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Une histoire de mère et d’un "ex"

dimanche 3 juin 2007 - Contacter l'auteur - 5 coms

de Viktor Dedaj

Vous ai-je déjà parlé de mes ex ? Non ? Qu’à cela ne tienne. Préparez vos mouchoirs.

Vous en avez certainement vous-même dans votre entourage. Non ? Cherchez bien. Dans le salon ? Et celui-là, vautré devant la télé ? Ce serait pas un ex des fois ? Non ?

Dans un placard, alors ? Sous l’évier ? Cherchez bien.

D’abord, précisons que des ex, il en existe de toutes sortes : des ex-ceci ou des ex-cela. Mais le plus pathétique, me semble-t-il, parmi la gotha des ex, c’est l’ex-communiste. Rien qu’à prononcer le terme, des frissons me parcourent le corps. Brrrr....

Attention, ne vous emballez pas. Je ne parle pas de n’importe quel type d’ex. L’ex-communiste dont il est question ici est un ex d’un genre tout à fait redoutable et pervers.

Il ne suffit pas d’avoir adhéré un jour à un parti communiste puis d’avoir quitté le sus-dit parti pour mériter le titre d’ex-communiste. Non, c’est plus compliqué que ça. D’ailleurs, on peut très bien avoir été membre d’un parti communiste sans avoir jamais été véritablement communiste. Comme on peut être toujours membre d’un parti communiste et ne plus - ou n’avoir jamais été - communiste soi-même. Plus subtil encore, et comme disait mon ami Serge, "je ne suis plus membre du Parti Communiste Français" PARCE QUE je suis communiste. Je vous laisse réfléchir à cette dernière phrase pleine de sagesse rurale.

A vrai dire, je n’ai jamais su ce que cela signifiait "être communiste". A priori, cela signifierait adhérer à l’idéologie communiste, quelque chose comme ça. L’idéologie communiste ? J’ai bien tenté de lire Marx, mais le plancher se souvient encore du contact avec le tome 1 du Capital lorsque je me suis endormi à la troisième page. Lénine avait un peu plus de pêche, mais il était aussi drôle qu’une blague racontée par Jacques Attali. A lire Trotski, je me disais que ce type ne devait pas avoir beaucoup de succès avec les gonzesses. D’ailleurs il paraît qu’il est mort d’un coup de pic à glace - comme le raconte si bien la première scène du film Basic Instinct.

Mais j’ai quand même réussi à cacher mon ignorance crasse pendant les quelques années d’adhésion à un certain Parti Communiste Français dont je tairais le nom par respect et par pudeur.

"Tu n’es pas un bon communiste", me disait-on parfois. Ah ? "Pour être un bon communiste, il faut..." suivi d’une série de recommandations à faire frémir un surveillant de dortoir d’une école coranique pakistanaise. Mais soyons clairs : malgré tout, pour la plupart d’entre eux, je les adorais. Pourquoi ? Parce que, bons communistes ou pas, ils étaient avant tout bons, foncièrement bons, tout simplement. Et courageux. Et intègres. Et aujourd’hui encore, j’emmerde les anti-communistes. Et même si certains ont abandonné, ou pris d’autres voies, leur candidature au titre d’ex-communiste - celui dont je parle - n’est pas recevable. Car pour prétendre à ce titre de gloire qui vous attire mystérieusement les sympathies de la France d’en Haut, il faut encore présenter certaines lettres de créances : la haine de son passé, la dénonciation de ses anciens camarades, un mea-culpa pathétique et prétendument rédempteur et, surtout, cette soi-disant science du "j’y étais, je sais de quoi je parle...". Ah oui ? Ca me fait penser à ces touristes qui virevoltent leur spleen d’occidental abêti à la Havane pour nous asséner des "j’y étais, je sais de quoi je parle...". Ah oui ?

Comme si le savoir s’acquérait par le truchement d’un appareil photo. Clic. C’est bon, j’ai vu donc je sais - et je pense que je suis. Comme si le savoir se mesurait à la quantité de cartes postales envoyées de "derrière les lignes ennemies". Clic. "Combien tu gagnes ?" demandera-t-on à un médecin cubain. Clic. "Pas beaucoup" pensera-t-on, et re-Clic. On aimerait lui souffler par-dessus l’épaule "vas-y, maintenant demande pourquoi" mais malheureusement, le rouleau est terminé et puis le bus part dans cinq minutes et le guide s’impatiente et puis j’ai mal au jambes et en plus j’ai pas bien dormi à cause des moustiques et puis je sais pas ce que j’ai mangé à midi mais...

Pas facile d’effleurer (rien qu’effleurer) la réalité pendant plus d’une semaine ou quinze jours. Lorsque Savoir et Impatience sont dans un bateau, c’est toujours Savoir qui tombe à l’eau.

L’ex-communiste arbore fièrement son titre - dûment gagné à la sueur d’un front populaire - comme un adolescent brandissant son tout nouveau permis. "J’y étais, je sais de quoi je parle..." écartez-vous devant, j’arrive.

L’ex-communiste vous expliquera patiemment comment "nous avons été aveugles au sujet des pays de l’Est". Ah oui ? De quel "nous" parle-t-il exactement ? Certainement pas de moi. Moi j’ai débouché deux bouteilles de bon vin à l’annonce de la chute du Mur de Berlin. ( Bon d’accord, si j’avais su pour la suite, je n’en aurais pas débouchée - ou alors une seule, juste pour goûter... ). Certainement pas des Cubains. N’était-ce point le Che qui mettait en garde dès 1965 d’un "retour de balancier" dans ces pays qui risquait de les faire revenir à une situation "pire qu’avant" - ou quelque chose comme ça ?

Et "on ne m’y reprendra plus", conclura l’ex en haussant les épaules avant de traverser la rue. Tout irait pour le mieux s’il adoptait un profil bas, reconnaissant ainsi son inaptitude crasse à comprendre une situation qui dépasse la complexité d’un manuel utilisateur d’une télécommande moderne. Mais l’ex-communiste, celui dont je parle, pas les autres, n’en a cure. Il persiste et signe à prendre la parole, à nous expliquer comment "nous" nous sommes trompés, pourquoi "nous" ne pouvons refaire "nos" mêmes erreurs... Il écrira parfois aux "autres" communistes "là-bas" pour leur expliquer "leurs" erreurs.

L’ex-communiste n’a pas encore compris que, au vu de "ses" erreurs à lui, il ferait mieux de fermer sa grande gueule et de s’asseoir désormais au fond de la salle et de demander la parole avant de la prendre.

L’ex-communiste (celui dont je parle, pas les autres) est un escroc qui prétend racheter ses fautes en faisant payer les autres, du moins ceux qui restent. Son amour propre à une valeur inestimable à ses yeux. Sa "solidarité" n’a de sens que dans la mesure où elle lui apporterait un "plus", à lui. Mais pour cela, il faudrait que les communistes de "là-bas" soient plus efficaces, que leur révolution soit plus présentable, plus sexy,pour que lui puisse s’y associer, s’en inspirer, s’en pavaner, se délecter du résultat tout en ayant eu la chance d’échapper aux douloureux processus d’élaboration.

Comme un amant qui aurait couché une fois, attendu neuf mois à l’écart et qui se présenterait à la sortie de la salle d’accouchement. Convaincu d’y être pour quelque chose, il jetera un coup d’oil critique sur le "résultat", il prétendra pouvoir décider s’il faut ou non le garder, le reconnaître ou pas... Pauvre type, va.

Il ne comprendra jamais que c’est tous les jours la fête des mères pour tous ceux et celles qui ont FAIT une révolution.

Aveugle il était, aveugle il est et aveugle il restera. Il est exact qu’un aveugle ne devient pas voyant en changeant simplement de trottoir. Mais ce qui nous a manqué jusqu’à présent, pour tous ces "ex", c’est de leur apprendre le caniveau.

Vive Cuba, Vive les femmes cubaines, Vive le peuple cubain,

Sans points d’exclamation mais, surtout, sans points d’interrogation.

Viktor Dedaj, Exologue diplômé

(uniquement sur rendez-vous)

Mots clés : Dazibao / Partis politiques / Viktor Dedaj /

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