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ET LE DROIT DES PEUPLES ???

lundi 30 juillet 2007 - Contacter l'auteur

de Michel Peyret

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
n’a pas épuisé ses potentialités révolutionnaires

La Charte des Nations-Unies de 1945 exprime , avec son article 1 , le besoin des nations de développer entre elles des
relations amicales , fondées sur le principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes .

En vertu de ce droit , les peuples déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement
économique , social et culturel . Ce droit se traduit également par les principes de souveraineté et de non-ingérance , ou
encore par celui du droit à l’autodétermination , et il a été reconnu comme étant le premier des droits de l’homme .

Autant dire que la reconnaissance et l’affirmation de ce droit constituent l’une des plus importantes conquête des peuples et
des individus qui les composent .

En son nom , les peuples des pays colonisés menèrent partout de grandes luttes anticoloniales pour leur indépendance . Ceux
qui dépendaient de l’Empire français bénéficièrent du soutien des forces progressistes françaises , notamment de celui du
Parti communiste français .

Plus récemment , les peuples des pays de l’Est de l’Europe remirent en cause les traités issus ou conséquence des accords de
Yalta qui consacraient le partage de l’Europe en zones d’influence .
Tout dernièrement , le 21 mai 2006 , le tout petit Monténégro a retrouvé par référendum le droit à l’indépendance qu’il avait
perdu il y a 88 ans , après la première guerre mondiale ...

CETTE RICHE HISTOIRE EST-ELLE TERMINEE ?

Le temps serait-il déjà venu de remettre en cause des souverainetés , des indépendances , aussi récemment acquises ?

De grandes puissances ont-elles le droit de vouloir circonvenir des peuples pour contrôler et s’emparer des richesses de leur
sol , pétrolières pas exemple ?

Le droit à l’énergie nucléaire civile serait-il réservé à ces mêmes grandes puissances qui disposent au surplus d’arsenaux
nucléaires qu’elles maintiennent et développent au mépris des engagement pris et des traités signés ?

Les nations et les peuples ont-ils à se voir imposer des principes et règlements , tels ceux de l’Organisation Mondiale du
Commerce (OMC) , qui visent à les mettre en concurrence entre eux et avec ceux des pays développés pour le plus grand
profit des multinationales ?

N’est-ce pas , sous forme de libre-échange , de libre-concurrence , de libre-circulation des capitaux , de nouvelles formes de
colonialisme , de nouvelles dominations et assujettissements , des pertes d’indépendance et de souveraineté ?

Ainsi , les richesses produites par le travail des peuples ne viennent-elles pas se concentrer dans quelques pays seulement qui
méritent par là leur qualificatif de « développés » et par la misère que leurs capitalistes entretiennent partout .

Et , plus fondamentalement , n’est-ce pas avec le rejet du Traité constitutionnel , ce que le peuple français a condamné en
mai 2005 , un projet dont l’objectif était tout-à-la fois de lui imposer la perpétuation de la loi capitaliste sans lui permettre de
la contester en faisant prendre les décisions , les directives en l’occurence , par des organismes supra-nationaux , la toute
puissante Commission européenne dont les commissaires sont des fonctionnaires qui échappent à toute élection comme à tout
contrôle démocratique et n’ont en définitive de comptes à rendre à quiconque ?

VERS UN ETAT EUROPEEN ?

Disons-le clairement : ce qui s’est construit progressivement depuis la signature du Traité de Rome , traité après traité , c’est
un Etat européen destiné à confisquer au peuple français , comme aux autres peuples européens , ce droit à disposer d’euxmêmes
, leur souveraineté , pour les empêcher de remettre en cause , voire d’abolir , les dominations et les décisions qui
permettent aux grandes sociétés capitalistes d’imposer leur volonté et leur exploitation aux peuples du monde . Ce qui s’est
construit , ce n’est autre qu’un nouvel impérialisme destiné à prendre toute sa place dans les conditions et les confrontations
de la nouvelle mondialisation , dans les concurrences avec les autres impérialismes .

La Constitution européenne était destinée à couronner cet édifice étatique dont Jean Monnet disait qu’il fallait le faire et ne
point en parler . Cette « omerta » a été respectée et lui a survêcu !
Le Traité simplifié pour lequel mérite activement le nouveau président de la République ne tient aucun compte du NON
souverain exprimé par le peuple français . C’est le même contenu , plus succinctement exprimé , et qui ne serait même plus
soumis au peuple , que le président veut ainsi imposer et pour lequel il fait le forcing .

Alors , bien évidemment , il faut revendiquer avec force un nouveau référendum avec l’objectif de créer les conditions , en
étroite collaboration avec le peuple français qui s’est déjà exprimé , de la mise en échec de la resucée qui nous est proposée .

Cette resucée ne peut en aucun cas être considérée comme « un nouveau traité européen » comme le qualifie une pétition
lancée tout récemment avec de premiers signataires de « gauche » , dont des responsables du PCF . Et si le référendum est
obtenu ce ne peut en aucun cas être « un référendum POUR le nouveau traité européen » mais une bataille politique
acharnée contre ce nouveau traité .

QUEL CONTENU ?

La dénonciation du contenu concret du projet va donc être décisive .
Aussi l’appel lancé récemment par Marie-George Buffet ne laisse pas d’inquiéter . Ne déclare-t-elle pas que « chaque jour
davantage , c’est en Europe que se joue notre avenir . Pour une très large part , les décisions et les politiques de l’Union
européenne détiennent les clés de ce que sera la vie des peuples européens ces prochaines années . »

Je le dis tout net , il me semble là que Marie-George Buffet s’inscrit entièrement dans la remise en cause du droit des peuples
européens , et donc du droit du peuple français , à disposer d’eux-mêmes .

C’est l’acceptation du projet du « père de l’Europe » , Jean Monnet . Car le ver est dans le fruit depuis le Traité de Rome ,
deux aspects inséparables comme je l’ai montré : les logiques d’exploitation et de domination des multinationales
européennes et les institutions supra-nationales pour y assujettir les peuples .

C’est cet ensemble qu ’il convient à mon avis de rejetter !
Et dans le même temps , c’est le projet d’une autre Europe qu’il convient de mettre en chantier , le chantier de l’Europe des
peuples qui ne doit en aucun cas déposséder ces peuples de leur droit à disposer d’eux-mêmes .

Ce sont donc les peuples européens qui doivent en élaborer le contenu . Ce pourrait être , en toute hypothèse , une structure
du genre ONU , une ONU démocratisée , où chaque peuple comptera pour un , où l’Assemblée générale prendrait les
décisions qu’un exécutif mettrait en oeuvre . Ces décisions concerneraient principalement des échanges , des coopérations de
tout genre et en tous domaines , des coopérations à la carte avec les pays européens volontaires et d’autres pays , ceux de la
Méditerranée notamment , berceau des cultures et des échanges . Cette Europe des coopérations , des solidarités , oeuvrant
pour la paix et le désarmement , pour un développement durable , collaborerait étroitement avec l’ONU et ses organismes ,
pour une nouvelle mondialisation , objectif essentiel pour les peuples du monde .

RESPECTER LES PEUPLES !

Ainsi , pour l’essentiel , les politiques économiques , sociales , budgétaires et monétaires , judiciaires , de défense...
demeureraient-elles pour l’essentiel des compétences nationales , ce qui ne remet pas en cause les coopérations librement
consenties en tous domaines .

Il convient de savoir le reconnaître : tous les peuples européens ne sont pas prêts à marcher au même pas . Ils ont des cultures
différentes qui gagnent à se connaître . Ils n’ont pas les mêmes développements économiques et sociaux . Ils n’ont pas la
même histoire ni les mêmes traditions . Il serait illusoire de penser qu’un jour , le même pour tous , ils puissent se prononcer
pour un changement de société qui viserait à sortir du capitalisme ...
Il convient en conséquence de prendre en compte ces spécificités : aucun peuple ne doit se sentir violé de quelque manière que
ce soit .

Toutes les constructions qui , dans le passé , en Europe , ont voulu ignorer ces principes , passer par-dessus les peuples et
leurs droits , ont toutes plus ou moins dramatiquement échoué . Les dernières tentatives sont encore récentes dans toutes les
mémoires .

Une approche respectueuse des identités et des réalités propres à chaque peuple est sans doute la meilleure façon de
progresser sûrement dans l’approfondissement de coopérations et de rapports toujours plus étroits .

Mots clés : Michel Peyret / Partis politiques /
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