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Sarkozy est resté délibérément vague

Publie le mercredi 9 janvier 2008 par Open-Publishing

Mise à jour : 9/01/2008 10:16:15
Sarkozy est resté délibérément vague

La grande conférence de presse de Nicolas Sarkozy, hier à l’Elysée, pour laquelle quelque 600 journalistes s’étaient fait accréditer, a permis au président français de défendre ses orientations politiques plus que d’annoncer de grandes innovations.
De notre correspondant Bernard Brigouleix, Paris

Même s’il en a profité pour confirmer qu’il souhaitait, en 2008, mettre un terme au régime des 35 heures de travail hebdomadaires, une réforme sociale acquise sous le gouvernement Jospin.
Ce devait être, dans l’esprit de bon nombre d’observateurs, la résurrection des grand-messes médiatiques à la de Gaulle, ou au moins dans le style plus bonhomme mais toujours lettré de Georges Pompidou. Ç’aura finalement été un exercice certes long – deux heures d’horloge – mais finalement point très enrichissant en ce qui concernait d’éventuelles innovations politiques. Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais eu peur de ce genre d’exercice, au point de les multiplier lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, n’a pas faibli ; mais il n’a pas non plus appris grand chose à ses interlocuteurs.
Même sur sa vie privée, dont il faut bien dire que „était un sujet sur lequel il était guetté : „En 2007, a-t-il simplement déclaré, j’ai divorcé, ça n’a pas été la période la plus heureuse de ma vie, mais avec Carla Bruni, c’est du sérieux et nous avons décidé de ne pas mentir. Je ne voulais pas qu’on fasse de moi des photos glauques au petit matin. On assume, mais ce n’est pas le Journal du Dimanche qui fixera la date de notre mariage, et quand vous l’apprendrez, c’est que ce sera sans doute déjà fait.“
Le président français s’est tout de même fait plus politique sur la question des 35 heures de travail hebdomadaire, puisqu’il a confirmé qu’il souhaitait la suppression de ce régime en 2008. Plus politique, mais pas plus précis : il n’a donné aucune indication sérieuse sur la façon dont l’extension éventuelle de cette durée serait réintroduite dans les entreprises, et rémunérée : le „Travailler plus pour gagner plus“ de sa campagne sera, de ce point de vue, resté toujours aussi vague.

Un peu lassé d’avance

Pour le reste, son auditoire a eu droit, après cinquante minutes d’un prologue général qui, dit-on, devait beaucoup à sa „plume“ élyséenne Henri Guaino, à un passage en revue des principaux griefs qui sont actuellement adressés au chef de l’Etat, puis à des réponses, courtoises mais peu propices à emporter la conviction, d’un homme qui semblait un peu lassé par avance d’avoir à s’expliquer.
Le flou de la notion de „politique de civilisation“ mise en avant lors de ses voeux du 31 décembre ? „C’est tout simplement la politique de la vie, qui est nécessaire quand il faut reconstruire des repères, des normes, des valeurs.“ L’impatience générale des Français ? „C’est parce que je comprends bien qu’ils n’en puissent plus d’attendre des réformes que je me hâte de les faire.“ Le „Grenelle de l’Environnement“ ne serait-il qu’une opération de communication ? „Non, les engagements pris lors seront crupuleusement respectés.“

Le PS : „Pas en phase avec les Français“

Et encore l’immigration ? „Nous irons jusqu’au bout de la politique des quotas, parce que c’est la seule solution. La réforme des universités ? „Nous devons faire des universités où l’on ait envie d’étudier, avec un cadre de vie de qualité.“ La réforme des institutions ? „Elle doit conduire à une démocratie irréprochable. J’ai demandé à Simone Veil de présider la commission qui sera chargée de rédiger le nouveau texte constitutionnel. „La politique étrangère ? „Elle passe inévitablement par le réalisme“, et quant à Kadhafi, „quand on reçoit quelqu’un, autant bien le recevoir“. La France sera par ailleurs „l’avocate des changements au Conseil de Sécurité de l’ONU pour l’adapter aux réalités géopolitiques du XXIe siècle“.
Evoquant un possible remaniement gouvernemental, dont la rumeur court Paris, „les ministres actuels ne sont pas en sursis, a assuré M. Sarkozy, ils doivent tout simplement travailler. Mais à force d’annoncer un remaniement, un jour, bien sûr, vous finirez par avoir raison !“ Et les sondages de popularité présidentielle qui baissent ? „Mon but n’étaitpas de passer un plein quinquennat avec 70% de satisfaits. Mon but, c’est de faire des choses concrètes.“
Bref, une série de rappels en général suffisamment dépourvus de contenu de choc pour que l’opnion puisse – c’est en tout cas l’espérance évidente de l’homme de l’Elysée – se sentir en accord global avec des propos aussi généralistes.
Le Parti socialiste a aussitôt déclaré que le président Sarkozy et son creux „n’étaient manifestement pas en phase avec les préoccupations des Français“ : pouvoir d’achat en baisse, chômage, délocalisations, cadre de vie, école, santé ... „Le pays attendait des résultats, a ajouté François Hollande, ils ne sont pas là, et rien ne permet de dire qu’ils le seront davantage fin 2008.“
Quant aux syndicats, ils s’apprêtent à mener la vie rude au gouvernement si ce dernier, dans la foulée du discours présidentiel, revient effectivement sur les 35 heures. Mais ils savent aussi qu’ils devront agir avec subtilité, car cette réforme, pourtant tournée vers les salariés et leur qualité de vie, a en fait coûté cher à la gauche, y compris chez les électeurs les plus modestes, en 2002 et encore en 2007