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Révélation de massacres américains au Vietnam peu avant My Lai

jeudi 23 octobre 2003

TOLEDO, Ohio (AP) - L’armée américaine a clos et gardé secrète une enquête montrant que des soldats d’une unité d’élite avaient mutilé et tué des centaines de villageois vietnamiens en 1967, quelques mois avant le massacre de 500 civils à My Lai en 1968, selon un journal local américain.

Alertée par un soldat scandalisé - le seul à avoir été réprimandé - l’armée a enquêté pendant quatre ans et demi et trouvé des éléments à l’appui de 20 crimes de guerre commis par 18 hommes de la Tiger Force, précisait dans ses éditions de dimanche le journal "The Blade", paraissant à Toledo dans l’Ohio. Le dossier a été transmis au Pentagone et à la Maison Blanche avant d’être refermé en 1975.

Pour le porte-parole militaire Joe Burlas, l’affaire relevait d’une procédure en cour martiale qui ne s’applique qu’aux soldats d’active, soit seulement trois membres des Tigres au moment de l’enquête. Leurs commandants, conseillés par des avocats militaires, ont renoncé à poursuivre, en raison du manque de preuves physiques et du temps écoulé. Quatre cents témoignages sous serment pas toujours concordants avaient été recueillis, précise Joe Burlas.

D’après "The Blade", des Tigres ont lancé des grenades dans des bunkers où se cachaient des villageois, dont des femmes et des enfants, et abattu des paysans sans sommation. Dans l’enquête de l’armée, 27 hommes affirment que couper les oreilles des morts était devenu courant. "A un moment, presque tout le monde avait son collier d’oreilles", reconnaît un infirmier, Larry Cottingham.

"Nous ne pensions pas survivre (...) La seule façon de survivre est de tuer parce que vous n’avez pas à vous inquiéter des morts", explique l’ex-sergent William Doyle, qui n’a pas tenu le compte de ses victimes tant elles étaient nombreuses.

L’unité de 45 volontaires, attachée à la 101e division aéroportée, avait été créée pour espionner les forces nord-vietnamiennes dans le centre du Sud-Vietnam. L’enquête du "Blade" montre qu’au moins 78 villageois ont été tués par balles ou à l’arme blanche, mais le journal estime le bilan réel à plusieurs centaines de morts.

Tout remonterait à mai 1967. Moins d’une semaine après s’être installés dans les collines, les soldats ont commencé à torturer et tuer des prisonniers, au mépris de la loi militaire américaine comme des conventions de Genève de 1949.

Il y avait "une loi non écrite" permettant de tuer des prisonniers, déclare le sergent Forrest Miller aux enquêteurs militaires. D’autres disent s’être vengés d’attaques dans lesquelles leurs camarades ont été tués ou blessés.

"Tout le monde était assoiffé de sang, on voulait se les faire", se souvient l’ancien infirmier Rion Causey, de Livermore, en Californie. Une nuit, raconte l’ex-lieutenant James Hawkins, un vieux charpentier a été frappé puis abattu parce qu’il criait grâce trop fort, ce qui risquait selon lui d’alerter l’ennemi : "Je l’ai éliminé illico".

"C’était mal. Ces gens n’embêtaient personne", s’insurge William Carpenter, qui dit n’avoir pas utilisé son arme. Seul le sergent Gerald Bruner a osé menacer ses camarades avec son fusil après qu’ils eurent tué un villageois désarmé.

Nombre de soldats assurent que certains commandants leur permettaient d’attaquer des civils dans certaines circonstances, d’autres le leur interdisant catégoriquement. L’unité aurait commencé à brûler des villages dont les habitants refusaient de gagner des camps de réfugiés où la nourriture manquait.

Le journal ajoute que des commandants étaient au courant des atrocités commises et qu’ils ont, dans certains cas, encouragé les soldats à continuer. Deux hommes qui ont tenté de faire cesser les tueries ont reçu un avertissement de leurs supérieurs avant d’être transférés dans d’autres unités, d’après les registres militaires.

Les Américains partis, les villageois disent avoir creusé des dizaines de fosses communes.

En mars 1968 survenait le massacre de 500 civils vietnamiens à My Lai, à la suite duquel la hiérarchie militaire promettait de prendre au sérieux les allégations de crimes de guerre et pourtant, à en croire "The Blade", l’armée, informée en 1971, a attendu un an avant d’interroger les témoins.

Quant à la soudaine clôture du dossier, elle laisse perplexes les quatre experts judiciaires militaires interrogés par le journal. Et aujourd’hui, il leur semble peu probable qu’après tout ce temps les coupables soient poursuivis et sanctionnés. Tous n’en sont pas pour autant sortis indemnes. Sur les 43 militaires interviewés par "The Blade", une douzaine expriment des remords et une dizaine souffrent de traumatismes psychiques.