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Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte
Publie le vendredi 16 janvier 2009 par Open-Publishing3 commentaires
Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte
Non. Nicolas Sarkozy ne se prend pas pour Napoléon. Ce sont les médias qui le prennent pour tel. L’hebdomadaire « Le Point » le présente en couverture sous les traits de l’Empereur (ce n’est pas la photo ci-contre qui provient d’un site anglais). Le journaliste Alain Duhamel lui consacre un livre, « La marche consulaire » (Plon), où il distingue des points communs entre l’Ogre et l’Omniprésident.
Au-delà des ressemblances caractérielles, si l’actuel chef de l’Etat est ainsi comparé au plus glorieux de ses lointains prédécesseurs, ce n’est pas sans raison. Trois réformes exigées par Nicolas Sarkozy démontrent qu’il glisse sur sa pente naturelle, vers l’autocratisme. Ce qui suscite bien des craintes, y compris dans son camp.
Celle de l’audiovisuel, par exemple. Retournant à bride abattue au temps de l’ORTF gaullâtre, il veut nommer lui-même le patron de la télévision publique. Ayant déjà dans sa poche TF1, la chaîne de son ami Bouygues, Sarkozy aurait ainsi la haute main sur les principales télés françaises.
Toutefois, il vient d’être trahi par sa propre majorité au Sénat qui a adopté un amendement stipulant que pour révoquer le patron de France Télévisions, le président de la République doit recevoir le feu vert des 3/5e des commissions culturelles du Sénat et de l’Assemblée nationale. Ce qui réduit à presque rien son pouvoir de révoquer. Mais l’Elysée n’a pas encore dit son dernier mot et veut faire annuler cet amendement qui empêcherait Sarkozy de virer son adversaire Patrick de Carolis, l’actuel responsable de France Télévisions.
Le président a lui-même annoncé la deuxième réforme, celle de la justice, qui vise à supprimer le poste de juge d’instruction. Désormais, l’enquête sur les crimes et délits sera conduite de A à Z par les Parquets.
Or, en France, si le juge d’instruction est indépendant du pouvoir, les Parquets, eux, sont directement soumis au Ministère de la justice, et donc à Sarkozy qui ne laisse — maternité ou pas maternité — aucun espace à sa ministre Rachida Dati. Télécrate suprême, Nicolas Sarkozy deviendrait aussi Grand Juge.
La troisième réforme concerne le parlement. Les députés sont en train d’examiner la mise en place d’un système qui limiterait leur temps de parole et leurs dépôts d’amendements. Il faut dire qu’il est de tradition pour l’opposition — qu’elle soit de droite ou de gauche — de bloquer les débats en déposant une averse de modifications du texte (amendements).
Si notre mémoire ne défaille, le record a été atteint en 2006 lors de la privatisation des entreprises d’électricité (EDF) et de gaz (GDF) : 130 000 amendements ! Ce qui ne peut manquer d’irriter un Sarkozy pressé de mettre en place des gerbes de réformes en un claquement de fouet.
Voilà donc le président en cocher sublime cravachant ses chevaux législatifs.
Mais comme nous l’avons constaté à propos de nombreux projets de lois, Nicolas Sarkozy doit se battre contre une partie de ses troupes. D’où l’hypothèse qui court dans les rédactions parisiennes : le président serait en train de constituer son parti personnel ne comprenant que ses supporteurs, l’UMP restant trop encombrée de chiraquiens, villepinistes et autres grincheux anti-bling-bling.
Mais qui donc servira de coupe-faim à l’appétit de Nicoléon Sarkonaparte ?
(Texte paru dans la rubrique "Perspective" de la Tribune de Genève de jeudi 15 janvier)





Messages
1. Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte, 16 janvier 2009, 20:49
Le coupe faim ? J’ai peur que ce soit un obus !!!
2. Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte, 17 janvier 2009, 00:11
Est-ce son ami bush qui lui a soufflé à l’oreille les bienfaits du despotisme ou est-ce une fantaisie personnelle que de vouloir diriger seul ce pays ?
3. Le bel appétit de Nicoléon Sarkonaparte, 17 janvier 2009, 10:14
Il a tout d’un dictateur