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Réchauffement climatique : la seule façon est de sortir du nucléaire...

vendredi 11 juin 2004 - Contacter l'auteur - 3 coms


de Stéphane Lhomme
porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire »

Sortir du nucléaire, la seule façon de lutter vraiment contre le réchauffement
climatique


Le réchauffement climatique menace l’avenir de la planète, et il n’y a pratiquement
plus personne pour nier le fait que les activités humaines sont en bonne partie
responsables de ce phénomène. C’est entendu. Par contre, nous contestons formellement
la thèse selon laquelle le nucléaire permettrait de lutter contre ce péril. Pire,
cette véritable mystification a pour conséquence d’aggraver la situation car,
tant que l’on compte sur le nucléaire, les mesures réellement efficaces ne sont
pas mise en œuvre. En fin de compte, nous allons voir que la sortie du nucléaire
est le passage obligé pour lutter contre le réchauffement climatique.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous tenons à faire un rappel : même s’il
permettait de lutter réellement contre le réchauffement climatique, le nucléaire
ne serait pas une solution acceptable*. En effet, quelle absurdité de vouloir
sauver la planète… en la contaminant pour des centaines de milliers d’années.
S’il faut lutter contre l’effet de serre, c’est pour laisser aux générations
futures une Terre habitable. Soignez la peste par le choléra, le malade mourra
quand même.

Mais, de toute façon, la "solution" du nucléaire face au réchauffement climatique est totalement illusoire : les tenants du nucléaire raisonnent comme si la consommation d’énergie nucléaire se substituait mécaniquement à celle d’énergie fossile (pétrole, charbon, gaz) selon le principe des vases communicants. Ainsi, selon eux, plus un pays a de centrales nucléaires, plus il est vertueux dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que ce raisonnement simpliste n’a rien à voir avec la réalité :

- La France, malgré ses 58 réacteurs nucléaires, est quand même un des plus gros consommateurs mondiaux d’énergies fossiles. Certes, ce serait encore pire sans le nucléaire mais cela ne change rien au résultat : si vous êtes soupçonné d’avoir assassiné dix personnes, vous ne pouvez prétendre être innocent sous prétexte de n’en avoir assassiné "que" sept.

- le nucléaire ne réduit en rien les émissions des autres gaz (méthane, protoxyde d’azote, halocarbures, etc.) qui représentent pas moins de 40% de l’augmentation de l’effet de serre due aux activités humaines.

Mais, bien que ce soit faux, admettons un instant que la France lutte efficacement contre le réchauffement climatique grâce à son nucléaire. Il n’a échappé à personne que la canicule a pourtant sévi chez nous l’été dernier. Les tenants du nucléaire ont ainsi découvert, 18 ans après Tchernobyl, que les frontières ne sont pas plus susceptibles d’arrêter la chaleur que les nuages radioactifs ! Car, dans notre hypothèse, les coupables sont forcément les autres pays qui n’ont pas, ou pas assez de nucléaire. Le réchauffement climatique vient de chez eux, ils doivent donc rattraper leur retard et arriver à la même "performance" que la France : environ un réacteur nucléaire pour 1 million d’habitants. Allons à l’essentiel : cela signifie qu’il faut construire en Chine et en Inde respectivement 1300 et 1000 réacteurs nucléaires ! Au total, il "faudrait" 6500 réacteurs sur Terre (contre 440 aujourd’hui… dont beaucoup vont fermer dans les années qui viennent). Nous n’évoquerons pas la démultiplication des risques que cela entraînerait puisque... personne n’envisage de construire ne serait-ce que 5% de ces réacteurs. Ce serait de toute façon voué à l’échec : les réserves mondiales d’uranium - qui "nourrit" les centrales atomiques - seraient quasi immédiatement épuisées.

Or le lobby nucléaire crie tout de même au miracle et au "grand retour de l’atome" parce que les chinois veulent construire… trente malheureux réacteurs nucléaires en 20 ans*. Ouvrons les yeux : en une seule année, la Chine construit 150 installation thermiques (l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires), pour la plupart des centrales au charbon. Même dans ce nouvel eldorado du nucléaire, ce dernier n’aura qu’un effet marginal sur le émissions de gaz à effet de serre.

Deux conclusions s’imposent :

- le réchauffement climatique est un problème bien réel qui va s’aggraver de façon dramatique

- prétendre que le nucléaire constitue une solution est une mauvaise plaisanterie. Le pire n’est d’ailleurs pas le mensonge lui-même, mais ses conséquences : tant qu’on compte sur le nucléaire, on ne prend pas de véritables mesures contre les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, la France s’apprête à lancer la construction d’un nouveau réacteur nucléaire, l’EPR, et se contente d’effets d’annonce pour les économies d’énergie et les énergies renouvelables.

Pourtant, l’espoir existe. Les solutions que nous proposons pour sortir du nucléaire sont, justement, les seules qui permettront de lutter réellement contre le réchauffement climatique : les pays riches doivent réduire fortement leur consommation énergétique et, dans le même temps, financer le développement des énergies renouvelables partout sur la planète. Utopique ? Certes. C’est même le plus grand défi que l’humanité ait jamais eu à relever… mais ce sera le dernier en cas d’échec.

Nous sommes donc condamnés à gagner ce pari qui, nous allons le voir, n’est peut-être pas aussi insurmontable qu’on pourrait le croire : la consommation d’énergie des pays riches, artificiellement démultipliée par les lobbies pétroliers et nucléaires, peut être réduite au moins de moitié sans même réduire le niveau de confort (ce qu’il faudrait peut-être d’ailleurs faire aussi, mais commençons déjà par la moitié !). A titre d’exemple, une étude** de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) montre qu’il est possible de réduire la consommation totale d’électricité des ménages de l’OCDE de 25% puis 35% respectivement en 2010 et 2030. Et encore, il est possible faire beaucoup mieux avec des plans plus ambitieux (l’AIE n’est pas une organisation révolutionnaire !), et il ne s’agit là que d’économies : les résultats seraient encore plus spectaculaires avec la mis en œuvre des énergies renouvelables (chauffe-eau solaires, géothermie, biomasse, etc.)

Hélas, c’est le chemin inverse que nous prenons, par exemple avec la démultiplication des transports routiers et, plus généralement la recherche éperdue de la croissance. Le développement exponentiel des climatiseurs en est une illustration parfaite. Qu’il s’agisse des voitures ou des bâtiments, la conséquence est une forte augmentation de la consommation de pétrole et d’électricité. Pire : les systèmes de climatisation rejettent de redoutables gaz à effet de serre qui ne vont pas manquer d’aggraver la situation. Qui peut encore croire que de nouveaux réacteur nucléaires arrêteront ce processus infernal ?

Alors comment faire ? Comment créer un… électrochoc ? Tout simplement en décidant de sortir du nucléaire, et en se donnant pour ce faire un calendrier le plus court possible. Cette décision aurait un impact immédiat sur les mentalités et les politiques énergétiques, y compris celles de nos voisins dont certains se contentent d’importer à bas prix notre surabondante électricité nucléaire. Les vraies mesures seraient enfin mises en œuvre, immédiatement et massivement, pour diminuer la consommation d’énergie et développer les énergies renouvelables. On assisterait alors à une baisse réelle des émissions de gaz à effet de serre car les mesures prises toucheraient autant les énergies fossiles que l’énergie nucléaire. Oui, nous devons mettre en place au plus vite une société mondiale sobre, consommant à peine plus que l’énergie nécessaire aux besoins fondamentaux de chacun, développant massivement les énergie propres jusqu’à ce que, un beau jour, elles couvrent tous les besoins.

Et que ceux qui estiment que ce programme est utopique reconnaissent qu’ils ne veulent pas laisser aux générations futures une terre habitable. C’est par exemple le cas de M. Sarkozy qui a décrété, dans sa déclaration sur l’énergie du 15 avril dernier à l’Assemblée nationale, que la France devrait produire en 2030… deux fois plus de richesses qu’aujourd’hui : une véritable folie. Cohérent dans l’irresponsabilité, M. Sarkozy a aussi annoncé la construction du réacteur nucléaire EPR. Le plus incroyable est qu’il reste encore des gens pour croire que c’est ainsi que l’on sauvera la planète…

* il est vrai que qu’il n’y a pas de militants antinucléaires en Chine : ils sont morts, en prison, ou se terrent. Un véritable paradis pour les entreprises du lobby nucléaire français, EDF et Areva, qui collaborent fructueusement avec les dictateurs.

** Cool Appliances (2003) - Policy Strategies for Energy Efficient Homes - Agence internationale de l’Energie

11.06.2004
Collectif Bellaciao

Mots clés : Dazibao / Nucléaire / Stéphane Lhomme /

Messages

  • Même si je pense personnellement que l’énregie nucléaire n’est pas une solution pour l’avenir. Je n’arrive pas a trouver un seul argument dans votre article qui prouve que sortir du nucléaire nous aidera à lutter contre le réchauffement climatique. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre de remplacer "nucléaire" par "énrergies renouvellables" et on obtient un article tout aussi inèpte :
    les énergies renouvellables ne réduisent en rien les émissions des autres gaz (méthane, protoxyde d’azote, halocarbures, etc.) qui représentent pas moins de 40% de l’augmentation de l’effet de serre due aux activités humaines.

    La prochaine fois, essayez de trouver des arguments ou études sérieuses.
    En attendant, et j’en suis désolé, on est pas prêt de sortir du nucléaire !

  • Le problème n’est pas de penser telle ou telle chose sur des critères scientistes ou fétichistes (j’aime, j’aime pas le nucléaire) mais de limiter l’effet de serre dont la principale cause n’est pas l’electricité actuellement mais le carburant.

    Si le pétrole n’était utilisé que pour les centrales électriques que les choix d’urbanisation étaient autres et les transports collectifs plus développé... Bref s’il y avait d’autres décisions politiques, on en serait certainement pas à se poser ces questions.

    De meme l’énergie nuclaire induit d’autres contraintes :

    - incapacité à gérer des déchets dont la durée de vie est de plusieurs dizaines voir centaines d’années (on a déjà perdu la mémoire des accidents de sous marins nucléaires, des enfouissement en URSS...), des labos du début de 20ème siécle en france...

    - On va vers des catastrophes nucléaires avec certitudes dans 25, 50, 100O ans.

    - De coûts de démentéllement des centrales. Que faire des matériaux irradiés. Rappelez vous des montres chinoises vendues dans les grandes surfaces en france qui réagissaient aux détecteurs d’irradiations il y a deux ou trois ans. Elles ont été retirées de la ventes, mais combien d’autres casseroles, fourchette... utilisent, sans contrôle, des métaux irradiés ? Voir wise et greenpeace pour la réponse :)

    - on pourrait parler aussi des économies d’énergie abandonnées. On parle beaucoup des boutons de veilles des ordinateurs, tv et autres appareils électriques, mais rien qu’à paris il y a des milliers (centaines de milliers ?) de vitrines de commercants dont les spots allogènes sont allumés toute la nuit, sans compter les enseignes lumineuses...

    Enfin et surtout, l’énergie nucléaire implique une société largement sécuritaire pour éviter tout attentat potentiel.

    Sans oublier que la France n’a pas source d’uranium. Du coup, la raison de l’indépendance énergétique par rapport au pétrole n’est qu’une mauvaise raison de plus.

    Le débat sur l’énergie nuclaire n’est pas un débat rationel. Il utilise l’effet de serre comme argument à la mode juste pour imposer une énergie militarisée et technocratique et financièrement rentable pour quelques multinationales.

    Est-ce que les bruits qui courts sur la représentation française du FSE et Attac concernant le soutien au développement du nucléaire repose sur une réalité (voir divers édito de "Silence" à ce sujet) ?
    Gilles

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