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Sursaut de grève à RFI Les journalistes poussent les syndicats à poursuivre le mouvement.

mardi 17 février 2004 - Contacter l'auteur

« On ne sait pas comment vous l’annoncer... On a perdu ! » La déléguée syndicale CGT revient d’une dernière négociation avec la direction de Radio France internationale (RFI). En ce sixième jour de grève, hier à 11 h 30, l’AG démarre morose. Côté syndicats en tout cas. En deux mots : « On est devant un mur. Même cet accord de merde qu’ils ont obtenu à Radio France, on ne l’aura pas ici ! »

Les délégués CGT de RFI prônent la fin de la grève et sa reprise en mars dans la foulée d’une éventuelle grève des techniciens... « On peut sortir dignement de cette grève en disant qu’on a perdu. Un baroud d’honneur ! », disent-ils. « Non, Non ! » répondent en choeur les grévistes. Les journalistes (une centaine à l’AG) ne sont pas prêts à arrêter là un mouvement embrayé sur celui des journalistes de Radio France. Au bout de deux heures de débats, l’AG vote la reconduite de la grève à 82 voix contre 3. Un joli retournement qui témoigne de la nature complexe de cette grève.

Loin du compte. Démarré mercredi dernier, le mouvement des journalistes de RFI s’est calqué sur les revendications de départ à Radio France : le respect des accords Servat visant à aligner les salaires des journalistes de radio sur ceux de France 3. Au bout de 18 jours de grève à Radio France, les journalistes ont dû se contenter d’une prime de 400 euros pour 2004, et une augmentation de 3 % pour 2005. Augmentation à renégocier chaque année ensuite. Loin du compte, donc. Seul point positif : le principe d’une négociation salariale annuelle est à nouveau acquis. Et une action en justice, dont le jugement doit intervenir le 23 mars, est lancée pour exiger le respect de l’accord Servat. A RFI, au matin du sixième jour, la direction proposait en tout et pour tout 450 euros de prime pour 2004 et refusait de s’engager pour 2005.

Pour la plupart des 350 journalistes de RFI, il semble clair que l’accord de Radio France n’est pas « le Pérou », mais, accepter les propositions de Jean- Paul Cluzel, leur PDG, « c’est créer une nouvelle disparité. Cette fois à l’intérieur même des journalistes radio ». « Il faut refuser cette prime, tranche une journaliste, tout comme le paiement des jours de grève. On s’en fout. Ce qu’on veut, c’est le respect des accords Servat. »

Pendant que les syndicats s’évertuent à expliquer qu’ils n’obtiendront aucune amélioration de salaires, les journalistes présents tentent de comprendre les raisons de leur impuissance à négocier. « C’est sûr qu’avec un tel gouvernement, on ne risque pas de faire mieux que les intermittents ou les enseignants... », lance un journaliste. « Les temps ont changé, reprend une reporter. Ce gouvernement ne respecte ni les textes internes à l’audiovisuel public, ni même le Code du travail. Quant à notre direction... enfin, Jean-Paul Cluzel, il a pour seul objectif d’apparaître comme le premier de la classe par rapport à Cavada ! Il joue son avenir politique. » « Si on met fin à la grève, dit un autre, on fait un vrai cadeau politique à Cluzel ! »

Blocage. Un délégué CGT de France 3 explique que la grève de France Télévision, il y a plus d’un an, n’avait pas donné grand-chose sur le plan salarial. « On a perdu sur les salaires, mais ce qui ressort, c’est la défense de l’audiovisuel public. Comme à RFI ou Radio France, nous nous sommes trouvés face à des murs : des cadres qui viennent du privé et qui n’ont aucun souci du service public. Nous allons peut-être vers une grève de l’audiovisuel public ! »

La grève de RFI est reconduite jusqu’à aujourd’hui 14 heures. En attendant, beaucoup fourbissent quelques armes juridiques contre la direction : ils songent à attaquer RFI pour non-respect du code du travail, par exemple sur le paiement du 1er mai. « Moi, je suis prêt à faire grève deux mois pour que Cluzel ne devienne pas PDG de Radio France ! », comme on lui en prête l’ambition, conclut en aparté un journaliste. Hier soir, la direction portait ses propositions à 850 euros bruts de prime exceptionnelle au titre des années 2003 et 2004

http://www.liberation.fr/page.php?Article=179249&AG

Mots clés : Grêves / Radio / Service public / Syndicats /
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