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On ne peut accorder un temps illimité aux inspecteurs

jeudi 27 février 2003 - Contacter l'auteur

"On ne peut accorder un temps illimité aux inspecteurs, sans quoi la
pression s’atténuerait"
Entretien avec Franco Frattini, ministre des affaires étrangères
italien

Où se situe l’italie dans la crise sur l’irak : avec le projet de
résolution américain, espagnol et britannique ou avec le moratoire
franco-allemand ?
Notre position, c’est de dire : toutes les contributions pour
parvenir à un désarmement, que j’espère pacifique, de l’Irak, sont
les bienvenues. Même si elles s’affrontent. Nous avons tous à présent
un objectif incontournable qui est, justement, ce désarmement. Si
après douze ans de résolutions de l’ONU jamais observées par l’Irak,
on arrêtait tout maintenant sans obtenir de résultats, quelle
crédibilité aurait le Conseil de sécurité ? Notre rôle, c’est de
convaincre nos partenaires de trouver une position commune.

Un rôle de médiateur ?

Je préfère parler de "persuasion politique". Certes, nous ne siégeons
pas au Conseil de sécurité, mais l’Italie a été la première à
soutenir l’idée, par exemple, que la cohésion européenne et
l’Alliance atlantique n’ont rien d’antinomique, au contraire.

Même si la crise au sein des relations transatlantiques est
consommée ?

Non. C’est une question d’appréciation. Il ne faut pas confondre les
divergences actuelles et ponctuelles sur la façon de résoudre le
problème de la prolifération des armes de destruction massive, avec
une remise en cause d’une relation de fond comme la relation
transatlantique qui, pour l’Italie comme pour la France, est un des
piliers de notre politique étrangère. Ainsi le président Chirac, en
signant le document commun des Quinze, au soir du Conseil européen, a-
t-il aussi ratifié implicitement l’idée que les relations Europe -
Etats-Unis ne sont pas en discussion.

M. Berlusconi, qui disait "le temps presse" il y a quelques semaines,
a-t-il adouci sa position ?

Nous partageons toujours avec nos amis américains l’idée qu’un
message fort et une pression militaire feront comprendre à l’Irak que
la communauté internationale ne plaisante pas. Nous pouvons aussi
répéter "le temps presse" car on ne peut accorder un temps illimité
aux inspecteurs, sans quoi la pression s’atténuerait. En même temps,
le président Berlusconi a téléphoné quatre fois en deux semaines au
président Bush pour le convaincre de rester absolument dans le cadre
des Nations unies. Et ce n’est pas facile de dire aux Américains :
patientez, même si les résolutions de l’ONU restent indéfiniment sans
effet.

En cas de guerre, jusqu’où irait votre engagement ?

Il n’y aurait pas d’envoi de troupes. Notre appui serait logistique.
Nous avons des accords dans le cadre de l’OTAN et d’autres bilatéraux
pour l’usage des bases sur notre territoire. Nous pourrons aussi
participer à la phase de reconstruction de l’Irak.

Si les Etats-Unis, faute d’accord, agissaient seuls, que ferait
l’Italie ?

Sur le plan militaire rien, c’est clair, sans l’aval de l’ONU.
Maintenant, s’il s’agit d’apporter un soutien politique, nous irons
le soumettre au Parlement.

Votre opinion publique ne vous suit pas : 3 millions de manifestants
ont défilé à Rome.

Nous avons un grave problème de communication que connaissent les
Anglais et les Américains. Le problème, c’est de faire comprendre
qu’il n’y a pas de " pauvres victimes" mais un dictateur qui a
utilisé des armes toxiques contre son peuple et, en face, une
communauté internationale qui ne veut pas mettre la main sur le
pétrole mais simplement obtenir le désarmement de ce dictateur. La
guerre, ce n’est jamais que l’ultime option. Mais une paix avec un
dictateur armé serait une paix dangereuse pour tous. Nous apprécions
les manifestants pacifistes, mais ceux qui bloquent les trains menant
aux bases militaires commettent un délit et seront punis par la loi.

Comment va sortir l’Europe de pareille crise ?

J’ai une vision positive. Pour moi les déclarations franco-allemandes
sur l’Irak, tout comme la lettre des Huit, n’étaient pas destinées à
diviser l’Europe, c’était juste l’expression de sensibilités
différentes. Et même avec cela on a réussi à signer tous un texte
commun. Quant aux pays de l’Est qui vont rentrer dans l’UE, comment
leur reprocher leur américanophilie après tant d’années de souffrance
sous le joug communiste : les Etats-Unis sont le modèle dont ils
rêvaient. C’est pourquoi je pense qu’il faut renforcer le dialogue
avec eux.

Les six pays fondateurs de l’UE devraient pouvoir leur donner un
message politique unique, basé sur des valeurs communes, pour arriver
à surmonter ces conflits de "sensibilités". Ce serait grave de
retarder les réformes de la Convention mais il y a des signes
positifs. Par exemple, je trouve que le texte franco-allemand sur les
réformes européennes est une très bonne base sur laquelle avancer.

Propos recueillis par François Bonnet et Marie-Claude Decamps

Mots clés : Guerres-Conflits /
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