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Allons faire-ailleurs !
par faire-ailleurs
Publie le dimanche 9 septembre 2012 par faire-ailleurs - Open-PublishingAllons faire-ailleurs !
Allons faire-ailleurs !
Le monde vacille. Mais le simple constat ne suffit pas.
Nous pouvons l’achever mais c’est prendre le risque de ne pas voir la liberté triompher.
Nous pouvons le délaisser et commencer par nous changer nous-mêmes.
Diffusons ces changements et vivons autrement, la société n’existe plus dès lors qu’elle perd le contrôle de ses acteurs.
Délaisser le « vieux monde » ne signifie ni l’isolement ni l’abandon des combats frontaux mais « faire » et « vivre » les possibles sans les réclamer à ceux dont on aimerait voir tomber les têtes ou à une masse non identifiée, parfait bouc émissaire de l’immobilisme vis-à-vis de notre propre inertie et potentiel usurpateur de notre liberté au profit de nouvelles formes de totalitarismes révolutionnaires ou non.
Les faire-ailleurs proposent de créer des espaces de « fabrication » de possibles, de vies, d’autonomies, de réappropriations, d’inventions, de réinventions, de gratuités, d’échanges, de créations. Pour faire-ailleurs, il suffit de passer le pont : créer un magasin gratuit, une troupe itinérante, viser l’autosuffisance alimentaire et énergétique, créer ou ouvrir des habitats collectifs viables, ouverts et autonomes… Faire-ailleurs signifie ‘faire’ pour se défaire des dépendances qui nous sont imposées, créer ses propres systèmes de fonctionnement, créer ses propres limites aux libertés retrouvées par la réinvention de nos vies. Ne plus dépendre de ce qui nous est imposé ne veut pas dire rejeter l’invention mais se la réapproprier (soi-même et pour les autres), la rendre accessible à tous sans profits ni intérêts économiques, commerciaux ou matériels.
Quiconque partageant cette dynamique peut se dire « faire-ailleurs » car la création d’un réseau ou d’un concept n’a pas à dérober le sens à ceux et celles qui, partout dans le monde, souhaiteraient se le réapproprier. Ceci étant, ces perspectives d’autonomies collectives ne peuvent en aucun cas s’accorder avec les thèses ou les pensées identitaires, nationalistes, racistes, discriminatoires, obscurantistes, totalitaires, hiérarchisées, capitalistes, dictatoriales, sectaires ou anthropomorphistes. Ces notions ne pouvant s’avérer compatibles avec la liberté et le faire-ailleurs, elles seront combattues dans le « vieux monde » et dans les nouveaux espaces par tout les moyens que les individus ou collectifs jugeront eux-mêmes utiles ou efficaces.
Il n’existe ni une seule méthode, ni une seule vérité. Le pacifisme (à différencier des actions non violentes), par exemple, doit rester un choix et ceux qui préfèrent adopter d’autres méthodes de luttes doivent être, eux aussi, respectés. « L’existant établi » joue sur la division, reprise en cœur par les militants qui, croyant avoir trouvé la vérité suprême, souhaitent imposer une méthode sans envisager la complémentarité de chaque fonctionnement.
Il est tout aussi respectable d’encercler une banque pacifiquement que d’opter pour sa destruction. Si les deux volontés acceptent de se tolérer mutuellement sans chercher à convaincre l’autre, alors le « vieux monde » serait déjà enterré.
Il n’y a pas une forme idéale d’espace collectif, à chacun d’expérimenter les possibles. Mais qui dit absence de hiérarchie dit nécessitée d’organisation. Expérimenter l’autonomie ne peut se passer d’accords collectifs pensés sur la manière et le comment. Si beaucoup de choses peuvent être expérimentées, il doit y avoir localement ou par groupe affinitaire une réelle organisation collective rendant possible le projet qui, aussi jouissif soit-il, est tout sauf une étape sur la route de la facilité.
– Il nous est appris par la pensée dominante que l’Homme ne peut se passer de hiérarchie ou de leader.
Il semble que cette idée soit consciemment ou inconsciemment en chacun de nous.
Malgré nous, nous tendons la main ou la donnons pour flatter notre égo.
Ce mécanisme de pensée fait partie des dépendances imposées que les faire-ailleurs cherchent à évacuer.
Se passer soi-même de hiérarchie passe par une volonté de s’arracher à la facilité d’attendre l’ordre en espérant se décharger de la responsabilité qu’il représente. Chaque acte, même le plus basique ou machinal, doit être pleinement assumé individuellement. Pour s’accorder collectivement entre des individus autonomes, assumant leurs gestes avec eux-mêmes, mieux vaut s’organiser, c’est-à-dire prévoir et penser le vivre ensemble afin que, dans les limites définies ensemble, la liberté et l’action assumées de chacun puissent pleinement s’exprimer sans nécessiter de chef. Etre autonomes collectivement passe par devenir soi-même et chacun la conscience de l’ensemble sans attendre d’autrui autre chose que l’interaction libre et la co-création qui peuvent en résulter. Compter sur autrui, c’est non seulement le rendre esclave de sa volonté mais s’auto-spolier son autonomie. Chercher l’autonomie, c’est atteindre une cohérence entre ses actes et ses idées. Accepter l’idée de critiquer l’effet d’une situation sans s’attaquer à la cause est aussi incohérent que de prêcher une solution globale sans se l’appliquer à soi-même.
– Aucun des mondes à créer ne peut se passer de l’apprentissage de la nature et son respect. « L’existant établi » s’attèle à détruire les arbres, les rivières, l’air (etc.) coupant la liberté de vivre en harmonie avec ce qu’offre naturellement notre environnement. Cette dépendance alimentaire, pharmaceutique, énergétique ne peut que se graver dans le temps si rien de ce qui nous entoure n’est viable, comestible ou dénué de pollution. Défendre la nature, sa diversité (semences, plantes etc.) est un combat incontournable pour les défenseurs de l’autonomie et les humains conscients de l’aberration laissée en héritage. Nul ne peut se prétendre libre en acceptant le carnage effectué sur le dos de la nature. Si les faire-ailleurs créent leurs propres mondes, ils ne peuvent les penser sans défendre l’environnement. Le combat en ce sens ne connaît pas de limite, éviter le carnage est une priorité. L’autonomie alimentaire, accessible à toutes les régions du monde, est impensable si l’Homme, entouré de bitume, détruit la richesse qui l’entoure au détriment de sa vie et de celles de ses enfants. Les faire-ailleurs seront présents sur les combats environnementaux, non pas par idéologie politique mais par volonté de vivre libre. Résister c’est aussi préserver les semences hors des lobbyings du « vieux monde » et laisser vivre la faune et la flore sans destruction massive ni exploitation intensives. Si ce n’est pas pour soi ou la localité autonome, ce sera pour les autres, partout dans le monde.
– Tout magasin gratuit, toute réappropriation collective d’un lieu ou d’une technologie contribue à substituer un service pour chaque humain aux dépendances liées à l’économie
L’échange, tel que le troc ou le don contre don, se développe déjà par l’intermédiaire de monnaies non marchandes applicables à chaque localité individuellement ou collectivement. Les faire-ailleurs ont vocation à inventer de nouveaux moyens d’échange, à se réapproprier ceux existant et mettre en scène l’absurdité de la virtualité du poids de l’argent dans la société.
– Si tout à été inventé, chose improuvable jusqu’à la prochaine invention (intellectuelle ou matérielle), l’intérêt de la découverte est de profiter à chaque individu et à tous sans nuire à la nature. Inventer, c’est souvent réinventer. Expérimenter soi-même la découverte est chose jouissive qui n’a ni à appartenir à une caste spécialisée, ni à profiter à une élite. L’expérimentation est réinvention pour soi, la vie est assez longue pour ne pas se satisfaire d’un modèle ou de la simple connaissance d’une chose pensée par d’autres.
Le principe de l’autogestion passe par une volonté quotidienne de partager son expérience et de s’appuyer sur celles et ceux « qui savent ». Appelons les « sages » ou « experts » si on veut mais ces personnes ont vocation à contribuer à l’autonomie de chacun par la diffusion d’un savoir hors des cadres académiques. Cet enseignement libre doit être un partage et non une doctrine ou une accession à un statut : libre à celui qui accepte d’écouter de prendre ou de laisser ce qui lui est transmis.
– Comme d’autres précurseurs, on peut voir la vie comme un art et la mettre en scène afin de jouer avec les limites de l’identité et amener, par l’action des individus, à s’intéresser à autre chose que l’existant dominant. Outre l’accès à la culture gratuite et le développement nécessaire de l’éducation populaire et libre, dynamisons la potentialité créatrice pour la propulser dans l’espace public ou collectif : la culture libre passe par la « mort des cultures » imposées. Ce jeu permet une mise en abîme de l’habitude et des normes et reste un moyen efficace de s’en émanciper et/ou d’en prendre conscience. A chacun de trouver la forme par laquelle il souhaite s’exprimer et par laquelle il souhaite transmettre un savoir ou une compétence ayant vocation à être partagée afin de « dé-spécialiser » les individus et par-là même de les rendre moins dépendants.
– Si l’engagement politique passe, chez les faire-ailleurs, par un changement de mode de vie individuel et collectif et par la création de mondes possibles comme autant d’exemples à suivre ou ne pas suivre pour l’initié ou le non initié, le combat frontal n’est pas délaissé mais transposé sur la responsabilité entière de chaque individu (ou collectif) et non sur la doctrine imposé d’une pensée. Bien que le combat soit pour soi, pour les autres, local et international (car rejetant les frontières au profit de l’échange libre entre lieux autonomes), il ne peut se passer d’une lutte organisée contre les choses qui empêchent la possibilité même d’être libre (comme la destruction de la nature, l’exploitation des animaux, les lois autoritaires ou les privations empêchant d’aller vers la dynamique expliquée par ce texte).
Nul intérêt à connaître la paternité de ce texte, réappropriez le vous et diffusons l’idée, partout dans le monde, allons faire-ailleurs, vivons !
Autonomie partout et même ailleurs !




