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LA LIBERTÉ EST LA PARTICIPATION

mardi 16 octobre 2007

de Enrico Campofreda

S’il y a une fausse note dans un succès si retentissant, bien qu’annoncé, comme l’élection de Veltroni à la charge de secrétaire du Parti Démocrate, c’est bien dans l’envie de leadership qui déferle aussi dans le centre-gauche. On en discute depuis des années et en cela la Droite a sûrement gagné, en imposant une obsession avant un système et un homme. L’homme de la providence et le parti basé sur un leader et personnalisé, même dans ce renouveau souhaitable dans une Gauche désireuse de se débarrasser des vieilles toiles d’araignée de l’appareil bureaucratique, sont des gênes peu conjugables avec la démocratie.

Car dans le vote de trois millions abondants , il y a sûrement une saine exigence du pays qui désire avancer et construire mais il y a aussi un mécanisme de délégation qui devrait inquiéter. Entendons-nous : nous n’affirmons pas qu’avoir un chef soit une chose répréhensible, nous ne regrettons pas non plus la nomination du secrétaire dans de fumeuses assises de Comités Centraux ou dans des couloirs à la Borgia, penser cependant qu’avec le vote et l’euro de hier on ait placé le sort de la nation dans les saintes mains d’un sauveur est pour le moins bizarre et infantile.

Il y eut une époque où les sujets vivants de la société, les salariés dans les usines, les citoyens dans les quartiers posaient des problèmes et cherchaient des solutions que le Parlement et les partis ne leur offraient pas. Ils utilisaient les structures existantes – conseils, comités – ou les créaient. Leurs désirs de réaliser, de décider, de changer étaient explicites, ils ne se faisaient pas nécessairement entraver par des leaders qui existaient déjà alors mais étaient proposés et imposés par le bas et susceptibles de soutien ou de renvoi directs. Evidemment, nous ne parlons pas des secrétaires de partis engoncés dans le monde de leurs appareils, disons cependant que cette époque connut une parenthèse de démocratie directe.

« La liberté est participation » chantait Gaber et je crois que cette réflexion est toujours valable. Aujourd’hui les trois millions abondants représentent une splendide participation dont le programme et la route sont cependant déjà écrits : déléguer au grand chef (encore un !) et à son entourage sa propre partie active. Car le parti naissant, au-delà des fusions à donner des frissons entre Ds et Marguerite se préfigure comme un modèle léger, un peu radical, populaire-chic, d’un américanisme éhonté, qui suit l’opinion, absolument inter classes, participatif seulement pour élire des professionnels qui feront de la politique tandis qu’ils seront des millions à rester devant la télévision ou à pouvoir se rendre vers des urnes préfabriquées, à des conventions et à des fêtes organisées.

Si j’avais été – et ce n’est pas le cas- un des trois millions, avec tout le respect pour leur vote, je me sentirais un peu comme du bétail. On est invité à indiquer un chef et à déposer en lui des espérances pour un sort meilleur et progressiste et amen. Et c’est tout ? On espèrerait que non, on espèrerait un parti nouveau qui fasse de l’ancienne politique, la bonne, pas celle de voleurs à la Craxi, celle qui s’occupait des besoins : les écoles, les logements, le travail, la santé, l’assistance sociale. Peut-être Veltroni, dans quelque talk show parlera-t-il, entre mille autres choses, de ces choses-là mais un peu en passant car la politique postmoderne et la façon de vivre d’aujourd’hui imposent d’autres paillettes. Et il faut que le citoyen qui doit déléguer et consommer s’étourdisse devant mille offres pour déléguer plus et mieux.

Si le peuple italien est celui qui a le plus introjecté le mode de pensée américain, il ne pouvait pas recevoir de plus beau cadeau que l’ « american party » à la Veltroni. Veltroni qui a toujours suivi le kennedyisme plus que le berlinguérisme mais qui se présente aujourd’hui dans toute son encombrante orientation antipolitique. L’ « american party », le parti-fête, est l’antipolitique comme le fut le parti-entreprise à la Berlusconi. A force d’effacer les idéologies, de renier les origines, de faire table rase de ce que nous étions, restent un présent et un passé proche de la pire sorte. Il reste certains « ismes ».

Le présidentialisme, l’envie de présidentialisme, l’individualisme, une « realpolitik » au parfum d’opportunisme, l’affairisme, le désir de plaire, l’hédonisme, l’angélisme et cette hypocrisie qui fait l’aumône à la pauvreté dans le monde au lieu de l’émanciper, de la libérer, de l’éradiquer. Comme faisait l’idole JFK, victime ensuite du système qui l’avait généré et qu’il défendait. Que les trois millions abondants méditent pour savoir si cela est le bon chemin.

http://bellaciao.org/it/article.php3?id_article=17531

traduit de l’italien par karl&rosa