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G7 avare pour l’Asie : moratoire sur la dette

mardi 11 janvier 2005 - Contacter l'auteur


Sur proposition britannique, les Sept acceptent la suspension de 2,2 milliards de remboursements de la part des pays frappés par le tsunami. Le Club de Paris va décider. Les bénéficiaires restent froids.

de ANNA MARIA MERLO

La Grande Bretagne, qui préside le G8, a fait accepter aux autres membres du G7 (les pays plus industrialisés du monde moins la Russie) la proposition d’un "moratoire immédiat sur le remboursement de la dette" contractée avec d’autres pays et avec les institutions internationales, en faveur des pays frappés par le tsunami.
L’idée avait été défendue par le chancelier Schröder, suivi par la France, l’Italie et le Canada et, in fine, par le Japon, qui est en effet le plus gros créditeurde la région (60% des crédits, suivi par l’Allemagne).

Une suspension qui représente 2,2 milliards d’euros par an. En réalité, l’approbation du moratoire - qui n’annule pas la dette - n’est pour le moment que sur le papier, puisque la véritable décision doit être prise par le Club de Paris - les 19 principaux créditeurs publics mondiaux - qui se réunira le 12 janvier. En revanche, il n’y a plus aucune trace de l’idée de supprimer la dette étrangère du Sri Lanka, avancée par Londres. L’Occident s’avère généreux dans la foulée de l’émotion (4 milliards promis auxquels on doit ajouter les aides incalculables des particuliers) mais la réaction des pays bénéficiaires semble froide. Pourquoi ? L’Indonésie, qui a une dette de 130 milliards de dollars environ, a même précisé il y a quelques jours "n’avoir rien demandé" à ce sujet.

La Thaïlande, préoccupée de ne pas envoyer de signaux négatifs au dieu marché, a déjà fait savoir qu’elle était parfaitement en mesure de faire face aux échéances de sa dette extérieure. L’Indonésie est préoccupée des "conditions" qui accompagnent habituellement les concessions du moratoire : en effet, quand la dette est restructurée au sein du Club de Paris, intervient le Fond monétaire qui impose sa politique. L’Indonésie doit au Club de Paris 37 milliards de dollars et pour 2002 et 2003 elle avait conclu un accord concernant plus de 15 milliards, une bouffée d’oxygène pour pouvoir faire face aux effets de la crise financière de 97-98. Mais pour 2005 le remboursement aurait dû être de 3 milliards de dollars.

L’initiative du moratoire est "financièrement facile à faire, économiquement efficace, politiquement intelligente", soutient l’Elysée. Mais la course aux aides dans la foulée de l’émotion cache une "pingrerie" de fond. De fait, le projet d’un financement structurel pour faire face à la pauvreté dans le monde a beaucoup plus de difficultés à se frayer un chemin. Jacques Chirac, qui ne manque jamais d’idées grandioses sans suite, a encore proposé le 6 janvier une "taxation internationale", qui permettrait à la communauté internationale de disposer d’une somme considérable à long terme. France, Brésil, Chili et Espagne avaient récemment avancé cette idée de taxe internationale, pas définie dans les détails, qui pourrait être imposée sur les ventes d’armes, sur les transactions financières, sur le transport aérien ou autre.

Au contraire, la Grande Bretagne est de l’avis qu’il pourrait s’agir, plutôt que d’une "taxe" mal perçue par les contribuables, d’un "plan Marshall" en faveur des pays en voie de développement (en particulier, avant la catastrophe asiatique, l’idée avait été pensée pour l’Afrique). Selon Gordon Brown, chancelier de l’échiquier, qui a représenté l’idée à la veille du sommet de Jakarta et qui envisage de la proposer à nouveau au G8, la dette étrangère des pays moins avancés pourrait être annulée. L’argent pourrait être trouvé en ayant recours aux réserves en or du Fond monétaire international. Les projets abondent, mais en substance les désormais fameux "Objectifs du Millénaire" établis en 2000 sont loin d’avoir été honorés. En 2000, les pays membres de l’Onu se sont engagés à réduire de moitié la pauvreté dans le monde : en chiffres, il manque environ 50 milliards de dollars par an pour faire face à l’urgence quotidienne.

Au rythme des aides actuelles, la promesse de donner une instruction élémentaire à tous les enfants africains d’ici 2015, ne sera tenue qu’en 2129. La promesse de porter à 0,7% du PIB des pays riches l’aide au développement date désormais de quelques décennies : seuls les pays scandinaves s’en approchent, alors que les Usa sont au 0,14% (La France est au 0,4). Londres propose de créer une nouvelle structure, l’"International Finance facility", qui devrait faire fructifier sur les marchés financiers les financements pour l’aide au développement et faire sortir ainsi les 50 milliards de dollars nécessaires.

Traduit de l’italien par Karl & Rosa de Bellaciao

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