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Sarkozy ne dit pas tout
BERNARD DELATTRE
Mis en ligne le 10/01/2008
Fin octobre, le Président a été (brièvement) hospitalisé, et ce dans le plus grand secret. Avant son élection à l’Elysée, pourtant, le candidat Sarkozy avait promis la transparence la plus grande sur son état de santé. Accroc ou anecdote ?
Le blog de notre correspondant à Paris
CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS
Les services de l’Elysée l’ont confirmé mercredi : fin octobre, Nicolas Sarkozy a été hospitalisé quelques heures à l’hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce des suites des complications d’une angine. Cette brève hospitalisation s’est déroulée dans le secret le plus absolu. En l’absence de toute communication officielle, l’opinion n’en a jamais rien su. Et l’Elysée n’en aurait sans doute jamais parlé si elle n’avait pas été révélée mardi soir par deux journalistes.
Nicolas Sarkozy ne l’a pas rendue publique "parce que c’était son choix", a précisé son conseiller Henri Guaino mercredi. "Ça a sans doute évité que, là encore, on ait des fausses informations, de fausses rumeurs. Je ne crois pas que la transparence ait souffert de quoi que ce soit sur cette affaire parfaitement anecdotique." Le ministre des Affaires étrangères et médecin Bernard Kouchner l’a confirmé. S’agissant d’une simple angine, "il n’y avait vraiment pas de quoi faire un secret. Je vous assure que ce n’est pas une grosse dissimulation".
Ce pépin de santé n’en a pas moins fait jaser. En campagne pour l’Elysée, le candidat Sarkozy avait promis, s’il était élu, la transparence maximale sur son état de santé. Il s’était engagé à publier régulièrement des bulletins de santé - un seul, à ce jour, a été diffusé. "Je ferai de mon médecin une vedette", s’était-il vanté. Ce praticien lui-même avait rendu public le désir de son patient de communiquer y compris sur "les pathologies non invalidantes" dont il serait atteint. La discrétion de Nicolas Sarkozy tranche, en outre, avec le courroux qu’il avait exprimé quand, en 2005, alors qu’il était à l’Intérieur, le Président Chirac avait été hospitalisé dans le plus grand secret à la suite de son accident vasculaire cérébral.
Une tradition d’opacité
Le sujet de la santé des chefs d’Etat a toujours été très sensible en France. Car, dans le passé, il a, au mieux, été géré dans la plus complète opacité (de Gaulle, Giscard et Chirac) ; au pire, il a donné lieu au mensonge (Pompidou) voire à la falsification (Mitterrand).
"La transparence a une limite : le bon sens français", a commenté mercredi le Dr Claude Gubler, ex-médecin de François Mitterrand. "Parce qu’il s’est engagé à la transparence, le chef de l’Etat doit-il faire la lumière sur le moindre rhume ? la moindre grippe ? Le Président n’est pas une poupée sur laquelle on doit tout savoir." Michel Debré, un des rédacteurs de la Constitution de 1958, avait coutume de dire qu’"un chef d’Etat à la santé déclinante n’est pas un malade comme les autres", a rappelé le médecin et historien Bruno Halouia. "Mais la France n’aimant pas le voyeurisme malsain si courant outre-Atlantique - où tout le monde sait quand le Président a une carie dentaire -, ce devoir de transparence s’applique surtout pour les Présidents âgés et déclinants et moins pour les hommes jeunes et affichant une forme olympique, comme Nicolas Sarkozy."




