Accueil > Napoléon le petit
Parfois, il faut savoir revenir à nos classiques !
" Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien.
Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être.
Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire.
Dieu sait pourtant que le Président se démène :
il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ;
ne pouvant créer, il décrète ;
il cherche à donner le change sur sa nullité ;
c’est le mouvement perpétuel ;
mais, hélas ! cette roue tourne à vide.
L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère, est un carriériste avantageux.
Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.
Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse.
Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé ".
Victor HUGO, dans ’ Napoléon, le petit ’ (Réédité chez Actes Sud)
http://moissacaucoeur.elunet.fr et/ou http://democrite.over-blog.org/





Messages
1. Napoléon le petit, 19 novembre 2008, 15:20, par Mengneau Michel
"Louis Bonaparte n’a jamais été qu’un homme qui guette le hasard ; espion tachant de duper Dieu.il avait la rêverie livide du joueur qui triche. La tricherie admet l’audace et exclut la colère...." Extrait d’Histoire d’un Crime", page 125.
Il est à ce demander, si Napoléon le petit ne serait pas aller en Hongrie et aurait par hasard fait souche du côté de Nagy Bosca... Ce n’est qu’un supputation, mais il ne serait pas inintéressant de faire des recherches ADN, tant à la mode par ailleurs.
Fraternité
Michel
2. Napoléon le petit, 19 novembre 2008, 18:07
"il n’a rien fait" est dit un peu rapidement ;il a quand même activé la décadence dans notre pays et il y travaille assidument !
1. Napoléon le petit, 19 novembre 2008, 18:29, par Maximiien alias Démocrite
Il n’a rien fait de... positif !!!!
2. Napoléon le petit, 19 novembre 2008, 20:43, par Samuel
Si on lit le texte écarté de l’extrait, on comprend mieux ce qu’est ce « rien » !
Tout simplement l’idée socialiste mise en lambeaux par le petit tyran de l’époque.
Peut-être que ces passages sont supprimés dans la réédition d’Actes sud !!!?
« Un certain nombre de problèmes sociaux, élaborés dans ces dernières années par plusieurs esprits robustes, semblaient mûrs et pouvaient recevoir, au grand profit et au grand contentement du peuple, des solutions actuelles et relatives. Louis Bonaparte n’a pas même paru s’en douter. Il n’en a abordé, il n’en a entrevu aucun. Il n’a pas même retrouvé à l’Elysée quelques vieux restes des méditations socialistes de Ham. Il a ajouté plusieurs crimes nouveaux à son premier crime, et en cela il a été logique. Ces crimes exceptés, il n’a rien produit. Omnipotence complète, initiative nulle. »
On peut lire le texte en ligne ici : http://fr.wikisource.org/wiki/Napol%C3%A9on_le_Petit_-_2,_IX
3. Napoléon le petit, 20 novembre 2008, 00:59
Quelques citations que j’avais tiré de l’ouvrage, j’ai envie de rajouter que je viens de finir la commune de Louise Michel
et les journaleux à l’époque, les écrivains, les gens de plume en général avaient plus de mordant du moins c’est ce qu’il me semble
mais je peux me tromper
Début des citations :
à l’heure qu’il est, que tous ceux qui portent une robe, une écharpe ou un uniforme, que tous ceux qui servent cet homme le sachent,
s’ils se croient les agents d’un pouvoir, qu’ils se détrompent
ils sont les camarades d’un pirate
depuis le 2 décembre, il n’y a plus en France de fonctionnaires, il n’y a que des complices
le moment est venu que chacun se rende bien compte de ce qu’il a fait et de ce qu’il continue de faire
le gendarme qui a arrêté ceux que l’homme de Strasbourg et de Boulogne appelle des « insurgés », a arrêté les gardiens de la constitution
le juge qui a jugé, les combattants de Paris ou des provinces, a mis sur la sellette les soutiens de la loi
l’officier qui a gardé à fond de cale les « condamnés », a détenu les défenseurs de la république et de l’état
le général d’Afrique qui emprisonne à Lambessa les déportés courbés sous le soleil, frissonnants de fièvre, creusant dans la terre brûlée un sillon qui sera leur fosse,
ce général-là séquestre, torture et assassine les hommes du droit
tous, généraux, officiers, gendarmes, juges, sont en pleine forfaiture
ils ont devant eux plus que des innocents, des héros ! plus que des victimes, des martyrs !
...
si la loi, le droit, le devoir, la raison, le bon sens, l’équité, la justice, ne suffisent pas, qu’on songe à l’avenir
si le remords se tait, que la responsabilité parle !
...
et que tous ceux qui, propriétaires, serrent la main d’un magistrat ; banquiers, fêtent un général ; paysans, saluent un gendarme ;
que tous ceux qui ne s’éloignent pas de l’hôtel où est le ministre, de la maison où est le préfet, comme d’un lazaret ;
que tous ceux qui, simples citoyens, non fonctionnaires, vont aux bals et aux banquets de Louis Bonaparte
et ne voient pas que le drapeau noir est sur l’Élysée, que tous ceux-là le sachent également, ce genre d’opprobre est contagieux ;
s’ils échappent à la complicité matérielle, ils n’échappent pas à la complicité morale
...
désormais il n’y a pas en France un tribunal, pas une cour, pas un juge qui puisse rendre la justice et prononcer une peine,
à propos de quoi que ce soit, contre qui que ce soit, au nom de quoi que ce soit
...
qu’on traduise devant les assises un malfaiteur quelconque, le voleur dira aux juges :
le chef de l’état a volé vingt-cinq millions à la banque ;
le faux témoin dira aux juges :
le chef de l’état a fait un serment à la face de dieu et des hommes, et ce serment, il l’a violé ;
le coupable de séquestration arbitraire dira :
le chef de l’état a arrêté et détenu contre toutes les lois les représentants du peuple souverain ;
l’escroc dira :
le chef de l’état a escroqué son mandat, escroqué le pouvoir, escroqué les tuileries ;
le faussaire dira :
le chef de l’état a falsifié un scrutin ;
le bandit du coin du bois dira :
le chef de l’état a coupé leur bourse aux princes d’orléans ;
le meurtrier dira : le chef de l’état a fusillé, mitraillé, sabré et égorgé les passants dans les rues ;
et tous ensemble, escroc, faussaire, faux témoin, bandit, voleur, assassin, ajouteront :
et vous, juges, vous êtes allés saluer cet homme, vous êtes allés le louer de s’être parjuré, le complimenter d’avoir fait un faux,
le glorifier d’avoir escroqué, le féliciter d’avoir volé et le remercier d’avoir assassiné ! qu’est-ce que vous nous voulez ?
...
il est temps, répétons-le, que ce monstrueux sommeil des consciences finisse
il ne faut pas qu’après cet effrayant scandale, le triomphe du crime, ce scandale plus effrayant encore soit donné aux hommes :
l’indifférence du monde civilisé
...
mais cela ne sera pas ; on se réveillera
...
ce livre n’a pas d’autre but que de secouer ce sommeil
la France ne doit pas même adhérer à ce gouvernement par le consentement de la léthargie ;
à de certaines heures, en de certains lieux, à de certaines ombres, dormir, c’est mourir
...
il importe qu’on sache un peu ce que c’est que M. Bonaparte
à l’heure qu’il est, grâce à la suppression de la tribune, grâce à la suppression de la presse, grâce à la suppression de la parole,
de la liberté et de la vérité, suppression qui a eu pour résultat de tout permettre à M. Bonaparte, mais qui a en même temps
pour effet de frapper de nullité tous ses actes sans exception, y compris l’inqualifiable scrutin du 20 décembre
...
fut élu président par cinq millions cinq cent mille voix, jura solennellement la constitution le 20 décembre 1848,
et, le 2 décembre 1851, la brisa
...
dans ses entreprises il a besoin d’aides et de collaborateurs ; il lui faut ce qu’il appelle lui-même « des hommes »
Diogène les cherchait tenant une lanterne, lui il les cherche un billet de banque à la main
il les trouve
de certains côtés de la nature humaine produisent toute une espèce de personnages dont il est le centre naturel
et qui se groupent nécessairement autour de lui selon cette mystérieuse loi de gravitation qui ne régit pas moins l’être moral que l’atome cosmique
...
M. Louis Bonaparte a réussi
il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort,
et tous ces hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que de la honte
...
et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ?
possédée souverainement !
...
et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu’il étale dans le moniteur ,
cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! et ce faquin dit à la France qu’il l’a sauvée ! et de qui ?
d’elle-même ! avant lui la providence ne faisait que des sottises ;
le bon dieu l’a attendu pour tout remettre en ordre ; enfin il est venu !
depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses : cette « sonorité », la tribune ; ce vacarme, la presse ;
cette insolence, la pensée ; cet abus criant, la liberté ;
il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat ;
à la place de la presse, la censure ; à la place de la pensée, l’ineptie ;
à la place de la liberté, le sabre ; et de par le sabre, la censure, l’ineptie et le sénat,
la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! et de qui, je le répète ?
d’elle-même ;
car, qu’était-ce que la France, s’il vous plaît ? c’était une peuplade de pillards, de voleurs, de Jacques, d’assassins et de démagogues
il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c’est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes
maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l’eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde ;
soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l’Élysée, en répond à l’Europe ; il en fait son affaire ;
cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge !
...
ah ! qu’est-ce que c’est que ce spectacle-là ? qu’est-ce que c’est que ce rêve-là ? qu’est-ce que c’est que ce cauchemar-là ?
d’un côté une nation, la première des nations, et de l’autre un homme, le dernier des hommes,
et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi !
il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l’insulte, il la bafoue ! quoi !
il dit : il n’y a que moi ! quoi ! dans ce pays de France où l’on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple !
ah ! quelle abominable honte ! chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s’essuient ! et cela pourrait durer !
et vous me dites que cela durera ! non ! non ! par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! cela ne durera pas !
ah ! si cela durait, c’est qu’en effet il n’y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu’il n’y aurait plus de France sur la terre !