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Nicolas Sarkozy veut agir mais s’essouffle. la doctrine plutôt que le réel

Publie le vendredi 11 janvier 2008 par Open-Publishing
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FRANCE / Le président est longuement revenu sur la « politique de civilisation »
Sarko : la doctrine plutôt que le réelJOELLE MESKENS

mardi 08 janvier 2008, 23:02 (cf le soir, quot belge )

UN DISCOURS sur les valeurs mais peu d’annonces concrètes. Nicolas Sarkozy veut agir mais s’essouffle. « Carla et moi, c’est du sérieux »
Nicolas Sarkozy n’a éludé aucune question. Pas même celle de son mariage avec sa nouvelle compagne Carla Bruni, annoncé dans la dernière édition du Journal du dimanche. « Avec Carla, c’est du sérieux », a expliqué le Président. « Mais ce n’est pas le JDD qui fixera la date. Il y a de fortes chances que vous l’appreniez quand ce sera déjà fait. » Et voila donc la noce implicitement confirmée, deux mois après la rencontre. Le mariage devrait résoudre à l’avenir les problèmes de protocole lors des voyages à l’étranger. Lundi encore, un haut dignitaire saoudien avait indiqué que la présence de la chanteuse n’était pas souhaitée aux côtés du chef de l’Etat lors de son voyage en Arabie Saoudite mi-janvier. Le chef de l’Etat, qui s’était juré de ne plus exposer sa vie privée après son divorce, a expliqué pourquoi il avait soudain choisi de laisser opérer les photographes. « Président de la République, ça ne donne pas plus de droit au bonheur qu’un autre, mais pas moins non plus. Avec Carla, nous avons décidé de ne pas mentir. Nous n’avons rien instrumentalisé, mais nous n’avons rien caché. Je ne voulais pas qu’on prenne des photos de nous au petit matin glauque ». Et d’ajouter, mordant : « Si la presse a peur d’être instrumentalisée, qu’elle cesse d’envoyer des photographes ». Nicolas Sarkozy veut, dit-il, « en finir avec le mensonge et l’hypocrisie ». Et de faire allusion à François Mitterrand, « dont tout le monde savait qu’il avait deux familles mais dont personne ne voulait trahir le secret ». Nicolas Sarkozy se défend de faire étalage de sa vie privée à des fins politiques. Une partie de l’opposition, lors des longues grèves de cheminots du mois d’octobre, lui reprochait d’avoir officialisé son divorce pour faire diversion et ainsi masquer les difficultés sociales. « J’ai eu honte pour ceux qui ont pensé ça et qui n’ont sans doute jamais éprouvé ce que c’est, un divorce… » Quant au recours au jet privé de son ami Vincent Bolloré pour ses vacances, il n’y voit rien à redire. « Veut-on qu’un chef d’Etat, toujours accompagné d’une dizaine de personnes et qui a la main sur le bouton atomique, voyage en charter ? ».
PARIS

DE NOTRE ENVOYÉE PERMANENTE

Un parterre de six cents journalistes dont bon nombre d’étrangers et une impressionnante brochette de ministres. Jamais ces dernières années on n’avait vu pareille affluence à l’Elysée. C’est dire l’importance du message que Nicolas Sarkozy était censé délivrer, hier, pour la première conférence de presse de son quinquennat. « Le monde entier est suspendu à mes lèvres », ironisait d’ailleurs lui-même le président dès la deuxième question posée.

Comme il l’avait annoncé, il n’a éludé aucun thème. Pas même celui de sa liaison avec Carla Bruni (lire par ailleurs). « C’est du sérieux. Mais ce n’est pas le Journal du dimanche qui fixera la date (du mariage). Il y a de fortes chances que vous l’appreniez quand ce sera déjà fait », a commenté le chef de l’Etat.

Mais là n’était évidemment pas l’essentiel… En chute significative dans les sondages, Nicolas Sarkozy devait impérativement rétablir la confiance avec les Français. Préoccupés par la baisse de leur pouvoir d’achat, ces derniers n’auront cependant pas appris de mesures spectaculaires susceptibles de regonfler leur portefeuille. « Qu’attendez-vous de moi ? Que je vide des tiroirs qui sont déjà vides ? », a même admis le président, qui s’est contenté de promettre que les bénéfices des entreprises seraient mieux répartis entre salariés et actionnaires et que les Français continueraient d’être encouragés à travailler plus. A un journaliste qui lui demandait s’il souhaitait la suppression des trente-cinq heures, Nicolas Sarkozy a même répondu par un « oui » aussi bref que franc. Mais rien, ni sur les franchises médicales exigées depuis janvier pour éponger le déficit de la sécurité sociale mais qui grèvent le budget des plus faibles, ni sur d’éventuelles augmentations salariales que réclament les syndicats et bon nombre de professions. « Augmenter le salaire minimum ? Cela ne sert à rien… »

Après huit mois d’exercice du pouvoir, Nicolas Sarkozy continue de juger insupportable l’écart ressenti par les Français entre les statistiques économiques et leur vie quotidienne. Mais celui qui pendant les longs mois de la campagne électorale se présentait sans cesse comme le futur « président du pouvoir d’achat » ne place plus du tout la question au centre de son discours. « Il y a bien d’autres sujets qui préoccupent les Français, comme l’éducation, la sécurité, l’immigration ou la santé », explique-t-il même.

Comme s’il voulait éviter que sa politique économique et sociale apparaisse trop comme son point faible.

Nicolas Sarkozy assure vouloir se préoccuper de tous ces sujets concrets. Et mettre toute son énergie à agir pour transformer la France plutôt qu’à penser déjà à un éventuel second mandat. Mais l’homme autrefois si pragmatique se fait désormais beaucoup plus doctrinaire. Durant un long discours liminaire de près d’une heure, le président a décliné sa vision de la « politique de civilisation » qu’il entend mener. Un concept emprunté au philosophe Edgar Morin et qu’il avait déjà brièvement évoqué lors de ses vœux de nouvel an. « La France doit être l’âme de la renaissance dont le monde a besoin », justifie-t-il, passant en revue l’éventail des valeurs qu’il entend défendre, « la vie, la morale, l’autorité, la culture, mais aussi l’amour, l’ouverture aux autres ou l’humanisme ». Nicolas Sarkozy, qui affirme vouloir replacer l’homme au cœur de la politique, ne lésine pas sur les références historiques. Le virage qu’il appelle de ses vœux, il le compare sans modestie aux bouleversements de la Renaissance, du siècle des Lumières ou de la révolution industrielle… Le président veut toujours réformer tous azimuts. « L’urgence est partout et je m’étonne qu’on puisse penser qu’on aille trop vite », dit-il. Mais les nouveaux chantiers qu’il veut lancer, hormis le « plan

banlieue » qui sera dévoilé dans un mois, restent pour la plupart au stade du symbole ou de la réflexion. Ainsi de cette réforme de la Constitution. Nicolas Sarkozy a confié à Simone Veil une mission de réflexion pour en modifier le préambule. Pour que la loi fondamentale française soit plus moderne, il souhaite que l’égalité hommes-femmes, la diversité ou l’intégration soient inscrites dans le texte.

Quant à la réforme annoncée de l’audiovisuel public (« une rénovation sans précédent », insiste Nicolas Sarkozy), elle concerne bien un virage spectaculaire (la suppression de la publicité sur les chaînes de service public « pour qu’elles ne fonctionnent plus sur les mêmes critères mercantiles que les chaînes privées ») mais il ne s’agit pour l’heure que d’une simple réflexion…

En matière de diplomatie, Nicolas Sarkozy, de la même manière, ne peut offrir que son volontarisme et ses bonnes intentions. Comme lorsqu’il exprime son souhait de réformer le G8 ou le Conseil de sécurité de l’ONU pour l’élargir aux nouveaux grands acteurs du monde.

« On ne peut pas appréhender le XXIe siècle avec les outils du XXe », résume Nicolas Sarkozy.

Les sondages diront rapidement si ce grand oral a suffi à dissiper les doutes des Français. Mais Nicolas Sarkozy entend déjà en relativiser la portée : « Ce qui m’importe, ce n’est pas d’avoir 70 % de Français satisfaits au bout de cinq ans. Ce qui m’importe c’est d’agir », martèle-t-il.

Ce qui ne veut pas dire qu’il reste insensible aux avertissements des électeurs. Les élections municipales auront lieu dans deux mois. Un combat électoral « forcément politique » dans lequel Nicolas Sarkozy annonce qu’il va s’investir.

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