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L’insécurité dont on ne parle pas (6) : la prison, ou le non-droit au cœur du droit

samedi 19 novembre 2005 - 2 coms

de Pierre Tévanian

Si les formules "zone de non-droit" ou "zone d’infra-droit" ont un sens, c’est lorsqu’on parle des prisons. En effet, la prison n’est censée être qu’une privation de liberté ; or, en plus des violences commises par des "matons" (qui peuvent aboutir à des décès qualifiés de "suicides" [1]), sur lesquelles n’existent que les témoignages des détenus, il existe de multiples formes de violence subies au quotidien par les détenus, et qui peuvent être quantifiées de manière plus précise [2]

- sur-occupation (en 1999, 51% des établissements étaient sur-occupés, et le taux d’occupation sur l’ensemble des prisons s’élèvait à 119% ; en avril 2003, il s’élève à 122%, avec des pics à 300% comme dans la prison de Perpignan) ;

- promiscuité et insalubrité des cellules (d’une taille de 5 à 11 mètres carré pour les cellules simples) ;

- accès très partiel aux traitements médicaux et à l’hygiène la plus élémentaire, lenteur des interventions en cas d’urgence (malaises, auto-mutilations, violences entre détenus, tentatives de suicide), aboutissant régulièrement à des décès ;

- non-respect du secret médical, extrême rareté des grâces médicales, y compris pour des détenus en fin de vie ou atteints de maladies graves (la grâce médicale de Maurice Papon, condamné pour complicité de crime contre l’humanité, a été l’exception qui confirme la règle) ;

- mauvaise alimentation ;

- recours routinier à des mesures disciplinaires dégradantes (comme le "mitard") ;

- emploi des détenus à des tâches dérogeant à toutes les normes du droit du travail, et non-accès aux minima sociaux (par exemple : moins d’un euro par heure pour un emploi de contremaître) ;

- insuffisance des "parloirs", en quantité et en qualité...

Toute cette violence fait de la prison un lieu de grande insécurité, un espace dans lequel les morts violentes sont beaucoup plus fréquentes qu’ailleurs : on y décompte en effet plus de cent suicides par an (138 en 1996, 125 en 1999, 120 en 2002), soit un taux de suicide plus de dix fois plus élevé qu’en dehors de prison [3]. On est donc fondé à se demander si la peine de mort a bien été abolie en France.

Pierre Tévanian

Ce texte est extrait du Ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire, L’esprit frappeur, 2004

Notes

[1] Sur les décès en prison suite à des "suicides" douteux, cf. le cas de Jawad Zaouiya, évoqué sur http://mibmib.free.fr , et le cas de Zamani Derni, évoqué dans le film Justice pour Zamani, de Reynald Bertrand (productions Le compte-gouttes, reynaldbertrand@wanadoo.fr). Cf. aussi l’AFLIDD (Association des familles en futte contre l’insécurité et les décès en détention : c/ MiB, 45 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris. 01 40 38 06 53.)

[2] On trouvera des données chiffrées et des récits de cas particuliers, sur tous les points qui suivent, dans le rapport de l’Observatoire international des prisons, publié sous le titre Prisons : un état des lieux, L’esprit frappeur, 2000. Cf. aussi les rapports du Comité européen contre la torture (Cf. Le Monde, 15/05/1998). Cf. également, pour les données postérieures à 2000 : Libération, 13/03/2003 et 09/04/2003. Enfin, sur la prison, cf. S. Livrozet, De la prison à la révolte, L’esprit frappeur, 2000, et A. Brossat, Pour en finir avec les prisons, La fabrique, 2000

[3] Calcul effectué à partir des données publiées dans Prison : un état des lieux, L’esprit frappeur, 2000 : en 1996, 138 suicides pour 58 856 détenus ; en 1999, 125 suicides pour 53 926 détenus. Dans les deux cas, cela donne un taux de suicide de 0,23% en prison. Si on rapporte les 10000 suicides annuels à l’ensemble de la population adulte résidant en France, on obtient un taux inférieur à 0,02 %. Pour l’année 2003, le pire est à craindre, puisque, début mars 2003, on atteignait déjà 28 suicides en deux mois

http://lmsi.net/article.php3?id_article=314

Messages

  • L’état des prisons en France est calamiteux. La France devrait avoir honte d’incarcérer des gens dans de telles conditions. Il y a quelques années, le médecin-chef de la Santé, Véronique Vasseur, avait publié un livre, qui a fait grand bruit même auprès des parlementaires, pour dénoncer le régime carcéral dans notre "douce France". Des débats eurent lieu, des députés s’en indignèrent ouvertement. Que croyez-vous qu’il advînt ? On referma vite le dossier au bout de quelques mois quand les projecteurs médiatiques se braquèrent ailleurs. Depuis, non seulement les conditions carcérales ne se sont pas améliorées, mais elles ont empiré dans l’indifférence générale. On enferme à tour de bras, surtout les pauvres qui ne peuvent pas se payer un bon avocat, les peines se sont durcies et prolongées en restreignant considérablement les peines de substitution. Le gouvernement prévoit en outre l’ouverture de prisons pour mineurs à la fin 2006. La prison n’enferme pas que des délinquants, mais aussi des personnes en situation irrégulière, des syndicalistes, des militants politiques, des gens qui ont des troubles psychiques. Bref, elle enferme désormais tout ce qui peut déranger l’ordre établi.

    William

    • la prison doit rester cependant une puinition...je peux t’assurer que tous les problèmes cités ci-dessus sont excacts mais pour moi ils ont au moins le mérite d’être dissuasifs...j’en parle en connaissance de cause j’ai fais 3 mois fermes en 2003...ce que j’ai vécu sous les verrous je ne ferais rien pour le revivre ! par contre à votre liste de "disfonctionnements" vous oubliez le poids e l’islam en tolle...jadis suivant ton comportement tu pouvais être "protègé" par les "caids" du milieu (pas de la cité qui eux ne sont que d’énormes merdes) maintenant la "tranquillité" seul la conversion à l’islam peut te l’apporter...et cet endoctriment certains rapports le dénonce mais il n’ont pas les faveurs de la presse...alors parlons des problèmes au trous mais alors de tous les problèmes...

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