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Le Temps suisse
La boulimie du vouloir
Nicolas Sarkozy face à la presse. Le président n´abandonne pas ses objectifs, mais il ne détaille pas le chemin pour les atteindre.Photo : Keystone
Critiqué pour l’absence de résultats sur le pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy oublie l’économie mais déverse une multitude de projets. Il les place sous l’égide de la « politique de civilisation » par laquelle il veut changer la France en profondeur.
Sylvain Besson, Paris
Mercredi 9 janvier 2008
Nicolas Sarkozy aime être là où on ne l’attend pas. Alors que le pouvoir d’achat est devenu « l’enjeu quasi unique » - dixit l’un de ses conseillers - aux yeux de l’opinion, le président français a choisi de consacrer sa première intervention de l’année à un concept infiniment plus flou, la « politique de civilisation ». Sa grande conférence de presse, mardi, a largement passé sous silence les questions économiques censées être au cœur de ses réformes.
« Politique de civilisation » : le terme est apparu lors des vœux prononcés par Nicolas Sarkozy le 31 décembre à la télévision. Son inventeur, le philosophe Edgar Morin, se retrouve promu penseur quasi-officiel du pouvoir français. « Je recevais longuement Edgar Morin hier », a précisé Nicolas Sarkozy. « Il m’a dit : 75% de ce que vous dites est bien. »
De quoi s’agit-il ? De faire de la France « l’âme de la nouvelle Renaissance dont le monde a besoin ». De « contribuer à rendre les hommes un peu plus heureux et à rendre leur vie un peu moins dure ». De « reconstruire des repères, des règles, des normes » qui devraient « aider le monde nouveau à naître » et « réhumaniser la société ». Nicolas Sarkozy veut s’inscrire dans la « longue durée » et rétablir des valeurs intemporelles : politesse, autorité, éducation, goût de la grandeur et de la beauté.
Ce vaste dessein devrait se concrétiser en 2008 par deux mesures symboliques : l’écriture d’un nouveau préambule de la Constitution, confiée à Simone Veil, et la création d’un nouvel indice destiné à mesurer le bien-être, en lieu et place du produit national brut jugé trop réducteur. Cette tâche a été confiée aux Prix Nobel d’économie Amartya Sen et Joseph Stiglitz.
Nicolas Sarkozy fait aussi preuve d’un intérêt toujours plus affirmé pour l’urbanisme et l’architecture. « Je vais m’impliquer personnellement sur ce chantier, prévient-il. Je ne laisserai pas ce projet s’enliser. » De là à imaginer une nouvelle série de « grands travaux » à la Mitterrand, il n’y a qu’un pas : le président a déjà encouragé l’érection de nouveaux gratte-ciel à la Défense et rêve d’un « grand Paris » qui réconcilierait le centre-ville historique avec ses vastes banlieues.
Ce programme grandiose contraste avec le traitement succinct réservé à l’économie. L’année 2008 est pourtant censée être celle des réformes structurelles, après les mesures de relances ponctuelles (baisses d’impôts, assouplissement des 35heures) adoptées l’an dernier. Mais Nicolas Sarkozy a à peine mentionné le sujet. Il n’a pas prononcé les deux paragraphes de son discours écrit qui évoquaient « l’assouplissement des règles du marché du travail », « la réforme d’une fiscalité qui taxe le travail, qui le décourage » et « l’allégement » des charges sociales qui pèsent sur les salaires et les profits des entreprises.
Cette omission est d’autant plus étrange que Nicolas Sarkozy confesse avoir été trop timoré sur ces questions l’an passé : « Sur un certain nombre de choix économiques, c’est toujours une erreur de jouer petits bras. Parfois, je me suis laissé impressionner [...] par l’administration. Par exemple, sur la déductibilité des intérêts d’emprunts, j’aurais souhaité aller plus loin. »
Quant au transfert des charges pesant sur le travail vers la TVA, une mesure appliquée avec un certain succès en Allemagne, « c’était une erreur d’en parler sans le faire », estime le président. Mais il n’a pas dit si le projet reviendrait sur la table cette année.
En revanche, renouant avec la tonalité « sociale » de certains discours de campagne, il a insisté sur sa volonté d’aller « beaucoup plus loin dans le partage des profits ». « Que les actionnaires soient récompensés de leurs investissements, estime-t-il, c’est très bien, mais ça ne peut pas être l’alpha et l’oméga. » Il promet d’accroître l’intéressement des salariés aux bénéfices de leur entreprise.
Pour autant, Nicolas Sarkozy n’abandonne pas ses objectifs : un taux de chômage ramené à 5% d’ici à 2012, une croissance plus dynamique, un pays réformé, rasséréné et compétitif. « Je vois bien l’immensité de ce qu’il reste à faire, a-t-il déclaré mardi. Je le dis aux Français : on sera au rendez-vous des résultats. » Mais ceux-ci doivent devenir tangibles « d’ici à l’automne », estime Manuel Aeschlimann, député de droite et conseiller du président, sans quoi la situation deviendra « difficile à gérer ». Nicolas Sarkozy semble en être conscient : « Quand il y a une erreur, a-t-il conclu, je paie, et je paie cash. »
« Avec Carla, nous avons décidé d’assumer »
Sylvain Besson
Expéditif sur l’économie, Nicolas Sarkozy s’est exprimé en détail sur sa relation avec la chanteuse Carla Bruni. « Vous l’avez compris, c’est du sérieux, a-t-il indiqué en réponse à une question sur son éventuel mariage. [Mais] il y a de fortes chances que vous l’appreniez quand ce sera déjà fait. » Le président a précisé que « ce n’est pas le Journal du Dimanche qui fixera la date » de la cérémonie. Dans sa dernière édition, l’hebdomadaire affirmait que celle-ci aurait sans doute lieu le 8 ou le 9 février prochain.
Nicolas Sarkozy a aussi morigéné la presse française, qui s’était montrée très discrète sur la fille cachée de François Mitterrand ou les multiples relations extraconjugales de Jacques Chirac. « C’est une question [ndlr : la vie privée] que vous n’aviez jamais posée à aucun de mes prédécesseurs, alors que vous saviez », a-t-il accusé. A l’époque, selon lui, tout ce qui concernait les aventures sentimentales des présidents français était « recouvert d’une chape de plomb ». Cette « hypocrisie » n’a plus cours : « Avec Carla, dit Nicolas Sarkozy, on a décidé d’assumer. »





Messages
1. La boulimie du vouloir , 9 janvier 2008, 10:46
Un plouc chez les bobos blog corresp. paris tribune de genève)
par Jean-Noël Cuénod
Les vacheries et bons mots du président Sarkozy
08 Janvier 2008 | Général
Des lustres élyséens pleins les yeux, le Plouc n’en revient pas d’avoir serré la main du Majuscule Président Nicolas Sarkozy à l’issue de sa conférence de presse. Mais il faut si peut pour émouvoir un plouc... Même si Sarkozy l’a ramené sur terre en ironisant sur la presse suisse qui "dit beaucoup de bien" de lui.
En grande forme, Sarkozy a décoché au cours de ses deux heures d’intervention un nombre important de vacheries et de formules choc. En voici un florilège.
Réponse à Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de "Libération" qui évoquait le goût présidentiel pour la monarchie élective : "La monarchie est héréditaire... Croyez-vous que je suis le fils légitime de Jacques Chirac et qu’il m’a assis sur le trône ? C’est du recyclage, M’sieur Joffrin !"
Le même Laurent Joffrin - qui en a pris pour son rhume - avait abordé sa dilection pour le pouvoir personnel. Réplique : "Mais c’est vous qui faites mon pouvoir personnel avec toutes les "unes" que vous me consacrez !"
Un autre confrère lui demande s’il est inquiet : "Si j’étais inquiet, je ne ferais pas président de la République. Je ferais éditorialiste."
Et les photographes qu’il attire comme un aimant ? "Eh bien, ne les envoyez pas sur mes traces. Nous nous en porterons que mieux !"
S’engagera-t-il dans la campagne pour les municipales ? " Vous croyez sérieusement que je vais les attendre passivement, comme le "Ravi" de la crèche ?"
Et terminons par cette belle envolée qui frise la raffarinade : "Un pays marche sur la tête, lorsque sa tête ne ressemble pas à son corps."
Jean-Noël Cuénod, correspondant à Paris.
1. La boulimie du vouloir , 9 janvier 2008, 10:48
Opinions
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Nicolas Sarkozy, la rupture dans la tradition
L’ÉDITO | 00h00
JEAN-NOËL CUÉNOD, CORRESPONDANT À PARIS | 09 Janvier 2008 | 00h00
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Sarkozy se pose en éclaireur de la civilisation
Un ultralibéral, Nicolas Sarkozy ? Ceux qui ont cru que le président français allait suivre l’idéologie néo-conservatrice anglo-saxonne devront réviser leur jugement. Du moins en ce qui concerne la rhétorique. Pour les faits, il faut encore attendre.
Dans sa conférence de presse d’hier, Sarkozy n’a pas cessé de prôner la « rupture » avec les « anciennes habitudes » en instaurant une très ambitieuse « politique de civilisation » avec tous les bouleversements fondamentaux qu’elle suppose. Et pour la mener à bien, le président énonce un programme qui est tout sauf libéral, dans la mesure où il ménage une place éminente aux interventions de l’Etat même au sein de l’économie privée. Par exemple, Nicolas Sarkozy ressuscite une vieille lune du gaullisme, la participation, qui introduirait l’intéressement des salariés, jusque dans les entreprises comprenant moins de cinquante travailleurs.
En fait de rupture, le président se place dans une vieille tradition française, le colbertisme, du nom de ce ministre des Finances de Louis XIV qui a fait de l’Etat le moteur principal de l’activité économique du Royaume. Sarkozy le sait bien, pour que la France bouge sans dérailler, elle doit rester en cohérence avec ce qui constitue son génie propre et la substantifique moelle de son Histoire.
Le slogan « Le changement dans la continuité » n’a pas porté chance à Giscard. « La rupture dans la tradition » réussira-t-elle à Sarkozy ? Et pourquoi pas ?