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HANAN ASHRAWI "Le problème le plus grave est l’occupation"

vendredi 19 novembre 2004


L’ex ministre palestinienne parle : c’est le moment que l’Europe intervienne.
Mûrs et démocrates. L’activiste pour les droits humains s’apprête à devenir un
personnage de la vie politique. Et elle prévoit : avec les élections la maturité définitive
d’une société déjà pluraliste.


de MICHELE GIORGIO

Hanan Ashrawi pourrait devenir un personnage de la scène politique palestinienne dans l’après-Arafat. Parlementaire, ex-ministre, activiste des droits humains, de foi chrétienne, n’hésite pas à mettre l’accent sur les pas que les palestiniens devront accomplir pour combler le vide laissé par Yasser Arafat mais ne manque pas non plus de pointer du doigt l’occupation militaire israélienne en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem Est. "C’est ça le problème le plus urgent", souligne-t-elle avec force. Nous la rencontrons alors qu’elle entre à la Muqata de Ramallah, pour rendre une visite à la tombe du président palestinien.

Madame Ashrawi, la mort du président Arafat semble avoir clôturé une ère pour tous les Palestiniens. En est-il vraiment ainsi ?

Arafat laisse sans aucun doute un grand vide. Le président avait le don ecceptionnel de savoir gérer plusieurs choses en même temps, parfois en violation même des lois qu’il avait lui-même veillé à ratifier. Il pouvait le faire parce qu’il était Yasser Arafat, qu’il jouissait aux yeux des gens d’un "statut spécial". C’était une figure irremplaçable, c’est pourquoi les leaders qui lui succèderont devront effectuer des choix concrets et rapides. Il faut mener à son terme le processus de démocratisation par la convocation des élections pour le nouveau président, en espérant que l’ occupation israélienne ne fasse pas obstacle aux procédures d’enregistrement dans les bureaux électoraux et aux éventuelles opérations de vote. Nous ne devons pas oublier que notre peuple vit dans des conditions très difficiles, avec de grandes difficultés à se déplacer et une crise économique sans précédent ces dernières années.

Vous soulignez les conséquences de l’occupation israélienne sur la vie des Palestiniens. La communauté internationale, en particulier les Etats-Unis et l’Europe, n’ont pas fait grand-chose pour garantir la réalisation des doits de votre peuple.

C’est vrai. La politique américaine de ces dernières années est restée calquée sur les positions intransigeantes du premier ministre israélien Sharon. C’est incroyable mais l’unique super-puissance, le pays le plus fort du monde, a renoncé à avoir un rôle dans cette région et a défini sa politique sur la base de la politique israélienne. J’espère que tout cela va changer mais, à vrai dire, je ne suis pas très confiante. Quant à l’Europe, elle doit avoir un rôle plus incisif. Mais malheureusement Bruxelles ne semble mettre l’accent depuis quelques temps que sur la nécessité pour les institutions palestiniennes de devenir plus démocratiques en oubliant que notre problème principal demeure l’occupation israélienne. Il y a quelques années, l’Europe ne faisait référence qu’au processus de paix et à la sécurité d’Israël, elle parle maintenant de réformes et de démocratie. Elle laisse par contre de côté notre droit à un Etat indépendant et à une paix fondée sur la justice. Le ministre des affaires étrangères de l’Union Européenne, Javier Solana, a affirmé la volonté de l’Europe d’aider, par l’affectation de fonds, le processus électoral palestinien. Bon, ce sont des financements nécessaires. En même temps, le conflit en cours sur notre terre n’est pas une question d’argent mais de volonté de faire appliquer les résolutions de l’Onu et de réaliser nos aspirations.

Le thème de la transition politique dans l’après-Arafat est dominant ces jours-ci. Nous avons vu Abu Mazen devenir président du Comité exécutif de l’Olp et Abu Ala conserver sa charge de premier ministre. Ils sont pourtant nombreux à affirmer que la lutte pour le pouvoir se déchaînera bientôt et que les Palestiniens risquent la guerre civile.

Ce sont des exagérations visant à nous décrire comme un groupe de clans armés qui n’attendent rien d’autre que de se faire la guerre. Les Palestiniens sont au contraire une société mûre, déjà suffisamment démocratique. Ce ne sont pas des Taliban, nos femmes ne sortent pas avec la burka et ne sont pas cloîtrées chez elles. Nous sommes une société aux idées et aux personnalités politiques très différentes qui cohabitent. Les élections et l’implication de toutes les forces en scène peuvent sans aucun doute amener à son terme le processus de maturation politique et créer les conditions pour l’alternance politique qui garantisse un rôle à l’opposition.

Traduit de l’italien par Karl & Rosa de Bellaciao

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