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1ère partie : "Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression"

dimanche 18 janvier 2009

Il peut sembler utile et intéressant de nos jours de re-publier et de diffuser largement cet ouvrage écrit par Victor Serge en 1925

"Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression".

Victor Serge.

"Ecrivain, né en Belgique de parents russes réfugiés.

En 1910, il s’est installé à Paris et milite dans les rangs anarchistes. A ce titre, il côtoiera le groupe autour de Jules Bonnot et sera condamné à 5 ans de prison.

A sa libération, il s’installe en Espagne. En 1917, il tente de rejoindre la Russie via la France mais est arrêté. Il n’arrivera à Moscou qu’en 1919 et rejoint immédiatement le Parti Communiste. Il est alors un proche collaborateur de Zinoviev à l’I.C.

Lors du soulèvement de Cronstadt, Serge se prononce contre les excès de la Tchekha et en 1923, il est des fondateurs de la première opposition dirigée par Trotsky. C’est en 1928 qu’il est exclu du P.C. et il est incarcéré en 1933. Une campagne internationale initiée par Trotsky et l’Opposition de Gauche arrache sa libération en 1936.

Mais il rompt rapidement avec Trotsky, en désaccord sur nombre de question - notamment son "sectarisme" vis-à-vis du P.O.U.M. espagnol.

En 1940, il quitte l’Europe pour Mexico où il meurt dans la pauvreté.

V. Serge laisse une œuvre prolifique : L’an I de la révolution russe, Mémoires d’un révolutionnaire, etc..."

Biograhie extraite de Marxists.org, ici


Édité en 1925 par la Librairie du Travail, réédité en 1970 dans la Petite Collection Maspero

(la présente copie reprend cette dernière édition).


"Introduction

La victoire de la Révolution en Russie a fait tomber entre les mains des
révolutionnaires tout le mécanisme de la police politique la plus moderne, la plus puissante, la plus aguerrie, formée par plus de cinquante années d’âpres luttes contre les élites d’un grand peuple.

Connaître les méthodes et les procédés de cette police présente pour tout
militant un intérêt pratique immédiat ; car la défense capitaliste emploie
partout les mêmes moyens ; car toutes les polices, d’ailleurs solidaires, se
ressemblent.

La science des luttes révolutionnaires que les Russes acquirent en plus
d’un demi-siècle d’immenses efforts et de sacrifices, les militants des pays où l’action se développe aujourd’hui vont devoir, dans les circonstances créées par la guerre, par les victoires du prolétariat russe et les défaites du prolétariat international - crise du capitalisme mondial, naissance de l’Internationale communiste, développement très net de la conscience de classe chez la bourgeoisie : fascisme, dictatures militaires, terreur blanche, lois scélérates - les militants vont devoir se l’assimiler en un laps de temps beaucoup plus court ; elle leur devient nécessaire dès aujourd’hui.

S’ils sont bien avertis des moyens dont l’ennemi dispose, peut-être subiront-ils des pertes moindres... Il y a donc lieu, dans un but pratique, de bien étudier l’instrument principal de toutes les réactions et de toutes les répressions, cette machine à étrangler toutes saines révoltes qui s’appelle la police.

Nous le pouvons, puisque l’arme perfectionnée que l’autocratie russe s’était forgée pour défendre son existence - l’Okhrana (la
Défensive), Sûreté générale de l’Empire russe - est tombée entre nos mains.

Cette étude, pour être poussée à fond, ce qui serait fort utile, exigerait des loisirs que n’a pas l’auteur de ces lignes. Les pages qu’on va lire n’ont pas la prétention d’y suppléer.

Elles suffiront, je l’espère, à avertir les camarades et à dégager à leurs yeux une vérité importante qui me frappa dès la première visite
aux archives de la police russe ; c’est qu’il n’est pas de force au monde qui puisse endiguer le flot révolutionnaire quand il monte, et que toutes les polices, quels que soient leur machiavélisme, leur science et leurs crimes, sont à peu près impuissantes...

Ce travail, publié une première fois par le Bulletin communiste en
novembre 1921, a été attentivement complété. Les problèmes pratiques et
théoriques que l’étude du mécanisme d’une police ne peut manquer de soulever dans l’esprit du lecteur ouvrier, quelle que soit sa formation politique, ont été examinés dans deux essais nouveaux.

Des Conseils au militant, de l’utilité desquels, malgré leur simplicité vraiment évidente, l’expérience ne permet pas de douter, esquissent les règles primordiales de la défense ouvrière contre la surveillance, le mouchardage et la provocation.

Depuis la guerre et la révolution d’Octobre, la classe ouvrière ne peut
plus se contenter d’accomplir une œuvre uniquement négative, destructive.

L’ère des guerres civiles s’est ouverte.

Que leur actualité soit précisément quotidienne ou reculée à « des années » d’échéance, les multiples questions de la prise du pouvoir ne s’en posent pas moins, dès aujourd’hui, à la plupart des partis
communistes.

Au début de 1923, l’ordre capitaliste de l’Europe pouvait paraître d’une stabilité propre à décourager les impatients. L’occupation « paisible »
de la Ruhr allait pourtant, avant la fin de l’année, faire planer sur l’Allemagne, puissamment réel, le spectre de la révolution.

Désormais, toute action tendant à la destruction des institutions
capitalistes a besoin d’être complétée par une préparation, au moins théorique, à l’oeuvre créatrice de demain. « L’esprit destructeur, disait Bakounine, est aussi l’esprit créateur. »

Cette profonde pensée, dont l’interprétation littérale a lamentablement égaré bien des révoltés, vient de devenir une vérité pratique. Le
même esprit de lutte de classe porte aujourd’hui les communistes à détruire et créer simultanément. De même que l’antimilitarisme actuel a besoin d’être complété par la préparation de l’Armée rouge, le problème de la répression posé par la police et la justice bourgeoise a un aspect positif d’une grosse importance.

J’ai cru devoir le définir à grands traits. Nous devons connaître les
moyens de l’ennemi ; nous devons aussi connaître toute l’étendue de notre propre tâche.

Mars 1925. V. S"

A suivre....

Suite :
- 2ème partie : "Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression"

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