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l’Ukraine l’Otan la Russie

Publie le vendredi 3 décembre 2004 par Open-Publishing
6 commentaires

Pourquoi les Américains sont-ils si intéressés par l’Ukraine ?

Les médias occidentaux voient en Ukraine une « révolution de velours », comme en Europe de l’Est après la chute du Mur de Berlin, en 1989. Le peuple s’exprime, résiste pacifiquement et met fin à la non-démocratie. C’est romantique, certes, mais à cent lieues de la vérité.

Jef Bossuyt
01-12-2004

Après l’effondrement de l’Union soviétique, en 1991, les multinationales ouest-européennes et américaines estiment que le temps est venu pour ce que Hitler appelait le Drang nach Osten, la conquête de l’Europe de l’Est. A l’époque, le principal stratège américain, l’ancien conseiller national à la sécurité Zbigniew Brzezinski publie son ouvrage Le grand échiquier.

On peut y lire : « Sans l’Ukraine, la Russie n’est plus qu’une grande puissance asiatique. Si la Russie reprend le contrôle de l’Ukraine, de ses 52 millions d’habitants, des richesses de son sous-sol et de son accès à la Mer Noire, elle redeviendra une grande puissance s’étendant sur l’Europe et l’Asie. L’Europe doit être un tremplin pour poursuivre la percée de la démocratie en Eurasie. Entre 2005 et 2010, l’Ukraine doit être prête à des discussions sérieuses avec l’Otan. Après 2010, le principal noyau de sécurité en Europe consistera en : la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine. Via un partenariat transatlantique plus consistant, la tête de pont américaine sur le continent eurasien doit se renforcer. »

On ne peut comprendre correctement les événements d’aujourd’hui sans ce contexte : l’Ukraine doit faire partie de l’Otan et ne peut en aucun cas constituer une alliance avec la Russie. Brzezinski est allé assister personnellement aux débats parlementaires à Kiev afin de pousser l’Ukraine dans cette voie. Non sans succès : en 1997, le président Koutchma signait à Madrid la Charte de partenariat de l’Ukraine avec l’Otan. La même année, l’Ukraine recevait 47 millions de dollars des Etats-Unis afin de financer la collaboration militaire.

En 1997 et 1998, le port d’Odessa a vu se dérouler les manuvres navales Sea-Breeze, auxquelles ont pris part des navires de guerre ukrainiens, américains, turcs, allemands, français, britanniques, italiens et grecs. L’Ukraine a signé le pacte du GUUAM, qui réunit également la Géorgie, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Moldavie sous les auspices de l’Otan. L’Ukraine a également envoyé 1.700 soldats en Irak afin de participer à la force d’occupation.

Le peuple veut du changement

Le président sortant Koutchma et son ex-Premier ministre, Viktor Ianoukovitch, dont la victoire aux présidentielles est aujourd’hui contestée, ont donc particulièrement abondé dans le sens des multinationales occidentales, des dirigeants politiques occidentaux et de l’Otan. Mais les Américains (et les Européens) estiment que tout cela ne va pas assez vite à leur goût ni, surtout, assez loin. Et ils craignent un nouveau rapprochement entre la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine. Tel est l’enjeu des élections présidentielles et de la lutte qui fait rage actuellement.

Longtemps avant les élections, Victor Iouchenko a annoncé qu’il ne reconnaîtrait le résultat... que s’il était déclaré vainqueur. Il peut compter sur une machine bien payée pour organiser la « résistance populaire ».

Cette machine peut fonctionner avec succès parce que le peuple est en colère, mécontent et inquiet. Le démantèlement de l’Union soviétique, en décembre 1991, n’a apporté au peuple ukrainien qu’effroi et misère. Les entreprises occidentales ont racheté les meilleurs morceaux de l’économie et mis la majorité en faillite. L’économie s’est effondrée. En dix ans, la population est passée de 52 à 50 millions d’habitants.

Au début des années 90, des épidémies de diphtérie et de syphilis ont éclaté. Les médicaments en provenance de Moscou ne sont plus disponibles et les médicaments occidentaux sont hors de prix. Le nombre d’homicides et de suicides est en hausse, les décès dus à l’alcoolisme ont doublé. Dans les charbonnages privatisés, les mineurs ne reçoivent plus de lampes, ni de vêtements de sécurité. En mars 2000, quatre-vingts d’entre eux perdent la vie dans une catastrophe, à Krasnodon.

Déjà 21 millions de dollars investis dans la « résistance populaire »

Le peuple veut du changement. Mais dans quelle direction ? Les Américains ont créé une machine censée pousser le pays et les gens dans la direction de Washington. Et, comme toujours, cela se fait sous le masque de la « liberté » et de la « démocratie ». Cette machine est le fruit d’une collaboration intense entre l’Etat américain et le multimilliardaire George Soros.

L’Etat américain a mobilisé un certain nombre d’organisations : le National Democratic Institute (du Parti démocrate), l’International Republican Institute (des Républicains), USAid (du ministère des Affaires étrangères) et l’organisation prétendument non gouvernementale Freedom House.1 Ces organisations auraient déjà mis 13 millions de dollars sur la table afin d’organiser la « résistance populaire spontanée » à Kiev.2

Freedom House et le National Democratic Institute ont fait en sorte que des milliers d’« observateurs », formés et payés par eux, se postent à la sortie des bureaux de vote. Ceux-ci ont demandé aux électeurs pour qui ils avaient voté. Ce sondage à la sortie, affirment nos médias, prouverait que le candidat de l’Occident a largement gagné. Il a été l’arme principale pour faire descendre immédiatement des milliers de gens dans la rue et lancer ainsi la « résistance populaire ».

Le candidat occidental Iouchenko est également soutenu financièrement et organisationnellement par le multimilliardaire George Soros. Cet homme a déjà investi 8 millions de dollars sur Iouchenko. En Ukraine, Soros a créé le Fonds Vosrodgeniye, ce qui signifie Renaissance. A la veille des élections, ce fonds avait alloué d’importantes sommes d’argent à Gromadskje Radio et à l’Institut des Mass Media. Il finance également le Syndicat indépendant des médias, dirigé par Andrei Chevtchenko, le rédacteur en chef d’Express-Inform, qui exploite cinq chaînes de télévision.

Les organisations américaines et George Soros ont fait en sorte que des milliers de manifestants soient encadrés, même si, à l’extérieur, il fait dix degrés sous zéro. Ils reçoivent à manger et, si nécessaire, un toit pour se loger. Les organisateurs distribuent gratuitement des vêtements chauds tels pull-overs, cache-nez, manteaux et gants fourrés.

Jusqu’à présent, Américains et pro-Américains ont suivi la voie pacifique. C’est la tactique qui suscite le plus de sympathie. Mais elle connaîtra un revirement si nécessaire. L’an dernier, Soros et les organisations américaines ont financé le mouvement Kmara (Assez) en Géorgie. Les partisans de Kmara ont envahi le Parlement, certains armés de roses, mais d’autres de revolvers. Ils ont recouru à la violence pour faire tomber le président Chevardnadze et ont mis au pouvoir Saakatchvili, l’homme des Occidentaux.

1.The Guardian, 26/11/04 · 2. ORT-TV, 25/11/04.

Messages

  • Très intéressant et rare d’avoir ces éclaircissements dans les médias français ...Cet article est-il une traduction de quelque journal disponible par ailleurs ? Merci .

  • 24 novembre


    -Désespérée au creux de ma solitude libérale, j’ouvre la télé. Ces derniers temps il n’y avait plus de mauvaises nouvelles, que la triste litanie des bonnes. Pour ainsi dire de la non information, de la désinformation. Sur l’écran de mon poste un bonne homme orange éructe. On a reprogrammé le ¼ d’heure de la haine, l’ennemi et à nouveau identifié. Cette fois, c’est le russe et apparemment pour un bon bout de temps. Enfin je me sens rassérénée, pour ainsi dire sécurisée. Grâce à ma prime pour l’emploi que va m’envoyer mon gentil Sarkozy je pourrait m’offrir un écran plat, voire la guerre civile européenne en technicolor.
    Joyeux noël national-libéral et bonne année !

    Sarah Pétrovna Struve (paris)

  • Ukraine. Vers une dictature orange Nationale-Libérale ?
    http://pageperso.aol.fr/stengazeta/index.html

  • Le controle stratégique de l’Eurasie est un but politique des faucons etasuniens.
    De plus l’aspect géoéconomique comme les routes de l’energie sont un plus pour diversifié le besoin interne de ce pays. Rien que de la Stratégie, des moyens, des buts et des contournements par optor et pora comme paravent-alibi-leurre-désinformation. Moyens financiers (Soros-Grace-Inilever) marketing Orange et encadrement des manifestations sont un signifiant de prudence pour le futur de l’Ukraine : Démocrate en Eurasie oui, certainement pas Eurasienne sous influence etasunienne pour nous diviser . La cible indirecte c’est l’ Europe-puissace. Une Eurasie Multipolaire sans les Usa, c’est nous avenir à tous.

  • Des juifs d’Odessa inquiets pour leur avenir dans le chaos politique ukrainien

    Loin de l’agitation de Kiev, la petite communauté juive d’Odessa (sud de l’Ukraine) n’en demeure pas moins très inquiète des conséquences que pourrait avoir pour elle la crise ukrainienne, accusant notamment l’opposition de tenir un "discours antisémite".

    Léonid Dousman, un historien de 73 ans, dénonce le "jeu des extrémistes" de l’opposition qui ont plongé "le peuple dans une hystérie collective" et espère que les juifs n’auront "pas à en faire les frais.

    La propagande du camp du pouvoir accuse le leader de l’opposition nationaliste Viktor Iouchtchenko de tolérer des antisémites dans les rangs de ses partisans.

    A Odessa, grande ville russophone sur la mer Noire, des tracts antisémites ont été, selon M. Dousman, distribués dans des lieux publics, y compris dans des bus, avant la tenue, le 21 novembre, du second tour de l’élection présidentielle controversée qui a déclenché une grave crise politique dans tout le pays.

    "Ce type de tracts est régulièrement distribué, surtout en période électorale, mais nous, les Juifs, avons survécu à des événements encore plus pénibles en Ukraine", dit Léonid en faisant référence à l’occupation nazie de l’Ukraine durant la Seconde guerre mondiale.

    Aujourd’hui, cet Ukrainien à la dense chevelure argentée, espère que "l’hystérie collective qui s’est emparée du pays va se calmer, car si la première goutte de sang est versée, plus personne ne contrôlera rien, et nous les Juifs, nous serons de nouveau en danger".

    La ville d’Odessa, qui compte quelque 1,2 million d’habitants, est favorable au vainqueur officiel du scrutin présidentiel, le Premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch. Sa victoire est cependant contestée par l’opposition qui, emmenée par Viktor Iouchtchenko, a rassemblé des dizaines de milliers de partisans qui manifestent nuit et jour à Kiev contre le résultat du scrutin.

    Cette situation inquiète également les autorités religieuses juives d’Odessa.

    A la synagogue Habat Shomrey Sabos, le rabbin Abraham Wolff redoute "un véritable désastre" et dénonce "les discours antisémites des proches de Iouchtchenko".

    Cet Israélien, né dans un village près d’Eilat, la grande station balnéaire israélienne, explique que la plupart des juifs d’Odessa "se sentent comme à bord d’un avion qui perd soudainement de l’altitude".

    "On ne comprend plus ce qui se passe, tout va très vite et j’ai peur que le pays ne se dirige vers un crash", dit-il, en répondant à de nombreux appels sur son portable de personnes inquiètes lui demandant des conseils.

    Il déplore les "discours antisémites" tenus par certains députés de l’opposition, notamment dans le journal Silski Visti, proche du Parti socialiste (PS, allié à Iouchtchenko), se disant par ailleurs "certain qu’il y a également des antisémites dans les rangs des partisans de Ianoukovitch".

    "C’est un jeu électoral, poursuit-il, et ce sont toujours les juifs qui servent de bouc émissaire", en montrant des tracts extraits d’un journal réputé pour son antisémitisme, Idealist, publié à Lviv (ouest, bastion nationaliste et place forte de l’opposition) appelant "à tuer des juifs" pour "sauver l’humanité".

    Le rabbin affirme avoir reçu des appels de personnes souhaitant quitter l’Ukraine pour s’installer en Israël, ajoutant que "si la situation s’aggrave encore, ce ne sont pas seulement les juifs qui vont vouloir quitter le pays mais aussi les autres communautés minoritaires".

    La communauté juive d’Odessa compte environ 36.000 personnes, et le nombre de juifs dans l’ensemble de l’Ukraine est d’environ 500.000, selon le rabbin.