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Pour la première fois, Sarkozy suscite une majorité de mécontents

Publie le jeudi 17 janvier 2008 par Open-Publishing
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Pour la première fois, Sarkozy suscite une majorité de mécontents

L’hebdomadaire „l’Express“ publie ce jeudi un sondage où, pour la première fois depuis son élection, Nicolas Sarkozy recueille clairement plus d’opinions négatives que positives, cependant que les dirigeants de gauche enregistrent au contraire une remontée assez générale.

De notre correspondant Bernard Brigouleix, Paris

Que le chef de l’Etat connaisse actuellement la fin de l’état de grâce dont bénéficie traditionnellement tout nouvel arrivant à l’Elysée, et qui aura même duré pour lui un ou deux mois de plus que d’ordinaire, n’a, en soi, rien de bien surprenant. Les chiffres publiés par „l’Express“ – 48 pour cent d’opinions défavorables contre 45 d’un avis contraire – pourraient sembler parfaitement banals dans un autre contexte.
Mais il se trouve que Nicolas Sarkozy perd du terrain, en ce moment, dans toutes les enquêtes d’opinion sans exception, et que, selon le même institut, sa popularité a régressé de cinq points en un mois, et de dix pour une période double.
Ce recul est particulièrement net dans trois catégories de Français dont le soutien au premier tour, ou au moins le ralliement partiel au second, avait assuré sa victoire.
Il s’agit, tout d’abord, de l’électorat dit „populaire“, autrement dit socialement modeste, y compris celui qui pouvait venir du Front national et qui comptait vraiment sur le candidat de l’UMP pour être, comme il le promettait à qui voulait l’entendre, „le président du pouvoir d’achat“. Or c’est peu dire que ce pouvoir d’achat n’augmente pas : il est au contraire de plus en plus grignoté par la reprise, encore peu visible dans les statistiques officielles mais très clairement perçue par les consommateurs, d’une inflation que la flambée des prix pétroliers ne saurait suffire à expliquer. Ces hausses touchent aussi bien les denrées alimentaires que les services, les biens de consommation courante que les loyers ... et les tarifs publics.
65 pour cent des personnes interrogées estiment ainsi que les mesures annoncées dans ce domaine „ne vont pas dans le bon sens“.

Le style„bling-bling“

Sont également déçus par Sarkozy ces électeurs centristes qui, après l’avoir boudé au premier tour en faveur de François Bayrou, avaient tout de même préféré, au second, lui faire confiance plutôt qu’à la candidate socialiste, Ségolène Royal.
Ils attendaient du nouvel hôte de l’Elysée qu’il tînt compte de cet apport massif de voix modérées dans ses choix futurs, et ils ont le sentiment que, pour l’instant, il n’en a rien été. L’ouverture à gauche, et plus encore au centre, leur apparaît (et ils ne sont évidemment pas les seuls) comme une somme de débauchages individuels et purement tactiques, non comme une ouverture ... d’esprit en direction d’autres familles que la droite pure et dure.
Mais, peut-être plus que tout, c’est le lâchage du président de la République par l’électorat de soixante ans et plus qu’il semble, selon ce sondage, le plus net.
Manifestement, le style „bling-bling“ de Nicolas Sarkozy, comme l’appelle ironiquement la gauche, autrement dit sa suractivité quasi-mécanique et médiatique mélangée à un étalage sans précédent de sa vie sentimentale, sur fond de riches amitiés, de jets et yachts privés, d’hôtels de luxe et de presse „people“, que le chef de l’Etat le veuille ou non, indispose profondément cette catégorie d’électeurs qui sont arrivés à la Ve République avec le général de Gaulle, et qui sont tentés de penser que celui-ci doit se retourner dans sa tombe ...
Encore tout récemment, au Qatar, lors d’un entretien informel avec les journalistes à l’occasion de sa tournée diplomatique dans le Golfe, le président confiait : „Nous sommes allés au restaurant avec Carla (Bruni), à la sortie il y avait trois cents personnes, qu’y puis-je ? Mais je dois dire que trente m’auraient suffit.“

Nette remontée de la gauche

On n’imagine en effet aucun de ses prédécesseurs, dont tous ne furent pourtant pas des modèles de vertu privée, fanfaronner ainsi au détriment de la fonction élyséenne. Ce style, et la sanction qu’il reçoit désormais dans les sondages, commencent aussi à inquiéter l’UMP, qui jusqu’à présent vivait dans une certaine sérénité, à quelques accrochages parlementaires près : la popularité du président n’avait d’égale que le discrédit dont souffrait un parti socialiste perdu une fois de plus (y compris, dernièrement encore, sur la ratification du traité de Lisbonne) dans d’interminables querelles internes.
Mais ce sondage de „L’Express“ révèle aussi, justement, que les personnalités de gauche semblent profiter d’un véritable mouvement ascensionnel par rapport à la baisse de popularité de Sarkozy : le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, arrive ainsi en tête avec 49 pour cent des „sondés“ qui souhaitent lui voir jouer un plus grand rôle national dans l’avenir, et Ségolène Royal, qui semble bénéficier en outre de sa déclaration d’intention en direction du poste de premier secrétaire du PS, gagne huit points en un mois chez les sympathisants de gauche, à 44 pour cent.
Il ne faut évidemment pas exagérer l’importance de ces différents mouvements, ni surtout escompter dès maintenant leur pérennité. Mais il est tout de même clair que la „machine Sarkozy“ ne produit pas, ou plus, les résultats escomptés à droite, et que l’opinion n’y reste pas insensible.
Cela pourrait bien ne pas rester sans conséquences aux élections municipales à venir, que le pouvoir ne se cache d’ailleurs pas, curieusement, de vouloir politiser, alors qu’elles ne se présentaient déjà pas excellemment pour lui.
Mais de toute façon, s’il faut reconnaître que l’évolution de la conjoncture économique internationale – hausse de nombre de matières premières, baisses boursières, délocalisations, etc. – ne facilite pas la tâche de l’ex-futur „président du pouvoir d’achat“, ce dernier gagnerait sans doute à comprendre qu’un style moins clinquant et plus modeste aurait peut-être au moins aidé les Français à faire preuve d’un peu plus de patience.

Messages

  • Enfin !!! C’est pas trop tôt. Le bon peuple est dure au démarrage et semble avoir compris que sur ce vote là il c’était fait avoir par un nabot nombriliste (risée de la terre entière), le coup de grâce fût son auto-augmentation de 210%...
    Moi je, blabla, moi je, blabla, aller encore un effort et nous frôlerons les records d’impopularités de la cinquième républiques.