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DRABET (LES INNOCENTS)

jeudi 3 mai 2007 - Contacter l'auteur - 3 coms

de Enrico Campofreda traduit de l’italien par Karl&Rosa

Idéologique, introspectif, existentiel, c’est ainsi qu’apparaît le dernier, excellent, travail de Per Fly qui à la suite de Bænke et de L’héritage sonde à nouveau la "parfaite" société danoise.

Cent minutes qui parlent d’amour, de pulsion de vie, de remords avec un langage épuré et par moments sombre comme les visages des personnages. Ils parlent de solitude non recherchée mais imposée par les évènements, de comment celui qui désire être lui-même avec cohérence et passion doit s’attendre à tous les mouvements du destin et les accepter avec force et résignation.

C’est ce qui arrive à Casper, professeur d’Universiité, en crise avec sa conjointe qui accueille entre ses bras Pil – une ex élève, belle, entreprenante et engagée politiquement – qui, dans une action dirigée contre une fabrique d’armes vient à tuer un policier. A partir de ce moment, la vie du professeur va basculer, Pil est arrêtée avec deux autres militants, Casper fier anticapitaliste et follement amoureux se met en quatre pour la réconforter et pour l’aider. Aucun des trois accusés ne confesse qui conduisait la voiture qui a renversé l’agent et l’hypothèse judiciaire oscille entre la peine la plus lourde et la plus légère à infliger à tous les trois.

Durant son séjour en prison, Pil – après avoir vu la veuve et le petit garçon de la victime – en proie au remords cherche à se suicider. Son amant lui intime de tenir bon tandis qu’il s’engage publiquement en soutien des positions idéologiques contre la fabrique d’armes semeuse de mort dans les centaines de guerres de par le monde. En l’absence de confessions, la sentence décrète la moindre peine et ainsi la jeune file libérée peut aller vivre avec Casper. Lui, ayant abandonné sa femme et son fils, choisit de relancer sa vie. Mais la nouvelle relation ne dure pas : Pil souffre de la pression de la veuve du policier qui est sans répit et va la trouver dans sa nouvelle habitation, de plus elle se sent étouffée par la passion totalisante de Casper et recommence à fréquenter un ex camarade politique.

Le professeur est désorienté, il est en train de tout perdre. Suspendu de son travail pour avoir soutenu publiquement le trio homicide, abandonné par sa jeune compagne, il est pris de découragement à la pensée de s’être jeté corps et âme en se trompant d’histoire. Quand il apprend la nouvelle que la femme du policier s’est tuée, son affliction touche à son apogée. Et sa cohérence et son credo politique ne suffisent pas à freiner sa tardive intention légalitaire : confesser la responsabilité de son ex copine. Geste dicté par la condition d’amant repoussé ? Peut-être ou peut-être pas. Mais ce geste aussi arrive en retard et la police le refuse.

L’homme reste seul avec un credo politique qui ne se conjugue pas avec la réalité, avec le naufrage de ce hasard d’un nouvel amour difficile à cause du fossé des générations, et il doit, dans ces conditions, régler les comptes avec la sphère personnelle qui parle à la conscience, au-delà de l’idéologie.

Dépasser le travail du remords, accepter l’abandon après l’avoir offert, s’adapter au vol individuel (belle métaphore du parapente avec les risques d’accident dans un parcours particulier comme celui où l’on se regarde dans le miroir, sous les yeux de la nature) représentent les réflexions intenses vers lesquelles nous dirige le réalisateur. La photographie et la musique sont agréables elles aussi.

Réalisation : Per Fly
Sujet et scénario : Per Fly, Kim Leona, Dorthe Hǿgh, Mogens Rukov
Directeur de la photographie : Harald Gunnar Paalgard
Montage : Morten Giese
Principaux interprètes : Jesper Christensen, Beate Bile, Charlotte Fich, Pernille August, Michael Moritzen
Musique originale : Halfdan E
Production : Zentropa Productions
Origine : Dan, 2006
Durata : 99’

Mots clés : Cinéma-vidéo / Dazibao / Enrico Campofreda /

Messages

  • "Cent minutes qui parlent d’amour, de pulsion de vie, (...) de remords, solitude non recherchée mais imposée par les évènements, de comment celui qui désire être lui-même avec cohérence et passion doit s’attendre à tous les mouvements du destin et les accepter avec force et résignation"...

    Dites-donc, les rédactionneux spleeneux, vous ne croyez pas qu’on a déjà le moral assez en berne d’ici le deuxième tour pour que vous nous sponsorisiez ce genre de pensum à se flinguer zoom après zoom ?

     ;)

    Brunz

    ps : j’ai peut-être trouvé une solution honorable pour dimanche... Je noye mon café au lait dans un bon demi-litre de vodka, et je file direct au bureau de vote en chantant "Bécassiiiiiineeeeuuu, c’est ma copiiiiiiiineeeeuuuu !!!!".

    Dégoûté !!!

    • lu sur un blog sarkozyste :

      Déception : Sarkozy n’abrogera pas les 35 heures

      "Les 35 heures comme un minimum, je ne les toucherai pas. Je garde les 35 heures comme la durée hebdomadaire", a déclaré Nicolas Sarkozy hier soir lors du débat avec Ségolène Royal.

      Je suis déçu. Beaucoup d’électeurs ont voté Nicolas Sarkozy en pensant qu’il abrogerait les 35 heures. Il était intéressant d’obtenir cette précision, je crois.

      hahahaha :)))

    • Excellent le commentaire ça m’a bien fait rire !!
      Et en ce moment, y’en a bien besoin !!
      Merci

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