Bellaciao
Le paradoxe canadien : menacé par Washington, Ottawa veut mourir pour Kiev
Un article sidérant du Globe and Mail évoque désormais sans détour l’hypothèse d’une coercition militaire américaine contre le Canada pour s’approprier ses ressources stratégiques. Pendant ce temps, à Ottawa, l’élite dirigeante persiste dans une fuite en avant atlantiste digne d’un théâtre de l’absurde : le Premier ministre Mark Carney envisage l’envoi de troupes canadiennes en Ukraine pour « maintenir la paix », alors même que l’intégrité territoriale du Canada pourrait devenir, demain, une variable d’ajustement de la doctrine impériale américaine.
Bienvenue dans l’Occident tardif, où les vassaux préfèrent jouer les supplétifs de l’empire à l’étranger plutôt que de défendre leur propre souveraineté. Le Canada en offre aujourd’hui l’illustration la plus pathétique — et peut-être la plus dangereuse.
L’illusion atlantiste repose sur un syllogisme devenu mortel : la sécurité du Canada passe par celle de l’Occident ; l’Occident, c’est Washington ; donc, obéir à Washington, c’est assurer notre sécurité. Un raisonnement qui tenait la route quand l’empire se montrait généreux. Il devient un piège absurde quand l’empire, pris de panique, décide de sécuriser… son arrière-cour.
Quand l’allié devient proie : l’hypothèse d’une coercition américaine
Le 5 janvier 2026, The Globe and Mail publie un article qui aurait été impensable il y a encore quelques années. Thomas Homer-Dixon (directeur exécutif du Cascade Institute et professeur émérite à l’Université de Waterloo) et Adam Gordon (ancien conseiller juridique principal du ministre des Affaires étrangères du Canada et chercheur affilié au Cascade Institute) y écrivent noir sur blanc que le Canada doit se préparer à la possibilité d’une utilisation de la coercition militaire par les États-Unis. Nous ne sommes pas dans la spéculation marginale, mais dans une analyse stratégique froide, issue de cercles académiques étroitement connectés à l’appareil d’État canadien.
Pourquoi cette alerte aujourd’hui ? Parce que les faits s’accumulent. Depuis son retour au pouvoir en 2025, Donald Trump a démontré que le droit international n’est plus, à ses yeux, qu’un décor inutile. Le 3 janvier 2026, une opération militaire américaine massive aboutit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, qui sont transférés aux États-Unis pour faire face à des accusations de narcoterrorisme et de trafic de drogue — une action justifiée par la nécessité de sécuriser les ressources pétrolières et de « gérer » le pays en attendant une transition. Le message est limpide : la souveraineté ne protège plus rien face à la prédation impériale.
Le bouquet final ? Peu après, Trump refuse même d’exclure une action militaire contre le Groenland, territoire danois pourtant membre de l’OTAN. L’Alliance atlantique n’est plus un bouclier ; elle est devenue un simple décor contractuel que Washington piétine à volonté.
Doctrine Monroe 2.0 : le Canada comme arrière-cour
Les auteurs du Globe and Mail relient ces événements à la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine, qui consacre un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe : domination absolue de l’hémisphère occidental, Arctique compris. Dans ce cadre, le Canada cesse d’être un allié souverain pour devenir un réservoir stratégique : pétrole, minerais critiques, eau douce, potasse, terres rares. Autrement dit, un butin potentiel.
On objectera que le Canada n’est pas le Venezuela, que les liens historiques, économiques et humains sont d’une autre nature. C’est précisément ce qui rend la menace plus subtile, et non moins réelle. L’ingérence ne viendra pas nécessairement sous forme de marines débarquant à Vancouver, mais de pressions économiques écrasantes, de campagnes de déstabilisation politique ou de « prêts » stratégiques assortis de conditions qui annihilent toute autonomie.
Le scénario évoqué est d’un cynisme glaçant : une agitation séparatiste en Alberta, alimentée en coulisses par des réseaux MAGA, suivie d’accusations de fraude, puis d’un appel à l’« aide » américaine. Prétexte humanitaire, intervention « stabilisatrice », sécurisation des ressources — le manuel est déjà écrit. Caracas en a fait l’expérience. Ottawa serait-il mieux protégé ? Rien ne permet de l’affirmer.
Voilà donc le tableau : alors que cette menace est désormais formulée noir sur blanc par des experts canadiens, les élites d’Ottawa observent sans broncher l’opération américaine au Venezuela. Belle preuve que l’empire, lorsqu’il décline, commence toujours par dévorer ses alliés les plus dociles.
Carney, Kiev et l’aveuglement atlantiste
Face à cette menace existentielle, Mark Carney choisit… l’Ukraine. Les 5 et 6 janvier 2026, à Paris, il rejoint la « Coalition des volontaires » (Coalition of the Willing) et ouvre la porte à un engagement militaire canadien post-conflit pour sécuriser l’Ukraine après un éventuel accord de paix. À l’issue des discussions, l’envoi de troupes est officiellement qualifié de « possibilité » — Carney évoquant un rôle initial possible en matière de formation, mais sans exclure une contribution sur le terrain dans une force multilatérale.
Ainsi, pendant que des analystes sérieux évoquent la nécessité de préparer la défense du territoire canadien face à un voisin devenu imprévisible, le Premier ministre envisage de projeter des soldats à des milliers de kilomètres, dans une guerre où le Canada n’a ni intérêt vital, ni capacité d’influence réelle. Carney promet 80 milliards de dollars supplémentaires pour les forces armées, évoque l’Arctique comme « flanc ouest de l’OTAN », mais continue d’orienter l’effort stratégique vers l’Ukraine — autrement dit vers les priorités atlantistes définies à Washington… le même Washington qui pourrait demain remettre en cause l’intégrité du Canada.
Cette dissonance n’est pas une erreur d’analyse. C’est une pathologie politique.
Le suicide du vassal
Le Canada découvre trop tard ce que signifie réellement l’effondrement de l’ordre unipolaire : lorsque l’empire vacille, il ne protège plus ses alliés — il les consomme. Menacé pour ses ressources par les États-Unis, Ottawa persiste pourtant à se comporter en vassal zélé, prêt à sacrifier ses soldats en Ukraine pour un ordre stratégique qui ne garantit même plus son intégrité territoriale.
Ce n’est plus de l’aveuglement, c’est une abdication. En s’alignant mécaniquement sur un Washington devenu prédateur, l’élite canadienne renonce à l’essentiel : la défense de sa souveraineté. L’OTAN n’est plus un bouclier, mais une laisse ; l’atlantisme, non une alliance, mais une dépendance suicidaire.
La seule logique qui demeure est celle du rituel. Comme un sujet qui continue de s’incliner devant un roi fou, Ottawa accomplit les gestes de la loyauté atlantiste pour s’éviter l’effrayante nécessité de penser par soi-même. Pendant ce temps, les faits s’accumulent, et la fenêtre pour forger une véritable autonomie stratégique se referme.
À ce rythme, le Canada ne sera ni arbitre ni acteur du monde multipolaire en gestation, mais l’un de ses premiers dommages collatéraux. L’histoire est cruelle avec les vassaux : ils découvrent toujours trop tard que la fidélité n’est jamais une assurance contre la prédation. Lorsque l’empire tombe, ceux qui l’ont servi tombent avant lui.
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