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La France de Sarkosy

Publie le mercredi 9 janvier 2008 par Open-Publishing
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1-Pourquoi Sarko a–t-il été élu ?

Alors que tous les indicateurs sociaux et économiques pouvaient laisser entrevoir objectivement une victoire du camp progressiste c’est-à-dire de la gauche, avec un poids important de la gauche antilibérale depuis le non au référendum du 29/05/05 sur le TCE, voilà que le représentant du Medef et du Cac 40 est élu. Quelques raisons à cela :

11-une main mise progressive, qui a débuté bien avant les présidentielles, puis quasi-totale à l’approche de ces élections (et depuis) sur l’ensemble du pouvoir médiatique, écrit ou audiovisuel, au travers des liens financiers, politiques, amicaux et parentaux avec les « copains et les coquins » magnats de la presse exerçant d’énormes pressions sur la gente journalistique. Pire : de nombreux éditorialistes ou chefs de rédaction se sont autocensurés, autosoumis aux désirs et aux desseins du candidat et actuellement du président. Les moyens techniques étaient ainsi à disposition d’une formidable machine de communication. Les négations récentes de cette main mise par le Président lui-même sont au mieux une inquiétante pantalonnade que ne peuvent croire que les neurones désagrégés par 20 ans de TF1 « staracadémisée et Pernaudisée ».

12-cette main mise a pu se développer plus facilement dans un contexte sociétal télévisuel effectivement en totale déconfiture (voulue) sur le plan culturel au sens large du terme dont l’origine de la dégradation remonte à plusieurs années. Un état de délabrement qui n’a cessé de se dégrader pour fournir un terreau de cortex collectif complètement vidé, incapable de réagir par lui-même, bref un abêtissement général (« Télé Réalité ») qui a permis de développer la contre-culture du « café du commerce » et de faire passer les pires manipulations au travers d’émissions apparemment plus sérieuses dans l’habillage comme « Le Droit de Savoir » diffusant plusieurs fois le même reportage à bien des égards mensonger et manipulateur. D’ailleurs Le Lay (Pdt de TF1) s’est félicité en son temps de pouvoir occuper le moindre espace de cerveau avec ses émissions « alzheimeriennes » !

13-un candidat et son équipe qui, avec des moyens énormes, ont répété avec un art consommé, ce que les « esprits » non pas des Lumières donc mais des « cafés du commerce » voulaient entendre. C’est l’institutionnalisation de cette contre culture des « cafés du commerce » c’est-à-dire ce que l’on croit être la vérité mais qui n’est que rumeur, mensonges, approximations, instinctif c’est-à-dire de l’ordre du réflexe et non de la réflexion, en faisant à l’occasion monter à la surface depuis les profondeurs noires de l’être humain tout ce qui rapproche ce dernier de l’animal, en mettant au pilori tour à tour les différentes catégories de français en les montant les unes contre les autres alors que toutes (sauf le Medef) avaient et ont un intérêt commun à s’opposer au projet de société de Sarko et de ses amis.

Ses propos n’étaient pas simples, ils étaient simplistes et il n’est rien de pire que des phrases ou propos parés des flambeaux de l’évidence, car ils ne sont qu’une vérité en lambeaux qui mène systématiquement à l’erreur de jugement pour celui qui la reçoit.

14-un Parti Socialiste déjà en pleine déliquescence, marqué par ses luttes intestines, complètement tétanisé par une dichotomie qui existe depuis longtemps mais qui a atteint son paroxysme, entre d’une part sa volonté intrinsèque de vouloir s’inscrire dans la soumission au libéralisme et d’autre part son entêtement politicien à ne pas vouloir le dire clairement aux français en général et aux électeurs de gauche en particulier. Un PS qui n’a aucunement tiré les leçons de son échec quand il était au pouvoir, qui n’a aucunement tiré les leçons de sa déconfiture au référendum sur le T.C.E du 29 mai 2005 à l’occasion duquel la majorité de ses électeurs a voté NON, contre ses dirigeants et ses « militants ».
Un PS qui s’est laissé subjugué par la campagne d’opinion des instituts de sondage (dont les dirigeants sont plutôt proches de la droite et du Medef) en se faisant imposer de l’extérieur sa candidate. Une fois choisie, celle-ci a du affronter toutes les « peaux de bananes » glissées surtout par ses « amis » politiques mais aussi par ses adversaires : bref, le PS voulait-il vraiment la gagner cette élection ? Cette incapacité à l’offensive, à la netteté des choix renvoie bien sûr à la dichotomie définie ci-dessus.

15-une « gauche de la gauche » qui avait sa carte à jouer, qui aurait pu jouer les troubles fête voire jouer un rôle décisif au sens où aujourd’hui rien ne serait comme cela est. Voilà qu’elle aussi, et dans toutes ses composantes, s’est lamentablement comportée, mettant sinon à mort du moins à l’écart pour un temps, un véritable changement sur des bases de justice sociale, d’égalité et de solidarité autrement dit de rupture (voilà le mot lâché, mais de l’autre côté de l’échiquier politique). Voulait-elle, elle aussi, vraiment s’inscrire dans une dynamique d’impact sur l’évolution de la société. On peut sérieusement en douter.

Pourtant, oui c’est bien de rupture dont les français avaient et ont besoin, mais pas celle de la droite revancharde de l’histoire sociale de la France. Et face à Sarko, c’est bien ce qui a manqué à la gauche, un leader déterminé, un leader en rupture. Seul un tel profil pouvait l’emporter en raison du vieux principe : se battre frontalement avec les mêmes armes, la même posture et sur un fond politique diamétralement opposé.
On sait que le PS, qui va s’accoquiner avec Bayrou, ne le fera jamais. Reste le rassemblement de toute la gauche radicale, au-delà des appareils, avec la force du mouvement social.

A noter que je n’ai pas parlé du Modem malgré le score plus qu’honorable de Bayrou : tout simplement parce que, malgré certains propos qui m’agréent, je ne pense pas que ce mouvement puisse orienter une politique économique et sociale plus proche des salariés et des victimes du système capitaliste.

2-Une fois élu : voici la France sarkosyste
La France de sarko telle qu’on peut la vivre aujourd’hui n’est que la conséquence de ce qui précède, et c’est un désastre

21-une France où la régression sociale s’accélère : sous prétexte d’équité on aligne les moins mal lotis sur les moins bien lotis au lieu du contraire. D’ailleurs il ne s’agit même plus d’entrer dans le détail de toutes ces remises en cause et des pseudos justifications qui les accompagnent, cela est perte de temps. Il faut dénoncer le fond de ce qui se déroule sous nos yeux : il s’agit d’une véritable attaque en règle revancharde d’une classe sociale (Medef et Cac 40) contre tous les acquis sociaux de la société française au fil du temps et notamment depuis la Libération. C’est la remise en cause politique des actes fondateurs du Conseil National de la Résistance. Toutes ces remises en cause n’ont absolument rien de technique : c’est un acte politique revanchard dont la substance remonte encore bien plus loin que 1945. C’est la nuit du 4 août 1789 à l’envers.

22-mais qu’est ce que c’est que ce pays où la bien pensance actuelle, soit disant experte en ceci ou cela, considère et réussit à faire croire même aux victimes de cette politique que les salariés qui gagnent 1300 euros par mois sont des privilégiés sitôt qu’ils ont la « malchance » finalement d’être cheminots, fonctionnaires ou autres supposés « planqués » (on retrouve là le grand esprit du café du commerce). C’est écoeurant, révoltant. On veut quoi, on attend quoi, que la violence extrême explose partout !

23-une France où des peignes culs hurlent de plaisir quand le gouvernement fustige ou stigmatise d’autres peignes culs, une France où des petits tricheurs (français petits blancs) s’égosillent de joie quand on dénonce des petits tricheurs au profil basané, une France du « café du commerce » tellement jouissive à taper sur qui est en dessous ou à peine au-dessus d’elle-même mais qui regarde avec envie, délectation, affection voire respect toute cette jet-set qui escroque, ces patrons qui volent, détruisent leur entreprise et leurs emplois en se mettant plein les poches d’argent sale ou sali, qui trafiquent au plus haut niveau etc. . . .. . . .(vous avez dit racaille Mr Sarkosy ?).

24-une France que l’on veut défigurer, dont on veut nier, dans l’Histoire, tous les chapitres les plus nobles et les plus lumineux. Un vrai courant « négationniste » est aux commandes. L’article de Denis Kessler, n°2 du Medef dans la revue patronale Challenges est très probant. C’est un véritable nettoyage de toute l’histoire sociale et progressiste de la France qu’il propose, comme si tout ça n’avait jamais existé, une véritable « karcherisation » de notre Histoire.

25- et face à cette situation toujours le même PS, inconsistant, mollasson, suicidaire, en fait tout bonnement d’accord avec tout ce qui se passe, en balbutiant quelques contestations uniquement sur la forme « il faut réformer mais ne pas brutaliser » ! ! Et nous ne rentrerons pas dans la sémantique car le terme réformer peut s’entendre positivement s’il signifie progresser ; or ici il s’agit uniquement de régresser, il ne s’agit donc pas de réformes mais de contre-réformes.
Une ex-candidate qui avoue après coup que certaines de ses promesses n’étaient pas viables (et les autres alors, on peut se poser la question !), qui dévoile sa décision de prendre Bayrou comme 1er ministre si elle avait gagné (et peu importe la trahison de ces gens de gauche, la vraie, qui ont voté pour elle pour tenter, dans un geste d’espoir (ou de désespoir) d’empêcher ce qui est arrivé ) !

En réalité, face à ce qu’il se passe, c’est-à-dire une attaque en règle contre le système social français pour la mise en place d’un système anglo-américain que l’on peut illustrer par « les petits vieux de 70 ans exerçant leur petits boulots de serveurs de resto ou de bistrot pour cause de retraites minables », et donc contre nos vies, seule une réponse massive et déterminée dans la rue, toute activité économique bloquée peut empêcher cette venue d’une société de merde. Nouveau désastre : même des leaders qui auraient pu contribuer à enclencher tout ça commence à tutoyer la compromission, voire la trahison, je veux parler notamment du leader de la CGT qui, avec les mêmes belles phrases que les maîtres du Cac 40, essaie d’endormir la population, et fait tout politiquement pour bloquer et empêcher une véritable fédéralisation de tous les mécontentements. Que voulez-vous quand on voit des journalistes, payés pour ça d’ailleurs, tout faire pour que Fillon ou la présidente de la SNCF, encensent Thibaut qui a mis tout en œuvre pour casser la grève . . . . .on a tout compris.

Un espoir cependant : ce type de situation, l’histoire l’a déjà montré, peut déboucher sur un véritable retour de boomerang avant même que tous ces valets s’en aperçoivent. Souhaitons que cela arrive très vite : malgré tout le poids des déceptions du 20è siècle. J’espère voir ce jour.

Ils auront beau coupé toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps !

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