Accueil > Juristes et syndicalistes rendent hommage à Maurice Cohen
Juristes et syndicalistes rendent hommage à Maurice Cohen
par Bernard Domergue
Publie le vendredi 7 septembre 2012 par Bernard Domergue - Open-Publishing1 commentaire
Des générations d’étudiants en droit, mais aussi d’avocats, de représentants du personnel, de syndicalistes ou encore de...journalistes, ont fait leur miel de ses analyses et de ses commentaires des institutions représentatives, et notamment du comité d’entreprise, au travers des 1 200 pages de son "Droit des comités d’entreprise et des comités de groupe" (*).
Petite confidence : à la rédaction d’actuEL-CE.fr, on ne dit pas : "Donne-moi le guide !" mais plutôt : "Tu as le Cohen sous la main ?"
Maurice Cohen est décédé le 3 septembre, à l’âge de 85 ans. Ce docteur en droit était aussi le directeur de la Revue pratique de droit social (RPDS), une revue proche du syndicat CGT, revue dont il était officiellement retraité depuis 1987.
M. Cohen fut d’abord licencié es lettres !
Mais il n’était pas, comme on pourrait l’imaginer, un universitaire classique. "Maurice Cohen a été recruté en 1947 par la Nouvelle vie ouvrière alors qu’il était licencié es lettres. Ce n’est qu’ensuite qu’il a entrepris des études de droit. Il a passé son doctorat en 1964 sous la direction du fondateur du précis Dalloz. Sa thèse sur le statut des délégués du personnel a d’ailleurs été honorée par la faculté de droit de Paris", nous précise Laurent Milet.
C’est ce dernier, rédacteur en chef de la RPDS, qui va reprendre son ouvrage sur les CE, ouvrage dont les deux hommes mettaient le point final à la dixième édition, sachant que la première date de 1975 et que l’ouvrage a changé de nom après les lois Auroux, passant d’un "traité du CE" au "droit des CE", son nom actuel. "Le Cohen continuera", précise-t-il d’ailleurs.
L’objectivité d’abord
Ce que ce juriste, lui-aussi docteur en droit, retient de l’action de Maurice Cohen ? "Ce qu’il nous a transmis de fondamental, c’est sa volonté de respecter l’objectivité scientifique que nécessite le droit, sans négliger pour autant l’aspect revendicatif au service des travailleurs, notamment en leur donnant des conseils pertinents. Cette position n’était pas facile à tenir, notamment en interne à la CGT", indique Laurent Milet, qui souligne les qualités "fraternelles" de Maurice Cohen.
On l’appelait "papa Cohen"
La nouvelle du décès de ce juriste peu commun fait aussi "beaucoup de peine" à Fabrice Signoretto : "Nous avions encore échangé par mail la semaine dernière". Il faut dire que ce spécialiste des ressources humaines, qui fait aujourd’hui partie du cabinet IDConsultants, a bien connu l’homme : "C’est Maurice Cohen qui m’a appris le métier de journaliste juridique. Il m’a fait entrer à la rédaction de la Vie ouvrière, où il souhaitait mêler des universitaires, comme moi, à des militants de terrain".
Ce qu’il retient de l’enseignement de celui que les rédacteurs surnommaient entre eux "Papa Cohen" ? "Il nous a appris à nous exprimer clairement pour un public non averti, ainsi qu’à faire preuve de rigueur en distinguant le droit positif de notre interprétation, en faisant précéder celle-ci d’une mention pour le lecteur, genre à "notre avis". Il exigeait des raisonnements qui tiennent la route". Maurice Cohen a ainsi "éduqué" beaucoup de militants syndicaux dans cet esprit, souligne Fabrice Signoretto.
"Notre père à tous"
"Maurice Cohen, c’est notre père à tous, renchérit Thierry Brun, l’avocat des Sodimédical. Il a été l’apôtre du droit des comités d’entreprise et, en ce sens, son action rejoint nos combats d’aujourd’hui. En tant qu’universitaire, je l’avais invité à Reims pour nos journées prud’homales et il répondait toujours présent".
Pour cet avocat très engagé aux côtés des salariés et de leurs représentants, le juriste Maurice Cohen n’était pas seulement un homme d’engagement : "Certes, ses convictions transpiraient de ses commentaires. Mais il gardait une grande rigueur dans ses analyses juridiques, ce qu’avocats salariés comme patronaux lui reconnaissaient. D’ailleurs, Jean Laroque, qui était alors président de la chambre sociale de la Cour de cassation, a préfacé ses ouvrages".
Nombreux témoignages de sympathie
L’homme était engagé syndicalement (à la CGT) et politiquement (au PCF). Les témoignages de sympathie venant d’avocats ou de professionnels du monde du travail n’ont donc pas manqué d’affluer à la Revue pratique de droit social (RPDS), qu’il s’agisse de Pierre Ferracci, le président d’Alpha ("Un grand juriste au service des nobles causes et du mouvement syndical"), de Patrick Tillie, avocat à Lille ("Il m’a beaucoup aidé pour donner une plus grande place aux travailleurs dans la marche des entreprises (...). Il force le respect"), de Véronique Lopez-Rivoire, responsable du service juridique de FO ("Un homme d’un abord simple et chaleureux") ou encore de l’avocat Roger Koskas, qui résume un sentiment très partagé : "Quelle triste nouvelle pour ses proches et toute notre communauté de travaillistes !"
(*) Le Droit des comités d’entreprise et des comités de groupe, Maurice Cohen, 9e edition, LGDJ. Lextenso Editions. Signalons aussi, comme ouvrage pratique pour les comités, le guide CE des Editions législatives, l’éditeur d’actuEL-CE.fr






Messages
1. Juristes et syndicalistes rendent hommage à Maurice Cohen, 7 septembre 2012, 10:25
notre "communauté" de "travaillistes" ???????