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Grève à France Télévisions : Le succès de la mobilisation ! Bilan du 2 octobre

par SNRT-CGT France télévisions

Publie le jeudi 4 octobre 2012 par SNRT-CGT France télévisions - Open-Publishing

Belle mobilisation ce 2 octobre 2012 à l’appel de la CGT et de FO à France télévisions. Avec 30% de grévistes (hors encadrement), le mouvement a fortement perturbé les antennes régionales et nationales du groupe. Le succès de la grève a permis de faire entendre au plus haut niveau les revendications sur la nécessité d’un financement pé-renne de France télévisions. L’annonce d’une réduction drastique des moyens de France télévisions et les conséquences prévisibles au plan social suscitent une im-mense vague d’inquiétude dans l’entreprise. Cette première journée de mobilisation en annonce d’autres.

Rassemblement au Sénat

Le rassemblement de 14 H devant le Sénat a réu-ni plus de deux cents salariés de France télévi-sions ainsi que de Radio France, eux aussi en grève pour dénoncer les restrictions budgétaires. L’objectif était de sensibiliser l’Etat, la tutelle, le parlement, les téléspectateurs de la situation économique et sociale très préoccupante de nos sociétés publics, au moment même où le Sénat débattait de l’application de loi sur la réforme de l’audiovisuel.

Après les prises de parole, y compris de plusieurs sénateurs qui sont venus à notre rencontre, une délégation de la CGT et de FO a été successive-ment reçue par Marie-Christine Blandin, Prési-dente de la commission culture, éducation et communication, Jean Vincent Placé, président du groupe EELV, Pierre Laurent, groupe CRC et membre de la commission culture et David Assouline, sénateur PS, président de la commis-sion de contrôle de l’application des Lois et auteur du rapport sur France TV.

Si chacun d’entre eux a tenu à rappeler son atta-chement au service public de l’audiovisuel et à ses missions, les plus grandes incertitudes de-meurent sur la façon de le sortir de l’ornière et du sous financement.

Les pistes évoquées tournent autour du niveau de la redevance et de l’extension de son assiette aux résidences secondaires. Pas sûr que cela soit suffisant d’autant que le rejet par Bruxelles de la taxe dite Télécommunications constitue une véri-table bombe à retardement pour les finances pu-bliques.( plus d’un milliard d’€ !). Compte tenu de cette véritable impasse budgétaire, il serait alors temps, si Bruxelles condamne la France et si l’on en croit les sénateurs, de reposer la question du rétablissement de la publicité après 20H.

Peu d’explications sur les raisons pour lesquelles France télévisions devrait subir dans le projet de loi de finances pour 2013, avec une amputation de 3,4% de son budget, soit 85 M€, qui va bien au-delà des efforts demandés ailleurs.
Il semblerait qu’Aurélie Filippetti, notre ministre de tutelle, ait souhaité concentrer les mesures d’économie sur FranceTV plutôt que de procéder autrement : mieux vaut gérer un seul problème que 5 à la fois.

Les membres de la délégation CGT & FO ont lon-guement insisté sur de nombreuses pistes de financement alternatif : la détention des droits des programmes, une contribution plus conséquente à l’audiovisuel public, la création d’un domaine commercial.

Marie-Christine Blandin, s’est particulièrement montrée critique vis-à-vis de la construction de l’entreprise unique. Elle s’est dite particulièrement sensible à la question de la souffrance au travail et à la montée des risques psycho sociaux à France télévisions.

De nombreux autres rendez-vous ont été pris pour
les jours prochains par des sénateurs et des responsables
politiques. Ils désirent nous rencontrer
pour aborder l’avenir de France Télévisions…

Débat sur l’application de la Loi du 5 mars 2009

Par la suite, la séance de nuit a permis de débattre
de l’application de la Loi Sarkozy sur
l’audiovisuel en présence de la Ministre de la Culture.
Le mouvement de grève a été évoqué à plusieurs
reprises par les sénateurs et la présence de
salariés grévistes saluée.

Les mesures phares de la Loi ont été débattues.
Confirmation : la nomination des PDG de
l’audiovisuel public par le Président de la République
devrait être abrogée par la nouvelle Loi
courant 2013. La fragilisation du modèle économique
due à la suppression irréfléchie de la publicité
a été soulignée à de très nombreuses reprises.

Quant à la constitution de l’entreprise
unique elle n’est pas remise en cause même si les
sénateurs qui se sont exprimés ont conscience
des bouleversements et de la désorganisation
pesant sur les salariés. Ils ont souligné l’absence
de ligne éditoriale claire, le manque de gestion
stratégique, la dérive des parrainages, la soumission
à l’audimat plutôt qu’au « qualimat », les
conditions financières exorbitantes imposées par
les producteurs privés, le management pléthorique
et défaillant…voilà un échantillon des reproches
formulés par les sénateurs concernant
l’application de la loi du 5 mars 2009.

Quant à la ministre de la culture, dans un discours
assez brouillon, elle a affirmé l’échec de la suppression
de la pub en soirée qui a entrainé la déstabilisation
du financement de FTV. Mais elle n’a
pas apporté de solutions économiques suffisantes
hormis un projet de hausse de la redevance de 2€
au titre de l’inflation et 2€ pour le rattrapage du gel
de cette taxe…ce que l’on savait déjà. Aurélie
Filippetti a également annoncé des auditions pour
l’éventuel rapprochement CSA/ARCEP(1) et le
maintien de la pub en journée….ET C’EST
TOUT ! Pour le reste, le flou …et comme on le sait
depuis les primaires socialistes de 2011…quand
c’est flou, y’a un loup !

Contournement du droit de grève

Cette belle mobilisation a été réalisée en dépit des
manoeuvres de la direction pour contourner le
droit de grève ou en occulter les effets. Dans le
Pôle Nord-Ouest, le DRH a adressé la veille un
courrier d’intimidation à tous les salariés prétendant
leur interdire d’assister aux assemblées générales.

Dans le même Pôle, à Caen, le Maire de
la Ville qui souhaitait rencontrer les grévistes, a
été empêché d’entrer dans la station sur ordre de
la direction.

A Paris, au Siège, le DRH a été vu dans les régies
et sur les plateaux pour « discuter » avec les salariés.

Les chiffres des grévistes communiqués par
la direction ont été minorés, des grévistes non
décomptés ou leur nombre rapporté à l’ensemble
du personnel et non à ceux qui étaient planifiés.
Plus grave encore, des JT en Tout Images ont été
bricolés avec des marbres dont les auteurs étaient
en grève.

Les JT nationaux ont carrément ignoré le mouvement,
ce qui est une forme de censure intolérable.

La presse de ce 3 octobre (la presse parisienne
bien sûr qui n’a aucune idée de l’impact de la
grève sur les éditions d’info régionales de France3
ou de RFO !) s’étonne d’ailleurs que les effets de
la grève soient moins visibles à France télévisions
qu’à Radio France alors que le nombre de grévistes
est largement supérieur à France télévisions.
La raison en est ce contournement du droit de
grève auquel on assiste désormais systématiquement
à France télévisions (tableaux de service
trafiqués, remplacement des grévistes, etc.).

La direction aura franchi un pas supplémentaire
dans sa gestion anti sociale à l’occasion de ce
mouvement. Elle sème ainsi les graines d’une
radicalisation.

1) CSA : Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (c’est notre instance de régulation de l’audiovisuel)

ARCEP : Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes