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Sarko-le-Petit et le million de voitures brûlées
Publie le dimanche 27 janvier 2008 par Open-Publishing3 commentaires
Le système marche sur la tête, a dit Nicolas 1er. Il est devenu fou, a ajouté son porte-plume Henri-à-la-triste-mine. Voilà la vraie gauche en France, on l’a retrouvée enfin, celle qui porte enfin ses attaques directement à la logique du système, dans ses fondements. Vive l’ouverture !
Parce que ce qui se passe, s’est déjà passé et aura lieu de nouveau, c’est le principe même du libéralisme économique depuis les origines, depuis Franklin, Smith, Turgot, Mandeville, Spencer et autres. L’intérêt égoïste des individus fait l’intérêt général : donc foutons la paix aux spéculateurs, ils enrichissent la collectivité. Ce n’est pas un accident, c’est le risque couru pour pouvoir produire et avoir de la croissance. Sans affaires Barings ou Société Générale, il n’y a pas de capitalisme possible. C’est donc un choix philosophique fort ancien. On ne peut pas vouloir le beurre (la croissance capitaliste) et le contraire du beurre (le contrôle et la régulation). Il n’y a pas de juste milieu.
Sarko n’a pas l’air de le savoir, lui qui se dit pourtant de droite décomplexée. Sait-il qu’il existe, de par la volonté des autorités de marché elles-mêmes et de la doxa ultra-libérale, des marchés non réglementés vers lesquels les autorités américaines et européennes poussent le maximum d’opérateurs en leur garantissant précisément qu’ils n’y seront par contrôlés ? Que la dérégulation n’est donc pas un bogue mais une politique décidée et louée dans les cénacles comme Davos ? Sarko comprend-t-il que ses idées de moralisation et de re-régulation sont en contradiction avec l’idéologie des ses amis patrons, soutiens américains et électeurs versaillais ?
Sarko et ses sbires ne cessent de nous répéter depuis plusieurs semaines que la contagion américaine ne peut nous atteindre : nos économies respectives sont découplées, nous n’avons pas les mêmes règles, nous n’avons pas les mêmes procédures, etc… Or dans le même temps les mêmes petits marquis atlantistes nous poussent vers la copie du modèle étatsunien dans tous les domaines. Lorsque nous serons piégés dans le merdier afghan à cause de la stratégie US calamiteuse dont nous devions pourtant nous retirer avant l’élection de Sarko, nous dira-t-il que c’est pas sa faute mais celle de ces trous-du-cul américains, alors même qu’il n’a de cesse de les copier ?
Moraliser le capitalisme ! Voilà bien une foutaise qui a la vie dure. Le capitalisme repose sur une déresponsabilisation et une fausse éthique protestante à laquelle les nations civilisées européennes n’ont jamais cru. S’il fonctionne mieux dans les nations de tradition calviniste, c’est que sa perversité intrinsèque n’y a jamais été questionnée, bien au contraire. Il n’y a donc pas d’éthique du capitalisme comme le prétendait Max Weber, mais l’apriorisme protestant que le capitalisme est une grâce. Le capitalisme est éthique, comme la torture à Abou Graïb ou à Guantanamo, parce que se poser la question n’a aucun sens pour un élu de Dieu. Circulez, y-a rien à débattre !
Le jour où les Français comprendront l’Amérique, ils se réveilleront. Mais le rêve est si doux depuis deux siècles, si reposant, surtout intellectuellement. Mais même aux Etats-Unis, ce n’est ni la morale ni l’éthique qui régule le capitalisme. Dans ce système panoptique déjà dénoncé par Tocqueville, à supposer que les systèmes de contrôle n’aient pas fonctionné à temps (on peut s’attendre à tout de la part d’une nation qui se prend une raclée en Irak face à une poignée d’insurgés), c’est la sanction pénale immédiate qui fait réfléchir. A l’heure qu’il est, les flics de la SEC seraient venus chercher menottes au poing non seulement le lampiste probable, mais surtout les dirigeants de la Société Générale. Et ça n’a rien à voir avec de l’interventionnisme, ce que ne comprennent pas les Français : c’est le rôle de l’Etat US policier, condition du libre-échangisme, c’est le modèle Turgot-Condorcet de la Guerre des farines. C’est, comme ironisait Robespierre, la liberté du commerce assise sur les baïonnettes. C’est aussi, sous un autre angle, la Chine des usines-goulags. Le libéralisme est par essence un autoritarisme. C’est comme cela que l’ultra-capitalisme se régule a posteriori, en n’hésitant pas à faire le ménage de la manière la plus brutale possible. Même chose dans quelques temps lorsqu’il faudra faire crever la bulle financière puis la bulle immobilière. Schumpeter avait bien identifié ces cycles continus de déconstruction-reconstruction qui sauvent le système de la mort à intervalles réguliers.
Aux Etats-Unis, Trichet et Haberer feraient déjà une petite place dans leurs cellules à Lagardère et Forgeard. Mais en France, on fait exactement l’inverse. Trichet, gouverneur de la BdF, et Noyer, directeur du Trésor, qui se bidonnaient à la lecture des bénéfices trimestriels bidons du Crédit Lyonnais qui reprenaient des dates de l’Histoire de France (1515 millions de francs, 1789 millions, 1815, 1940…) ont pris du galon. Comme me le faisait remarquer un lycéen fin novembre 2005, en traduisant le coût pour la collectivité nationale de ces irresponsables, à l’argus, pour 5.000 euros en moyenne, Trichet avait coûté 7.000.000 de voitures. Bouton a fait des progrès : la Société Générale, ça fait seulement 1.000.000 de voitures brûlés.
Mais une voiture brûlée, c’est deux ans de taule devant un tribunal correctionnel. La Fontaine disait déjà : selon que vous être puissant ou… Ça n’a pas changé depuis les rois. Et on s’étonne que les choses recommencent.
Enfin, qui s’étonne ? Sarko-le-Petit. Il est bien le seul. Est-ce qu’il a seulement compris ce qui se passe ?





Messages
1. Sarko-le-Petit et le million de voitures brûlées, 28 janvier 2008, 11:50
Quand les banques ramassent des flots de profits, les actionnaires se font discrets mais quand ils prennent le bouillon, le tolier ne manque pas de se fendre d’une bafouille pour nous dire qu’il va falloir payer leurs erreurs. C’est assez malin. Les gros industriels saignent les boites et se barrent avec la caisse et les financiers font pareils avec les comptes.
1. Sarko-le-Petit et le million de voitures brûlées, 28 janvier 2008, 21:12, par Immarigeon
Et c’est le contribuable qui comble les trous pour faire repartir le système. On privatise les profits et on socialise les pertes.
Et puis il y a les petits actionnaires, qu’on adjure de ne pas céder à la panique alors qu’on liquide soi-même ses positions. C’est exactement ce qu’a fait la Société Générale lundi dernier.
Et puis il y a les 53 % de couillons qui ont voté pour ça le 6 mai 2007...
2. Sarko-le-Petit et le million de voitures brûlées, 4 février 2008, 11:53, par Loïc
les 53 % de couillons comme vous dites, n’avaient le choix
qu’entre une histérique malade, et un ambitieux renégat. En réalité il y a eu 100 % de couillons, et c’est ce qu’on appelle la démocratie et qui nous donne le droit de faire la leçon au monde entier. Aujourd’hui est le jour du Coup d’Etat. Ainsi soit-il !