Accueil > Punir les pauvres, aimer les riches
Punir les pauvres, aimer les riches
Publie le vendredi 8 février 2008 par Open-Publishing1 commentaire
Editorial N° 4
Nicolas Sarkozy a un besoin vital de mettre en scène son spectacle politique quotidien pour faire croire au petit peuple à l’originalité de ses pensées et de ses actes, alors qu’il n’est qu’un pantin agité par des idéologies et des fantasmes qui, après avoir triomphé dans le cadre de la contre-révolution conservatrice, font partout la preuve de leur extrême nocivité. De Thatcher à Bush et de Berlusconi à Blair et Gordon, le maître mot est de punir les pauvres en développant l’État policier et carcéral, mais aussi en cassant les systèmes de protection sociale au nom de la concurrence qu’impose leur immondialisation.
C’est pourquoi nous aurions tort de dissocier l’explosion des inégalités et le tour résolument punitif des politiques pénales et sociales : enfermement de millions de pauvres dans les cités (France) ou les prisons (États-Unis), usage de détecteurs de mensonges contre les chômeurs (Angleterre), prime à la délation à Villiers-le-Bel, généralisation de la télé-surveillance, banalisation du flicage, marquage à même la peau des immigrés clandestins, etc.
Le grand rêve de ces fossoyeurs est d’instaurer partout un même gouvernement de l’insécurité sociale afin de façonner les comportements des centaines de millions d’humains pris dans les turbulences de la dérégulation économique et de casser toute velléité de résistance sociale. Cette droite, qui se dit décomplexée pour ne pas s’avouer extrême, a besoin de renouer avec une vision des pauvres très proche de celle du XIXe siècle avec ses « bons » pauvres méritants, rescapés de ces classes populaires dangereuses, face à des hordes de « mauvais » pauvres.
Le « bon pauvre méritant » est celui qui accepte de se déréguler à l’image de cette société qui le vomit, celui qui besogne sans rechigner le dimanche et qui se réjouit de décrocher un job précaire en exhibant son allégeance au système, celui qui se dit que les plus pauvres que lui sont responsables de leur situation et qu’ils ne récoltent finalement que ce qu’ils méritent, celui qui regarde TF1 ou F2 pour ne pas entendre parler des grèves étudiantes et de leur répression, mais qui s’abreuve d’émissions décervelantes et de reportages sur la difficulté d’être riche, celui qui hurle à la prise d’otages dès que des salariés usent de leur droit constitutionnel de faire grève, celui qui a appris par coeur qu’on ne dit plus cotisations mais charges sociales, celui qui est admiratif devant le grand mérite de ces nouveaux riches donnés en exemple et qui peut écouter Sarkozy hurler, à la face des « gens de peu », qu’ « on n’a pas à s’excuser d’avoir un patrimoine quand celui-ci a été construit à la sueur de son front », celui qui admet que, finalement, on n’a peut être pas davantage à s’excuser du colonialisme ou de la traite des Noirs, celui qui pense, en apprenant la création des franchises médicales, que les bénéficiaires de la CMU sont vraiment des privilégiés et que la France donne toujours aux mêmes, celui que la peur terrasse et fait tenir tranquille : Rmiste votant Sarkozy par peur de devenir SDF, smicard qui crie sa haine du rmiste et du clandestin qui vole notre pain. Le « mauvais pauvre » est l’éternel assisté, l’abuseur de fonds publics, le gibier de potence.
Celui qui renâcle à troquer, avec le sourire, ses 35 heures contre sa vie de famille et ses copains, celui qui n’en peut plus d’être pris pour un porc auquel on promet comme bonheur suprême une virée supplémentaire à Leclerc, celui qui a le sentiment désagréable que son journal télévisé le prend vraiment pour un imbécile, celui à qui l’exploitation médiatique des frasques présidentielles donne plutôt envie de vomir, celui qui se demande, certains matins, à quoi bon se lever pour enrichir toujours les mêmes obsédés du CAC 40, celui qui aimerait bien qu’on accorde la même importance à la dévastation de la planète et à la pollution chimique qu’à la préservation policière de nos poumons dans les cafés, celui qui préfère payer un peu plus d’impôts et avoir un peu moins de pubs et de téléthon, celui qui voudrait avoir un autre pouvoir que celui d’acheter et d’autre reconnaissance que celle du consommateur, celui qui en a assez que les puissants s’arrogent le droit de ne pas tenir compte du suffrage universel et imposent une vision libérale et mercantile de l’Europe, celui qui s’entête à penser que finalement la liberté, l’égalité et la fraternité restent de belles idées.
Le sarkozysme est une idéologie qui déculpabilise les riches et culpabilise les pauvres.
L’ultralibéral, Christian Michel, pose la question sarkozyenne par excellence : « Que faire des gens riches ? » Sa réponse n’a rien à voir avec les rêves des partageux et autres sans-culottes : « Notre prochain que nous devons aimer n’est pas le pauvre, mais le riche secourable. » Un autre sarkozyste de la première heure, Philippe Manière, renchérit de sa plume encore poudrée : « La France n’aime pas les riches. Ce n’est pas son moindre défaut. Car les riches ont mille qualités que n’importe qui aperçoit en un clin d’oeil […] Les riches d’abord nous font vivre. Gagnant plus que les autres, ils consomment plus que les autres. […] Chérissons donc les riches et défendons leurs intérêts contre l’État […] Aimonsles, aussi, par amour de la liberté […] la fortune donne en effet à celui qui la possède une indépendance à laquelle aucun salarié qui travaille pour vivre ne pourra jamais prétendre. » Philippe Manière conclut sa diatribe par ces paroles fortes et définitives : « Les Français, peuple de refoulés, sont en fait les derniers au monde à révérer le Veau d’or, puisque les seuls à ne pas oser lever les yeux sur lui. Il faudra bien, un jour, qu’ils se décident à le regarder en face… »
Responsable rédaction : Paul Ariès





Messages
1. Punir les pauvres, aimer les riches, 8 février 2008, 21:55
Ben mon colon Michel et Manière c’est pas Flaubert et justement ça me donne envie de chier...lul