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Journée de l’eau : l’eau vive des altermondialistes

mardi 22 mars 2005

de Jean-Claude Oliva

Le deuxième forum alternatif mondial de l’eau (FAME) s’est tenu à Genève, du 17 au 20 mars. Aux ingrédients désormais classiques du mouvement altermondialiste - diversité des 150 ONG et des 1 200 participants venus d’une cinquantaine de pays, personnalités emblématiques comme Riccardo Petrella, Vandana Shiva, Jean Ziegler, Danielle Mitterrand, Mario Soares, Maud Barlow ou Aminata Traoré, présence des élus et des parlementaires aux côtés des mouvements sociaux - s’ajoutent ici une plus grande facilité à passer du local au global, de l’écologie au social, l’eau fluidifiant sans doute les échanges, et surtout la volonté de bâtir ensemble une véritable alternative.

L’eau polluée tue 9 000 enfants par jour

Un être humain sur trois n’a accès qu’à une eau polluée, ce qui provoque la mort de 9 000 enfants chaque jour. Le forum ne s’en tient pas au constat de cette effroyable tragédie. La crise de l’eau n’est pas une fatalité naturelle mais une inégalité et une injustice sociale, résultat des politiques néolibérales et de l’incurie politique. Même dans le désert, on n’a jamais vu des riches manquer d’eau, souligne l’éco- -nomiste marocain Mehdi Lahlou. La carence d’accès est liée à la pauvreté. D’où une dénonciation des objectifs de développement du millénaire de l’ONU : en se limitant à réduire le nombre de personnes privées d’accès à l’eau à l’horizon 2015, les États de l’ONU admettent explicitement qu’une part importante de la population mondiale restera interdite d’accès à l’eau. Le droit humain universel d’accès à l’eau est ainsi nié par ceux qui devraient en être les premiers promoteurs.

En 1981, lors du lancement de la première décennie de l’eau, les États avaient considéré un délai de quinze ans comme une échéance raisonnable pour que tous les êtres humains aient accès à l’eau potable... pour autant qu’ils consacrent tous 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide publique au développement, ce qu’ils n’ont pas fait, bien entendu. En ne réaffirmant pas le droit humain fondamental d’accès à l’eau dans le cadre de la nouvelle décennie mondiale de l’eau qui débute ce 22 mars 2005, les gouvernements laissent croire à la fatalité inéluctable de la raréfaction et de la dégradation des ressources hydriques.

Un droit humain fondamental

Du côté de l’alternative, le premier FAME, à Florence en 2003, avait dégagé quatre grands objectifs : la reconnaissance du droit à l’eau en tant que droit humain fondamental, le statut de l’eau en tant que bien commun, le financement collectif de l’accès à l’eau et à l’assainissement, la gestion démocratique de l’eau à tous les niveaux. Le deuxième FAME s’est efforcé de traduire ces objectifs en un ensemble de propositions concrètes, qui ne constituent pas un programme contraignant mais plutôt une boîte à outils à la disposition de tous. Ces éléments seront rendus publics dans les prochains jours sur le site :

http://www.fame2005.org

De manière transversale, une priorité très claire s’est également dégagée : exclure l’eau de la sphère du commerce et des règles du marché, en particulier, des accords de commerce multilatéraux ou bilatéraux et du champ d’action des institutions financières internationales actuelles (FMI et Banque mondiale notamment). Cela conduit à exiger un statut pour l’eau au plan mondial qui prenne en compte la globalité du cycle de l’eau, qui empêche son appropriation par qui que ce soit, qui garantisse la responsabilité collective et assure sa gestion et son contrôle par une autorité publique fondée sur un pouvoir politique légitime, soumis aux règles démocratiques. Cette démarche a une portée plus générale qui intéresse tous les biens communs (l’air, la santé, l’éducation...). Le FAME a apporté de l’eau au moulin altermondialiste.

http://www.humanite.presse.fr/journ...