être "révisité".

  • La Chine, le Viet Nam, Cuba. En cours, la Bolivie, le Vénézuéla. Quant au capitalisme monopoliste d’Etat actuel de Poutine (qui diffère finalement assez peu de ce qu’on vivait à la fin sous Brejnev/ Andropov/ Tchernyenko), il n’est pas sûr que cela dure des décennies, et - qui vivra verra - j’espère pour eux que cà ne ressemblera pas aux USA ou au Brésil. Quant au "marxisme" et nos croyances, c’est sûr que lorsque le capitalisme disparaitra, alors le marxisme et ce système de croyance (au sens du philosophe américain CS Peirce : toute science, religion, idéologie... est un "système de croyance" qui tend à éteindre un doute) disparaitra aussi, et ne subsistera que comme quelque chose de passé (le stoïcisme, l’épicurisme, la logique de Dun Scot... aussi). Maintenant si votre modèle c’est l’impérialisme armé de Bush/Bismarck, je comprend votre position philosophique.

  • En italie , le president de la chambre des députés , c’est un communiste , et tout cela pour une raison fort simple , tant qu’il y aura des capitalistes et bien il y aura des communistes .
    un loulou coco .

  • Passer d’un texte critique sur le capitalisme à des commentaires quasi exclusivement consacrés à la critique et à la défense du marxisme, faut le faire question détournement.

    Le Yéti (stupéfait)

    • Oui mais entre le message 2 et le message 3, il y a eu un fil anti-communiste qui a depuis été supprimé (le message 3 était une réponse à ce fil), ensuite les 4 et 5 sont un commentaire à cela.
      mainteant, à la fin de l’article de Corccuf, il y a la référence à un "marxisme ouvert" aux apports de la critique des sciences sociales contemporaines (dont le livre édité au cerf, que recense Corcuuf - et qui semble a priori, d’après ce qu’en dit Corccuff, et quand on connait les éditions du cerf, d’inspiration personnaliste/ chrétienne). le premier commentaire, fort laconique, en appelait au "matérialisme" de Marx (sous un mode ironique peut-être). Pour ma part je n’ai ensuite ni défendu ni critiquer le "marxisme" (qu’est-ce qu’on met exactement derrière ce mot d’ailleurs ? L’oeuvre de Marx, stricto-sensu et seulement la théorie de Marx ? Les prolongements - souvent très discutables, quant à la fidélité au "Maître" - de Engels, particulièrement dans la décennie 1880-1890 ? La "science marxiste" de la IIème internationale, notamment allemande et austro-hongroise (Kautsky, Hilferding, Luxemburg) ? La critique bolchévik des précédents (Lénine...) ? Le "Diamat" enseigné des années 50 aux années 70 dans les universités de l’est de l’europe (dont de très grands philosophes comme Lukàcs, Ernst Bloch, Kowalevski, Karel Kosik) ? Le marxisme universitaire de l’ouest durant la même période ? Une synthèse de tout cà ? (impossible à réaliser par définition). Où bien définiras-t-on le marxisme à la manière des marxistes de parti , qui ne se réduit pas à la production intellectuelle de telle ou telle, mais à un mouvement de pensée collectif, une idéologie, un "appareil idéologique", un "courant de pensées et de pratiques" (au pluriel), une "culture", une nouvelle religion, ou une religion de type nouveau ? une science sociale ? une éthique, une discipline morale ? Le rapport de tous ces "marxismes" à la pensée et à la production intellectuelles de Marx, et à sa pratique historico-politique ? L’un des paradoxes tout de même du "Marxisme", c’est que, alors que c’est une pensée, qui insiste sur la dimension collective et sociale du devenir historique (il n’y a pas de "théories des grands hommes" comme chez Hegel et biend ’autres par exemple, ou des "individualités transcendantes"), ses adeptes et continuateurs aient à ce point personnalisé le nom du courant de pensée et d’action qu’ils voulaient promouvoir (le marxisme, puis le léninisme, le maoïsme...). Mais il y a beaucoup d’autres "paradoxes" dans le "marxisme". Et c’est tout de même la recension de Corccuff qui fait référence à ce "marxisme ouvert", comme si la signification de ce mot allait de soi (mais c’est vrai que c’est dans "Rouge", et que le lecteur de base de "Rouge" est censé savoir ce que c’est le "marxisme ouvert".

    • je pense qu’il y a quelque chose à trouver à partir de l’opposition communisme - capitalisme, mais je ne suis pas sûre que ce soit en termes marxistes ou hégéliens. Le capitalisme est pour moi un système juridique inventé pour accumuler de l’argent et ayant à sa base un dédoublement de personnes : une personne physique, vivante, se dédouble pour créer une personne morale, un autre soi-même, qu’elle dote d’un nom (particulièrement difficile, quand le nom de la personne physique et celle de la personne morale, c’est-à-dire, de la société, est identique et non pas différend, comme chez Michelin, lisez les journaux ...), de statuts, d’un but, d’une durée de vie illimitée, de gérants (à durée de vie limitée) et d’un certain montant, par exemple la société anonyme une telle à capital tant. Cette personne morale est une création ex nihilo, avec une vie renouvelable de génération en génération, donc avec forte tendance vers l’éternité. Avec le temps, ce dédoublement initial s’oublie, les personnes morales mènent une vie indépendante de leur créateurs.
      C’est pourquoi je comprends, au delà de tout marxisme-hégélianisme-maoisme etc., le communisme avant tout comme un système philosophique critique, spécialisé dans la défense et protection de l’identité des personnes physiques contre celle des personnes morales, et qui veille à ce nous ne tombant pas dans la confusion mentale qui fait le lit de la psychiatrie.
      angela anaconda

    • Moi, ce que je n’arrive toujours pas à comprendre, mais peut-être s’agit-il de la nature humaine, ce besoin qu’ont des êtres humains de vouloir s’accaparer de tout, même de la vie. Et s’ils pouvaient, ils achèterait aussi l’univers. Mais peut-être Arnsperger répond aux questions que je me pose depuis que je suis gosse. Ce que je sais par contre, c’est que ce système où les valeurs suprêmes sont le fric et la propriété privée, c’est qu’il rend fou en détruisant le monde et le sens même de la vie.

      William

  • "Poors get Poor, Richs get rich" (les pauvres s’appauvrissent, les riches s’enrichissent)

    Vous connaissez la théorie du ruissellement, qui enseigne que plus les riches gagneront de
    l’argent, et moins les pauvres seront pauvres ?

    Elle sert encore aujourd’huis à défendre les thèses libérales.
    Soit-disant, plus les riches feront de l’argent, et plus les pauvres en récolteront les fruits...

    En réalité, le fric retourne aux riches, et les pauvres sont le nez contre la vitrine...

    "Poors get Poor, Richs get rich"

    Ce simple aphorisme anglo-saxon explique plus de chose que beaucoup de milliers de pages écrites au sujet du capitalisme.

    LIEBER ROT ALS TOT (prenez un dico allemand pour traduire)

    jyd.

  • ... Finalement, Herbert Marcuse avec son "Homme unidimensionnel", son analyse des "faux besoins" et autres, disait des choses assez semblables, ... Pourquoi l’a-t-on flanqué aux oubliettes comme s’il s’agissait du dernier des ringards ?
    foma

    • "Les faux besoins", parlons-en. Pendant des années on nous a rabattu les oreilles avec le : "consommer à tout prix et plus pour faire tourner les entreprises". Attitude artificielle. Les ressources naturelles ne sont pas éternelles, elles. Et puis arrêtons cette hypocrisie face à l’argent. J’ai beau chercher dans ma p’tite tête un meilleur système d’échange, ben j’trouve pas. Maintenant, qu’il faille encadrer le système monétaire , ok. Si des gens sont riches, c’est qu’ils l’ont pris quelque part. Et si des gens sont pauvres c’est qu’on les a abusés, volés. Ok. Tout ce système est contre nature. Donc réaction légitime.
      Au fait, qu’allait faire Michelin au milieu de l’océan, déguisé en simple pêcheur ? La vraie liberté serait-elle ailleurs que dans un cocon doré ?

  • Comme mon commentaire menaçait d’être un peu long pour un commentaire, me suis permis de le transformer en article : Conscience assassine. Il ne vise à rien d’autre que d’essayer de compléter l’intéressant article de Philippe Corcuff sur ce livre que je ne manquerai pas de me procurer, et les excellents commentaires qui précèdent.

    Le Yéti

  • Qu’en disait Onkel Karl :
    " Le besoin d’argent est donc le vrai le vrai besoin produit par l’économie politique et l’unique besoin qu’elle produit. La quantité de l’argent devient de plus en plus l’unique et puissante propriété de celui-ci ; de même qu’il réduit tout être à son abstraction, il se réduit lui-même dans son propre mouvement à un être quantitatif. L’absence de mesure et la démesure deviennent sa véritable mesure.
    Sur le plan subjectif même cela se manifeste d’une part en ceci, que l’extension des produits et des besoins devient l’esclave inventif et toujours en train de calculer d’apétits inhumains, raffinés, co,ntre nature et imaginaire - la propriété privée ne sait pas transformer le besoin grossier en besoin humain ; son idéalisme est l’imagination, l’arbitraire, le caprice, et eunuque ne flatte pas avec plus de bassesse son despote et ne cherche pas à exciter ses facultés émoussées de jouissance pour capter une faveur avec des moyens plus infâmes que l’eunuque industriel, le producteur, pour capter les pièces blanches et tirer les picaillons de la poche de son voisin très chrétiennement aimé. (Tout produit est un appât avec lequel on tâche d’attirer à soi l’être de l’autre, son argent ; tout besoin réel ou possible est une faiblesse qui attirera la mouche dans la glu ; exploitation universelle de l’essence sociale de l’humain, de même que chacune de ses imperfections est un lien avec le ciel, un côté par lequel son coeur est accessible au prêtre ; tout besoin est une occasion pour s’approcher du voisin avec l’air le plus aimable et lui dire : cher ami, je te donnerai ce qui t’est nécessaire mais tu connais la condition sine qua non ; tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui te lie à moi ; je t’étrille en te procurant une jouissance). L’eunuque industriel se plie aux caprices les plus infâmes de l’homme, joue l’entremetteur entre son besoin et lui, excite en lui des appétits morbides, guette chacune de ses faiblesses pour lui demander ensuite le salaire de ces bons offices."

    K.Marx. Manuscrits de 1844, 3ème Manuscrit. p. 101 ed. française . Ed. sociales, Paris, 1972.

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