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« Sarkozy raisonne en termes de diversion et de fumigènes »

Publie le mercredi 20 février 2008 par Open-Publishing
3 commentaires

Les chats de Daniel Schneidermann

Myriam : Vous pensez vraiment que Sarkozy est « inconscient » de ce qu’il fait quand il étale à tout va sa vie privée ?

Daniel Schneidermann : je n’en sais rien, je ne suis pas dans sa tête. Mais c’est possible. On est souvent son propre point aveugle, c’est-à-dire qu’on ne se voit pas agir. C’est vrai pour lui, comme pour les autres. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne calcule pas les effets d’images de ses actes. Je pense même qu’il les calcule beaucoup, et qu’il raisonne effectivement en termes de diversion et de fumigènes, mais il est probable qu’il les calcule mal.

Novice : A propos de "l’Express", Carla Bruni et Barbier, ne serait-ce pas plutôt un publireportage de l’Elysée ?

Que ce soit un publireportage, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, et c’est même ce que j’ai dit dans la chronique. Disons que c’est une coproduction entre l’Express et l’Elysée.

Maso : Vous pensez vraiment qu’il y a une synergie entre l’Express, magazine d’informations et Point de vue et son étalage de people ? L’express ne serait plus indépendant ?

La synergie me paraît évidente. Quand la liaison Sarkozy Bruni a été rendue publique, c’est le directeur de l’Express qui l’a confirmée, tandis que le magazine Point de vue achetait et diffusait les photos en exclusivité.

Sam-sam : Barbier a dit que cette interview a été "ciselée". Pourtant il y a bien eu dérapage concernant les propos de Bruni à propos du SMS. N’était-ce pas volontaire ?

Je pense que c’était totalement volontaire de sa part, si j’en crois Barbier lui même, puisqu’il a expliqué que c’était Bruni qui avait insisté pour rajouter à l’entretien ce passage sur le SMS.

Hagalma : Sur le site audio du Monde, madame la procureur de Givry dit que la justice n’a pas à cacher la façon dont elle interpelle les gens, fusse sous le "contrôle" des journalistes. Ne s’agit-il pas d’une instrumentalisation de l’information ?

Je voudrais d’abord dire que ce problème est moins simple qu’il y paraît de prime abord. J’ai entendu de nombreux responsables politiques, Royal et Bayrou en tête, dénoncer le coup médiatique que constituerait cette opération à Villiers-le-Bel. Paradoxalement, je ne suis pas certain qu’il y ait coup médiatique. D’abord sur le simple plan des faits, il est très vraisemblable que ce sont des syndicalistes policiers qui ont averti les journalistes, comme le démontre, notamment, l’enquête que nous avons publiée hier sur le site d’Arrêt sur images. Du reste, il est inimaginable de mobiliser 1.000 policiers sans que les médias soient au courant. Vous me direz : le résultat est le même, l’opération a rempli tous les journaux radios du matin et tous les JT de la journée d’hier. C’est vrai. Mais il me semble que l’argument de la procureur de Pontoise n’est pas dérisoire quand elle explique qu’à tout prendre il est préférable que les médias soient là pour pouvoir témoigner le cas échéant d’éventuels dérapages dans l’opération. Donc, cette opération pouvait-elle avoir lieu sans faire la Une des radios et des télés ? Peut-être si elle avait été menée en grand secret par 30 policiers, et non pas par 1.000. Etait-ce possible ? Je n’en sais rien, je ne suis pas spécialiste de la technique policière.

Rapporteur : Nous, les journalistes (je suis caméraman), récupérons des infos de syndicats de police (perquisitions Tarterêts ou Villiers-le-Bel). En échange, en les interviewant, on leur prête une tribune, importante pour eux, au moment de leurs élections internes. J’en veux pour preuve la croissance d’Alliance et de Synergie, qui commentaient tous les jours l’insécurité sous Jospin. Est-ce une histoire d’amour récente entre presse et police ?

Vous décrivez parfaitement le système. C’est du donnant-donnant. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu fonctionner ça depuis que j’exerce ce métier. Quand je suis rentré au Monde, par exemple, mon confrère Edwy Plenel, alors chargé de la rubrique police, entretenait des rapports très privilégiés avec un syndicaliste policier nommé Bernard Deleplace. Le Monde publiait de nombreuses tribunes libres de ce syndicaliste. J’imagine que la contrepartie en était un certain nombre de scoops ou d’informations exclusives.

Tony-glandil : La supression de la publicité sur le service public pourrait-elle être une stratégie de Sarkozy pour affaiblir ces chaînes ? Et dans quel but ?

C’est évidemment possible. Et on pense immédiatement à des explications de ce genre en apprenant la nouvelle. Rien en effet dans ces prises de position antérieures ou dans son système de valeurs personnelles ne laissait prévoir un tel attachement de Sarkozy à un service public pur et dur. Il est donc légitime de présupposer chez lui des arrières pensées du genre de celles que vous citez. Il est tout aussi légitime de penser qu’il a voulu faire un coup pour embarrasser la gauche. Il est encore tout aussi légitime d’imaginer que l’Elysée était tout simplement à la recherche d’un "fumigène" (l’expression est de l’entourage de Sarkozy, citée par Le Monde, dans une enquête récente) pour masquer le vide sidéral de toute information dans la conférence de presse qu’il a donnée le 8 janvier. Dans tous les cas, et dans toutes les hypothèses, cette annonce est surtout marquée par un amateurisme assez terrifiant, surtout quand on voit le début de reculade de ce matin : la suppression de la pub pourrait bien, tout bien pesée, être progressive.

Caramel : Vous avez travaillé sur une chaîne de télé publique. La pub y était-elle indispensable. Et s’il n’y a plus de pub, qu’est-ce qui pourrait être mis en place pour faire entrer de l’argent ? Vous attendez de moi que je donne des tuyaux à Copé et à Sarkozy ?

Désolé, mais je les laisse faire. J’ajoute simplement qu’à titre personnel, une hausse de la redevance ne me paraîtrait pas choquante sur le principe.

Pseudo : Si le retrait de la publicité des chaînes publiques est compensé, cela va dégager pas mal de temps d’antenne supplémentaire. Les JT vont-ils en profiter pour développer leurs sujets ?

C’est une piste. Je ne suis pas sûr, à en juger par le vide actuel de leur contenu, qu’un allongement s’impose vraiment. Mes souvenirs de maths sont lointains, mais il me semble tout de même que 0 + 0, font toujours 0.

Circlus : N’est-il pas scandaleux de faire une dépêche AFP à 6h moins deux quand l’intervention débute à 6h ?

Sur le principe, non. Si l’AFP avait une information, je ne vois pas pourquoi elle ne devrait pas la donner.

http://www.liberation.fr/interactif...

Messages

  • Je pense que la stratégie de NS (il en a une) est de faire perdre tout repère aux français afin de qu’il puisse avancer sur le terrain de la recomposition idéologique. Il n’y a qu’à voir comment l’épisode "guy Moquet" et l’épisode de la shoa sont traités pour bien se rendre compte qu’il s’agit plus (+) que d’un seul effet fumigène. En effet la fumée provient des causes initiales qui ont fait germer les idées les plus progressistes de la seconde moitié du 20ème siècle et d’en transformer ainsi le contenu résultant.

    D’abord il veut chasser l’idée du plus jamais cela concernant le nazisme qui a débouché sur la condamnation du capital avec sa cohorte de guerres pour soutenir et revivifier le capitalisme. Il faut voir l’énergie qu’il a dépensé pour condamner toute repentance vis à vis des guerres coloniales. En passionnant le débat avec des enfants assassinés par les nazis, il a en tête de faire oublier au peuple les causes que sont le pouvoir de l’argent, pouvoir des bourgeois et des capitalistes qui avaient choisi Hiltler contre le front populaire.

    En passionnant le débat sur Guy Môquet, il veut nous faire oublier que ce garçon a été l’un des artisans posthumes de la mise en place du CNR, De cette manière il veut prendre toute la parole sur cette période et ne laisser personne parler du programme du CNR. Ainsi, il veut maintenant extirper de l’esprit de la population ces avancées communistes essentielles que furent les nationalisations telles qu’EDF, SNCF,... comme il l’a maintes fois réaffirmé dans ses discours.

    Il va continuer, tel est son credo, afin dit-il, pouvoir mettre en place une nouvelle "civilisation" faite d’un brouillage de repères constants en s’emparant des idées les plus belles pour les filtrer et laisser la place à la passion seule et aux solutions du capital en définitive.

    Le retrait de la publicité des chaines publiques est du même ressort et NS l’a bien posé comme élément essentiel de sa nouvelle "civilisation". Il reprend une idée progressiste afin de trouver le moyen d’étouffer le service public à terme par la mise en œuvre des contradictions poussées jusqu’au bout qui ne vont pas manquer de faire apparaitre le manque de moyens gravissimes. A cela, il faut ajouter que l’organisation d’une structure indépendante de l’état pour le financement laisse penser que le contrôle de l’état va de nouveau se faire lourdement sentir sur les programmes. Le service public de radio et de télévision est en effet le seul endroit médiatique où on trouve encore quelques ilots de résistance au pouvoir de l’argent. Il faut distinguer le fait de toucher de l’argent par la pub ce qui est le cas du service public audiovisuel et être détenu par un groupe capitalistique. Aujourd’hui le service public est à l’abri du contrôle capitalistique. demain faute de revenus publicitaires, le service public qui quémendera ses moyens auprès du gouvernement n’aura d’autre choix que d’obéir au gouvernement.

    voilà ce que je pense de tout cela.

    Ce ne sont pas des diversions mais le coeur de sa politique.

    Attention à nous tous, nous sommes en grand danger

    Voila mon analyse.

    JP

    • très bonne analyse, et je cautionne tout ce que JP au-dessus a commenté, en Sarkozie, LA PRUDENCE EST LA LOI NUMERO UN , soyons et surtout RESTONS VIGILANTS

    • Pour moi, il est clair comme de l’eau de roche le Sarko.
      Il utilise la politique à la manière de Le Pen : il récupère les valeurs, et les inverse par les siennes, opposées. Le Front National est un front de résistance à la base, durant le seconde guerre mondiale, et anti-vichy.
      Après certains s’imaginent le pen ou sarko "sincères" c’est une absurdité sans nom. En ce cas, sarko et son accolyte ne prennent pas les gens pour des imbéciles, ils s’adressent aux imbéciles.
      Ceux qui ne voient pas encore clair dans ces jeux de cartes brouillées et de chaises musicales (on utilise untel pour faire un peu de provoc, on fait mine de s’en offusquer, on applique par la suite etc) devraient revoir leur histoire, comment Pétain avait récupéré en son temps les batailles du front populaire.