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Procès en appel de Samuel Morville

samedi 19 novembre 2005 - 1 com

En appel, demande de peine confirmée contre un leader du mouvement lycéen.

En juin, Samuel Morville avait écopé de cinq mois de prison avec sursis pour insultes et crachats contre un policier à l’issue d’une manif, faits qu’il nie.
Vendredi, les témoins de la défense qu’il a réussi à faire citer n’ont pas convaincu l’avocate général.

de Marie-Joëlle GROS

Devant la cour d’appel de Paris, Samuel Morville, 18 ans, figure de la contestation lycéenne du début de l’année, a tenté une fois de plus, vendredi, d’expliquer que son procès était celui du mouvement lycéen. Condamné le 1er juin à cinq mois de prison avec sursis et 500 euros de dommages-intérêts pour un simple outrage à agent, l’ex-lycéen qui a fait appel se définit comme un « militant libertaire repéré ». Tous les participants au mouvement lycéen ont connu « Sam », silhouette fragile et catogan. Le 31 mars, « Sam » est interpellé en bout de cortège. L’officier chargé ce jour-là d’encadrer la manifestation l’accuse de lui avoir craché au visage et lancé : « Fils de pute va enculer ta mère ». Morville nie : « Ce ne sont pas des mots que j’utilise. Pendant les manifestations, je chante des slogans, mais je n’insulte pas et je ne crache pas au visage d’un homme. »

Fin mars, la coordination des lycéens a pris la tête du mouvement de contestation contre la loi Fillon. En assemblée générale, les jeunes votent l’occupation des établissements scolaires. Cette radicalisation porte sur les nerfs du ministre de l’Education nationale. François Fillon donne l’ordre aux préfets de faire évacuer tous les collèges et lycées occupés. La manifestation du 31 mars se déroule sous haute surveillance policière. Depuis quelques jours, Samuel Morville ne dort plus chez lui. C’est la solution qu’il a trouvé, raconte-t-il à la barre, pour échapper aux policiers qui stationnent en bas de chez lui. A l’issue de la manifestation du 31 mars, manifestants et CRS sont encore en face à face. Place du Panthéon, des jeunes crachent sur les cars de police. Samuel Morville admet qu’il a lui aussi craché sur des véhicules, mais pas sur le visage du commissaire Pierre-Jean Grubis. « On m’a arrêté moi et il fallait une bonne raison à ça », avance Samuel Morville. Tous les meneurs de la coordination sont convoqués devant des juges ». La thèse d’une arrestation programmée agace le policier : « Je n’était pas dans une logique d’interpellation. Mais j’avais deux mots à lui dire. » Morville raconte qu’à peine arrivé au commissariat, Pierre-Jean Grubis lui envoie « une énorme tarte », ponctuée d’un « tiens, c’est de la part de ma mère ! »

Son arrestation, musclée, lui a valu deux jours d’interruption de travail temporaire. « Mais de ça, on ne parle pas », souligne son avocate. « S’il s’est violemment débattu au point de devoir le frapper pour le calmer, pourquoi n’est-il pas poursuivi également pour rébellion ? Les coups qu’ils a pris étaient illégitimes ». Tout comme la scène qu’il dit avoir vécu pendant son transport au commissariat : en caleçon dans le fourgon, obligé de crier « j’aime la police, vive la France ! »

En appel, son avocate a cette fois obtenu l’audition de trois témoins : deux lycéennes présentes à la fin de la manifestation et une femme qui assisté à une première interpellation du meneur le même jour, plaqué au sol avant d’être finalement relâché. L’audition de témoins lui avait été refusée lors de la première audience. Irène Terrel estime que la condamnation de Morville en juin ne vaut rien « puisque les règle du droit ont été violées ». La procédure n’a pas plus de valeur à ses yeux : le procès verbal de police qui a conduit l’élève Morville devant la justice indique un horaire qui ne correspond pas à celui de son interpellation, et le lieu est mal précisé. Mais les témoins qu’elle fait défiler à la barre ne convainquent pas la partie civile : « Ce sont des témoins de complaisance », lâche le commissaire Grubis. Son témoin à lui n’est autre que son chauffeur. En chemise noire et cravate blanche, il explique qu’il a parfaitement reconnu « celui qui a craché au visage du patron ». C’était au moment où le commissaire Grubis, fenêtre baissée, posait un gyrophare sur le toit du véhicule. Même si un crachat ne vaut a priori qu’une simple contravention, l’avocate générale demande la confirmation de la peine.

La peine de prison avec sursis qui a avait frappé Morville en juin avait non seulement scandalisé de nombreuses voix de gauche, mais elle avait aussi marqué la fin du mouvement lycéen. « La loi Fillon n’existe plus aujourd’hui, c’est une loi devenue inapplicable », avance l’avocate Irène Terrel, qui demande la relaxe. « Je veux rendre hommage aux jeunes qui se sont engagés dans cette lutte, au nom de leurs idéaux. Le procès de Samuel Morville est celui de la démesure. Les jeunes, tous les jeunes, ont soif de justice, ils le disent encore ces jours-ci. Les institutions doivent montrer l’exemple. » Avant de quitter la salle, Samuel Morville, très assuré, prend une dernière fois la parole : « Au moment où le gouvernement exigeait des arrestations, cracher sur un policier, c’était le truc le plus idiot à faire. Pourquoi j’aurais fait ça ? » L’arrêt sera rendu le 13 janvier.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=339553

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