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Fillon : the problem ?

Publie le mercredi 27 février 2008 par Open-Publishing
3 commentaires

INTERNATIONAL
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La popularité encombrante de François Fillon

FRANCE. Le discret premier ministre est de plus en plus apprécié. A force de se hisser dans les sondages, il fait de l’ombre au président.

Angélique Mounier-Kuhn
Mercredi 27 février 2008

Ils ont allié leurs destins pour gouverner la France. Pour le reste, tout les dissocie. L’un est de Neuilly, ne prise rien tant que la fièvre de l’action et les feux de la rampe et vient d’épouser en troisièmes noces un top-model. L’autre, provincial marié à la même épouse depuis vingt-huit ans et père de cinq enfants, répugne à parler de lui et n’apprécie les projecteurs qu’à condition qu’ils soient braqués sur son seul travail. Le contraste entre les personnalités du président de la République, Nicolas Sarkozy, et son premier ministre, François Fillon, est remarquable. L’écart de popularité entre les deux hommes qui s’est creusé ces dernières semaines l’a rendu saisissant.

Rôle de fusible

Selon la dernière livraison du sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche (JDD), la cote de Nicolas Sarkozy s’est effondrée de 9 points par rapport à janvier à 38% de personnes satisfaites par son action. Dans le même temps, le premier ministre a vu le nombre des satisfaits progresser de 7 points à 57%.

« Cette situation est très particulière, commente Frédéric Micheau, directeur des études à l’Institut de sondage Ifop. La norme sous la Ve République est que le président soit plus populaire que le premier ministre. En outre, l’écart est très marqué. Le baromètre du JDD qui existe depuis 1958 n’a montré qu’un seul écart plus important, en avril 1993, c’était en période de cohabitation lorsqu’Edouard Balladur était le premier ministre de François Mitterrand. » « Nous assistons à une inversion du couple classique président-premier ministre. D’habitude, c’est le premier ministre qui est exposé, qui prend les coups et endosse le rôle de fusible. Cette fois, c’est le président, avec sa personnalité très active, voire agitée qui apparaît comme un fusible », souligne Nonna Mayer, politologue au Centre d’étude de la vie politique française (Cevipof).

« Le fait que les trajectoires (ndlr : des sondages) évoluent en sens inverse ajoute à la spécificité », poursuit Frédéric Micheau. Selon lui, c’est bien un phénomène des vases communicants qui redore le blason de François Fillon : les déçus du camp du président, agacés par ce qu’ils prennent aujourd’hui pour de l’éparpillement, se raccrochent à la constance du premier ministre, envisagé comme le garant des réformes.

« Tout est affaire de perception, poursuit le spécialiste, ni l’un ni l’autre n’ont changé de style. » Mais le résultat est là : en moyenne depuis son entrée en fonction, le discret François Fillon se distingue comme le premier ministre le plus populaire de la Ve République. Réparation savoureuse pour celui que le Paris journalistico-politique affublait du surnom de « Nobody » il y a quelques mois. « Il souffrait de cette image de premier ministre qui n’existait pas. Quand il s’est mis à dépasser Nicolas Sarkozy dans les sondages il y a deux mois, on l’a vu heureux, bien dans sa peau », remarque Christine Kelly, journaliste chez LCI, la seule à avoir planché sur une biographie de François Fillon*. Selon elle, au-delà de l’effet contraste, le regain de popularité du premier ministre doit aussi à un subtil changement de stratégie : « Dès l’automne, il a voulu mieux faire savoir ce qu’il fait. Il est plus présent, il organise plus de conférences de presse. » « Mais il n’est ne peut qu’être prudent, poursuit Christine Kelly. D’abord parce ce qu’il n’est pas du genre à se mettre en avant, ensuite parce qu’il sait que l’on ne peut travailler que dans l’alliance. » Or, les médias français se font de plus en plus l’écho d’un agacement présidentiel. Dans sa dernière édition, Le Monde estime ainsi que la popularité de François Fillon « pose un problème politique à l’Elysée. »

Prêt à démissionner

L’hypothèse d’un Nicolas Sarkozy jaloux prenant le risque de se débarrasser d’un premier ministre au zénith est peu plausible. Mais si son propre déclin dans l’opinion incitait le président à reculer sur les réformes « François Fillon serait prêt à démissionner », affirme Christine Kelly. « Il a une volonté viscérale de faire les réformes » prévues par le programme présidentiel dont il fut un inspirateur.

Dans l’entourage du premier ministre, on se refuse à commenter ce scénario de « politique-fiction ». Mais l’on sent bien qu’à Matignon la question de la popularité du premier ministre est devenue délicate. « Il accorde aux sondages l’importance qu’ils ont mais pas plus », se borne-t-on à commenter, en soulignant que dans l’immédiat sa priorité va au soutien des candidats aux municipales.

*François Fillon, Le secret de l’ambition,Editions du Moment

Messages

  • Fillon n’est que remarquable dans la mesure ou il se tait. Car en fait c’est lui qui applique la politique que préconise Sarkozy. Donc le motus n’est qu’une apparence, il oeuvre en silence au service de sa majesté. Je vais dire des grossièreté, tant pis, car les Français sont vraiment cons de se faire leurrer ainsi.

    Au moment du salon de l’agriculture, j’ai le souvenir de Charles de Gaulle disant : "les Français sont des veaux", ce qui trouve toute sa signification dans de tels sondages.

    M.M.

    • Bien d’accord avec vous. Faut pas exagérer, FILLON ne peut pas être le plus populaire de la 5è République, car il ne faut pas perdre de vue qu’il est un des principaux instigateurs de ces violentes réformes qui nous accablent tant en ce moment !

      En fait dans cet article, j’aime bien ceci :

      Mais si son propre déclin dans l’opinion incitait le président à reculer sur les réformes « François Fillon serait prêt à démissionner », affirme Christine Kelly. « Il a une volonté viscérale de faire les réformes » prévues par le programme présidentiel dont il fut un inspirateur.

      Les municipales et les cantonales sont une occasion unique durant ce quinquenat d’affaiblir Sarko, donc de réduire le poids des réformes qui restent à venir. Si les français ne prennent pas le train à cet endroit-là, ça donnera raison définitivement à Charles de GAULLE : "les français sont des veaux" et ce pour rester polie.

    • Oui, Fillon est l’homme dangereux, le plus politiquement à droite.

      C’est le père de toutes les réformes antisociales et qui cassent le programme du Conseil national de la Résistance.

      Le vrai scénario catastrophe serait que l’UMP décide de le mettre en avant et de le soutenir encore davantage...

      Nous serions alors dans une situation 1933, en Allemagne. Le ver est dans le fruit.