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La mairie PC de (Saint-)Martin-d’Hères expulse la Charade !

vendredi 20 juin 2003 - Contacter l'auteur

Le 18 juin 2003, contre toute attente, la mairie de Saint-Martin-d’Hères
fait expulser le squat de la Charade !

La Charade était depuis le début du mois d’octobre 2002 un squat autogéré
avec un projet de vie collective et de nombreuses activités publiques
(débats, projections-vidéos, espace féministe non-mixte, zone de
gratuité, bibliothèque, salle de jeux pour enfants, etc.). Dès le début,
la mairie "communiste propriétaire" n’a exprimé qu’un seul et unique
désir : se débarrasser de ces trouble-fête qui ne trouvent rien de mieux
à faire que de s’emparer d’un lieu abandonné depuis de longues années
pour en faire un lieu de vie ouvert à la population de
Saint-Martin-d’Hères et d’ailleurs. Avoir l’étiquette "communiste" tout
en réprimant les rares expériences concrètement communistes comme
l’appropriation collective d’un bâtiment inutilisé, c’est une ironie du
sort qui n’étonne plus grand monde au regard des expériences étatiques
dites "communistes" qui ont eu lieu à travers le monde au XXème siècle.

Malgré une hostilité affichée dès le départ, les autorités municipales
n’ont cessé de nous tenir un double discours qui se voulait à la fois
intransigeant ("vous êtes des squatteur-euse-s donc vous devez partir,
l’illégalité c’est mal") et rassurant ("ne vous inquiétez pas, nous
n’enverrons pas les flics vous expulser, ce n’est pas notre genre", "nous
trouverons des solutions pour vous aider, vous reloger"). Après nous avoir
dès le mois d’octobre envoyé des gros bras et un serrurier pour tenter de
nous expulser en douce, la mairie a demandé au Tribunal de Grande Instance
l’expulsion immédiate de la Charade (ceci à la veille de l’hiver). Ayant
eu des délais nous menant légalement jusqu’au 18 mai, continuant quoi
qu’il en soit nos activités, nous avons essayé de rencontrer à plusieurs
reprises les responsables "hiérarchiques" aptes à nous informer quant à
leurs projets d’expulsion. Signalons au passage que les seules raisons
invoquées par la mairie autres que le simple droit de propriété sont les
questions de écurité (quel danger, au final, à part celui de se prendre
des coups de matraque le jour de l’expulsion ?) et le fait que la mairie a
un projet flou et lointain de réhabilitation / reconstruction sur
l’ensemble du quartier (projet qui nécessite l’expropriation des
propriétaires alentours et le relogement de nos voisin-e-s locataires, ce
qui n’est pas vraiment d’actualité aux dires de ces mêmes locataires).
Même le journal de la municipalité martinéroise (SMH Mensuel n°252 de juin
2003) précise que la démolition de "l’ex-hôtel du Chamois, avenue Ambroise
Croizat" aura lieu "à moyen terme". Moyen terme... pour la démolition. Et
"pour la bonne cause" (terme employé dans le même journal pour justifier
l’expulsion à l’avance...) ? Dans combien de temps ce fameux projet de "58
logements" verra-t-il le jour ? Cela nécessitait-il notre expulsion en ce
doux mois de juin 2003 (sans aucune proposition de relogement) ? Et
y’a-t-il vraiment de "bonnes" expulsions ?

Ce qui est sûr, c’est que nous avons été bien naïfs/naïves de prendre en
considération leurs propos à notre égard. Après plusieurs rencontres avec
José Arias (adjoint au maire, numéro 1 bis...) et Jean-Louis Millet
(directeur général adjoint en charge de l’habitat), nous avions leur
parole qu’il n’y aurait pas d’expulsion avant la fin juillet 2003 (plus
précisément "pas avant le 20 juillet" avions-nous appris de la bouche de
ces deux hauts responsables de la mairie). Toutefois méfiant-e-s sur ces
promesses dignes de n’importe quel-le politicien-ne de l’UMP, nous
voulions une garantie écrite formelle de ces promesses. Garantie que nous
n’avons jamais eue, et pour cause. Pourtant, les larges sourires de
monsieur Millet et même de monsieur Arias, leur façon de nous assurer avec
une sérénité apaisante "ne-vous-in-quié-tez-pas", la façon qu’avait
monsieur Proby de nous saluer chaleureusement pendant les manifs contre la
guerre en Irak comme si nous étions parmi ses meilleur-e-s ami-e-s, tout
cela nous donne la nausée. Messieurs, vous êtes des menteurs ! Des
politiciens dans la plus pure espèce. Quelle différence de méthode
y’a-t-il entre vos promesses non tenues et celles de Chirac après son
élection en mai 2002 ? Le refus de la municipalité de prendre en compte
notre existence nous rappelle bien évidemment le refus du gouvernement
Raffarin de prendre en compte l’existence des travailleur-euse-s en lutte
actuellement. Squatteur-euse-s et travailleur-euse-s sont tout bonnement
méprisé-e-s et "pris-es pour des con-ne-s".

Lors de l’expulsion du 18 juin, seuls les flics en faction semblaient
trouver "normal" de faire ce travail. Plusieurs déménageurs et ouvriers
ont rechigné à la tâche et nous ont fait part de leur soutien, exprimant
le dégoût d’une telle demande de la part de la mairie de
Saint-Martin-d’Hères. Aucun-e élu-e n’était sur place le matin de
l’expulsion, signalons-le. Pas facile d’assumer l’expulsion d’un squat qui
renouvelle une certaine résistance dont le bâtiment était un des repaires
lors de la seconde guerre mondiale, semble-t-il...

Nous tenons ici à remercier nos voisin-e-s ainsi que les nombreuses et
nombreux Martinérois-es qui nous ont soutenu pendant huit mois et demi et
plus particulièrement lors de ces difficiles dernières heures. Mais nous
n’oublions pas que notre sort était entre les mains de la mairie
"communiste" qui s’est unie sans problèmes au nouveau préfet "de gauche"
(plutôt chevènementiste) et à la sarkozienne police nationale. Tou-te-s
uni-e-s contre la mise en pratique des idées révolutionnaires, c’est ça ?

Nous réinvestirons des lieux vides et nous continuerons à manifester
jusqu’à ce qu’un bouleversement social s’ensuive.

Les ex-habitant-e-s de la Charade et des individu-e-s solidaires, le 19
juin 2003
charade@squat.net
pour se souvenir -> http://charade.squat.net

La mairie de (Saint-)Martin-d’Hères n’a pas fini d’entendre parler de la
Charade...


Pour joindre les ex-habitant-e-s de la Charade, vous pouvez essayer de
nous joindre au squat des 400 couverts (0476864412) ou sur le portable
d’Hélène (06 88 98 36 54).

Vous pouvez aussi faire connaître votre mécontentement à la mairie
propriétaire à majorité PCF ainsi qu’à la préfecture par les moyens qui
sembleront les plus appropriés. Si vous optez (entre autres ?) pour le
téléphone ou le courrier postal ou l’e-mail, voici les coordonnées de ces
bureaucrates peu recommandables :

M. Proby, Maire de SMH
111, av. Ambroise Croizat
38400 (Saint-)Martin-d’Hères
Accueil (essayez de demander Proby ou Arias...) : 04 76 60 73 73
Service Habitat (M. Millet) : 04 76 6073 58

Préfecture de l’Isère
12, place Verdun
38000 Grenoble
04 76 60 34 00

La résistance continue !

— 
Un site international au sujet des luttes des squats pour l’autogestion,
contre la propriété privée :
https://squat.net/fr

Mots clés : Elections-EluEs / Expulsions / Partis politiques /
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