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Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
de : La Louve
dimanche 30 janvier 2011 - 22h57
3 commentaires

Chers amis et camarades,

Je me permets de vous adresser ces quelques extraits tiré du livre de Nicos Poulantzas "La crise des dictatures - Portugal, Espagne, Grèce", publié chez Maspero en 1975, et complètement dans l’actualité. En fait, il aurait fallu tout recopier ou presque, mais cela m’était impossible (j’ai déjà passé tout mon dimanche après-midi à recopier tout ce qui suit pour que cela puisse circuler, nous nourrir, et faire débat). J’ai donc fait des choix (je n’exclus pas de recopier d’autres passages plus tard avec un peu de temps) et des coupes. J’ai essayé de faire en sorte qu’en général ces "coupes" portent sur les éléments chiffrés ou factuels et de faire en sorte de ne pas "dénaturer" l’idée générale du livre, ou du passage cité.

Mais enfin, cela m’a semblé urgent de le re-publier par les voies électroniques et en accès libre, intéressant et instructif, et pas seulement pour ce que cela dit des évènements actuels en Tunisie et en Egypte bien sûr.

Mais aussi pour ce que cela dit d’une certaine manière d’analyser. De l’analyse de classes et des couches sociales ,analyse dont nous avons souvent perdu l’habitude, et surtout, de la méthode d’analyse et des concepts-outils utilisés ; notamment la notion d’hégémonie gramscienne, travestie récemment par Sarkozy et Soral, qui était très chère à Poulantzas et sans laquelle on ne peut pas le comprendre ( le comprendre comme un "révolutionnaire véritable", lui dont les "opposants" plutôt néo-staliniens comme Balibar au sein du PCF ont si souvent disqualifié les travaux en insinuant qu’il était "réformiste " ou "social-démocrate", parce que Poulantzas n’a eu de cesse de s’interroger sur la question de la transition au socialisme...).

"Détesté" par la plupart des néo-trotskistes comme des néo-staliniens (pour des raisons évidemment différentes), Poulantzas, ( marxiste en réalité très marqué par Lénine ), que j’ai découvert avec des frissons l’an dernier, est je crois, un penseur et analyste marxiste majeur du 20ème siècle trop injustement (et malheureusement) méconnu ou méprisé dans le "mouvement communiste français".

Pourquoi "majeur" ? Parce qu’il analysait des éléments économiques et politiques concrets, chiffrés même, avec des concepts et des outils mentaux "faits pour nous", mais éprouvés par l’histoire, et qu’il en tirait des "conclusions" politiques lumineuses (avec lesquelles je ne suis pas tjs en accord, je précise, mais qui ne peuvent qu’amener à des débats de qualité), pour tendre toujours vers sa voie, la nôtre, la révolution. Ce n’était pas un idéaliste, il maniait magnifiquement, avec clarté, et intelligibilité, le rapport permanent faits/théorie/praxis. Il savait qu’on ne bâtit pas une situation possiblement révolutionnaire avec ce que l’on aimerait que les choses ou les classes soient, mais avec ce qu’elles sont en réalité dans un moment et un contexte donné et qu’il importe d’abord de pouvoir SAVOIR pour POUVOIR, comme disait Lénine. La réflexion comme guide à l’action. Sans toutefois jamais céder à la facilité répugnante qu’ont certains de "tordre la dialectique" pour en faire un prélude au renoncement et à la collaboration de classe. Il a, je crois, quelques héritiers, rares, de par le monde.


pp 37 à 44

Chap. "Les dictatures, les Etats-Unis et l’Europe"

Après ces remarques, qui visaient à la fois à montrer le primat des "facteurs internes" sur les "facteurs externes", et à baliser le rôle des contradictions internes au sein même des appareils de ces dictatures dans leur renversement ou leur pourrissement, il convient d’évoquer la stratégie propre des Etats-Unis à l’égard de ces régimes.

Là aussi, il faut se garder d’explications simplistes : tout d’abord, et c’est trop évident pour qu’on y insiste, les Etats-Unis ont systématiquement et constamment soutenu ces régimes militaires ; dans le cas grec, ils ont même joué un rôle éminent dans son instauration. Mais il serait faux soit d’en tirer la conclusion que le renversement ou le pourrissement s’est fait et se fait en dépit ou contre la "volonté" des Etats-Unis, soit, à l’inverse, qu’il est fait ou se fait à l’instigation directe des Etats-Unis. En raison des circonstances dans lesquelles le changement de régime a eu lieu, cette dernière erreur a été particulièrement commise à propos de la Grèce : de nombreux secteurs de l’opinion publique européenne y ont vu un Kissinger expédiant un KAramanlis en Grèce afin de démocratiser un régime devenu encombrant, le parti communiste grec de l’extérieur et A. Papandréou ayant, pendant les premiers jours, vu là eux aussi le doigt des Américains, mais qui auraient cherché à perpétuer le "monarcho-fascisme" sous une autre façade.

Ces explications négligent le poids spécifique des facteurs internes ; mais, surestimant le rôle des États-Unis, elles se trompent également sur le sens de la politique américaine.

1. Il y a certes, une stratégie globale des Etats-Unis dans la phase actuelle de l’impérialisme, mais il n’y a pas une tactique des Etats-Unis, il y en a bel et bien plusieurs.

LEs Etats-Unis ont acquis une longue expérience dans la répression des peuples et dans leur rôle de gendarme des bourgeoisies occidentales : ils ne mettent pas tous leurs oeufs dans le même panier et en fait de stratégie, ils ne misent pas sur une seule carte.

En fait, les Etats-Unis gardent toujours plusieurs cartes en main. Bien entendu, toutes les cartes ne sont pas pour eux équivalentes et ils en préfèrent certaines à d’autres, bien que souvent, ils les jouent simultanément. Mais cela veut dire que leur stratégie peut s’adapter à plusieurs solutions dans les pays de leur zone de dépendance.

Cela est net dans le scénario qui s’est joué en Grèce, mais également jusqu’ici au Portugal, ou qui se joue actuellement en Espagne. En Grèce, et par ordre de préférence pour les Etats-Unis :

 soutien presque jusqu’à la fin, à la dictature militaire, qui pourtant, sous ses formes et en raison de son pourrissement, devenait un cheval de bataille de moins en moins sûr ;

 solution d’une évolution de la dictature vers une façade "légale" qui a échoué sous Markezinis-Papadopoulos en 1973, mais qui aurait pu être rééditée ;

 solution d’un changement politique plus important, mais où l’appareil militaire continuerait à maintenir des "domaines réservés" ;

 solution Karamanlis ;

 solution Kanellopoulos, homme de droite libéral bien plus ouvert aux organisation de résistances que Karamanlis ;

 solution d’un gouvernement de transition sous l’égide du centre, à caractère vaguement social-démocrate de droite, du genre actuel en Allemagne, etc.

Des scénarios analogues peuvent être écrits en ce qui concerne le POrtugal, du soutien au noyau dur de la dictature à un caetanisme à façade libérale, jusques et y compris une certaine forme de spinolisme ou de gouvernement centriste (voir même l’ambiguité actuelle de la politique américaine à l’égard du POrtugal), et l’on pourrait en dire autant de l’Espagne et des solutions qui s’y dessinent.

Toutes ces solutions, il est vrai, ne sont sont soutenues par les États-Unis ni avec la même intensité, ni avec la même constance, ni par les mêmes moyens : leur attitude, face à la multiplicité des solutions "acceptables" possibles, passe des divers degrés de soutien à l’acceptation plus ou moins passive des solutions qu’ils considèrent comme un "moindre mal" - jusqu’au point de rupture, certes. Mais cela montre qu’il serait fort simpliste de considérer que tout changement qui, dans les pays dépendants, ne dépasse pas le point de rupture est dû ou correspond à une volonté consciente et univoque des États-Unis. Dire par exemple que, en Grèce, la solution Karamanlis correspond à la "volonté" des Etats-Unis est à la fois vrai et faux, dans la mesure où elle ne représentait pour eux qu’une carte parmi d’autres, à la fois en retrait et en avance, dans l’ordre de préférence, par rapport à d’autres.

Cette tactique polyvalente des Etats-Unis, que l’on doit par ailleurs rapprocher de la tactique semblable des bourgeoisies en général concernant les formes de leur domination politique sur les masses populaires (le cas extrême, par exemple, des gouvernements social-démocrates, solution poursuivie ou simplement tolérée par les bourgeoisies selon les circonstances), présente à la fois des avantages et des inconvénients pour eux. Des avantages : elle permet la perpétuation de leur domination sous des formes diverses, adaptables aux circonstances concrètes. Des inconvénients : à force de démultiplier les tactiques, et étant donné l’importance du poids des facteurs internes de chaque pays et au premier chef des luttes de leurs masses populaires, les risques de dérapage et de perte de contrôle de telle ou telle solution, originellement jugée comme acceptable ou même souhaitable, se multiplient.

Il arrive alors fréquemment, dans la phase actuelle de montée des luttes au niveau mondial, que, à des degrés divers, des cartes leur échappent. C’est ce qui nous importe particulièrement ici, car la perte de contrôle est nette, pour les Etats-Unis, dans le cas du Portugal, et le dérapage s’est aussi produit, dans une certaine mesure avec Karamanlis dans le cas de l’affaire chypriote.

A cela s’ajoute un deuxième élément, quant à la stratégie mondiale des Etats-Unis. Il concerne l’extension du spectre des solutions jugées acceptables ou tolérables pour tel ou tel pays, dans une région du monde, notamment en Europe. Cette extension dépend, pour un pays déterminé , des possibilités de rattrapage offertes ou non par les autres pays de la même zone. Cela apparaît nettement dans l’affaire de Chypre : après l’échec de la carte grecques des colonels pour un partage de l’île qui l’intègrerait à l’OTAN, c’est la carte turque qui a été jouée, avec succès cette fois, par les Américains, de telle sorte que le partage de l’île, principal but recherché, semble déjà de toute façon, chose pratiquement faite. En ce qui concerne notamment la question de l’OTAN et des bases américaines dans le bassin méditerranéen, le degré d’escalade des Etats-Unis contre des régimes qui peuvent mettre en cause leurs privilèges régaliens dépend des possibilités de déplacement de leurs bases dans des pays avoisinants.

Cela explique, entre autres, le fait que, après les évènements du Portugal et de la Grèce, avant même ceux, prévisibles à brève échéance en Espagne, c’est vers l’Italie que se déplace la stratégie des Etats-Unis - sans que cela veuille dire, loin de là, que ceux-ci ont déjà tiré un trait sur le Portugal ou la Grèce !

2. Cette pluralité de tactiques des Etats-Unis n’est pas due simplement à une attitude consciente de leur part : elle tient également aux contradictions même du capital américain. En effet, une autre façon de surestimer l’ennemi consiste à sous-estimer ses contradictions internes. Le capital américain internationalisé et les grandes firmes multinationales américaines connaissent des contradictions importantes avec les fractions de ce capital à base d’accumulation et d’expansion, principalement à l’intérieur du pays ; d’où une oscillation de la politique américaine entre un expansionnisme agressif, qui l’emporte constamment, et une tendance permanente vers une forme d’isolationnisme. Une autre contradiction existe, qui ne recoupe pas purement et simplement la première, entre grand capital monopoliste et capital non monopoliste, encore important aux Etats-Unis : elle se manifeste, entre autres, par la forme particulière de fonctionnement des lois antitrusts aux Etats-Unis qui, dernièrement encore, ont mis en difficulté des firmes multinationales de sinistre réputation comme les ITT ou les ATT. Etant donné la forme de régime propre aux Etats-Unis, ces contradictions internes se traduisent en contradictions importantes au sein des appareils d’Etat. C’est là un cas original de "fascisme extérieur", c’est à dire d’une politique extérieure qui, le plus souvent, n’hésite pas à recourir aux pires génocides, pourtant incarnée par des institutions qui, loin de représenter certes, un cas idéal de démocratie bourgeoise -on n’a qu’à penser, entre autres, à la situation des minorités sociales et ethniques aux USA - n permettent néanmoins une représentations organiques des diverses fractions du capital au sein des appareils et des branches de l’appareil d’Etat. Un tel régime, s’il est fondé sur une véritable union sacrée de la grande majorité de la nation sur les objectifs politiques principaux (union sacrée sur laquelle il y aurait beaucoup à dire), s’accompagne nécessairement de contradictions constantes et ouvertes au sein des appareils d’Etat.

Ces contradictions s’expriment précisément dans les tactiques divergentes et simultanées des divers appareils d’Etat des Etats-Unis, en matière de politique extérieure. LA CIA, le Pentagone et l’appareil militaire, les Affaires étrangères, l’Exécutif -l ’administration- et le Congrès adoptent souvent des tactiques différentes : on l’a vu, on le voit encore, pour la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Qui plus est , ces tactiques sont parfois parallèles, suscitant des réseaux eux-mêmes parallèles qui s’ignorent ou même se combattent les uns les autres. Le cas de la CIA et du Pentagone court-circuitant littéralement le département d’Etat dans l’affaire chypriote, ou plus récemment, au Portugal, offre un exemple caractéristique de ces pratiques. Ces contradictions ont aussi leurs effets propres, et les risques de dérapages s’en trouvent accrus d’autant. (....)

Toutes ces remarques conduisent en définitive aux mêmes conclusions : non seulement les facteurs internes des divers pays de la zone d’influence des Etats-Unis jouent le rôle principal dans les diverses conjonctures mais les interventions mêmes de la politique extérieure des Etats-Unis, en raison des tactiques polyvalentes et des contradictions qu’elles cristallisent, laissent à ces pays une marge de manœuvre tentant, en dernière analyse, aux contradictions propres de l’adversaire.(...)".

*******

pp.45 à 68

Chap. "Les classes dominantes"

La question essentielle dans le renversement des régimes dictatoriaux au Portugal et en Grèce, dans les modifications qui s’annoncent en Espagne est : quel rôle exactement ont joué les facteurs "internes" ? plus précisément, de quelle façon les facteurs dits "externes", concernant les modifications de la phase présente de l’impérialisme, se sont reproduits et intériorisés au sein même des structures économico-sociales et politiques de ces pays ?

Le premier point concerne les modifications au sein des classes dominantes de ces pays. Il faut rappeler ici les remarques à propos des nouvelles formes de dépendance caractérisant, pour certains pays dépendants, leurs rapports au centre de l’impérialisme : d’une part, destruction , en raison des formes que revêtent les importations actuelles de capitaux étrangers au sein de ces pays, des modes et formes de production pré-capitalistes ; d’autre part, le processus d’industrialisation dépendante de ces pays en raison de la tendance, au seins du procès actuel d’internationalisation de la production et du capital, du capital étranger à s’investir dans des secteurs du capital industriel directement productif.

Cela permet l’émergence ou le développement dans ces pays d’une nouvelle fraction de leurs bourgeoisies, ce qui est très net en Grèce et en Espagne et, à un moindre degré au Portugal : fraction que j’ai appelée ailleurs "bourgeoisie intérieure". (...) Ces bourgeoisies ne se limitent d’ailleurs pas au seul domaine industriel, elles s’étendent aux domaines qui dépendent directement de ce processus d’industrialisation : transports, circuits de distribution des biens (capital commercial), ou même à celui des divers services (tourisme notamment). Ces bourgeoisies se distinguent des anciennes fractions de la bourgeoisie par la complexité nouvelle de leurs rapports avec le capital étranger.

Tout d’abord, elles se distinguent de la bourgeoisie compradore (parfois désignée sous le terme d’oligarchie) celle dont les intérêts sont entièrement subordonnés à ceux du capital étranger, et qui fonctionne, en quelque sorte, comme relais et intermédiaire direct pour l’implantation et la reproduction du capital étranger dans ces pays. L’activité de cette bourgeoisie compradore a souvent un caractère spéculatif, elle est concentrée dans les secteurs financiers et bancaires commerciaux mais peut aussi se retrouver dans le secteur industriel dans des branches entièrement dépendantes et subordonnées au capital étranger. (...)Du point de vue politique, cette bourgeoisie est le véritable support et agent du capitalisme impérialiste étranger.

En revanche, la bourgeoisie intérieure, tout en étant dépendante du capital étranger, présente des contradictions importantes avec lui. tout d’abord parce qu’elle est sevrée dans le partage du gâteau de l’exploitation des masses : le transfert léonin de la plus-value se fait à ses dépens et en faveur du capital étranger et de ses agents, la bourgeoisie compradore. Ensuite parce que, concentrée principalement dans le secteur industriel , elle est intéressée à un développement industriel qui soit moins polarisé vers la mise en coupe réglée du pays par le capital étranger, à une intervention de l’Etat qui lui assurerait des chasses gardées, à l’intérieur, mais qui la rendrait aussi plus compétitive face au capital étranger ; elle souhaite une extension et le développement du marché intérieur par une certaine élévation du pouvoir d’achat et de consommation des masses qui lui offrirait plus de débouchés ; elle recherche enfin une aide de l’Etat qui lui permettrait de développer ses exportations.(...)

Quoi qu’il en soit, on voit bien que la distinction entre bourgeoisie intérieure et bourgeoisie compradore ne renvoie pas à une distinction simpliste entre une bourgeoisie "enfermée", "isolée" dans son espace national et une bourgeoisie internationalisée, bref à une distinction spatiale, mais au procès d’internationalisation du capital. (...)

Quoi qu’il en soit, ces raisons expliquent un fait capital : dans le contexte de ces régimes dictatoriaux, il s’est progressivement dégagé une convergence conjoncturelle et tactique des intérêts de la bourgeoisie intérieure, d’une part , de ceux de la classe ouvrière et des masses populaires d’autre part, avec pour objectif le remplacement de ces régimes par des régimes "démocratiques".

Ce fut la convergence essentielle, même si elle implique, comme base de compromis, une certaine limitation des privilèges régaliens détenus jusque là par les capitaux étrangers et la bourgeoisie compradore (...)

Ainsi les évènements en Grèce et au Portugal (on le verra dans un instant) mais aussi ceux qui sont en train de survenir en Espagne, loin de prouver, comme on le dit parfois, les possibilités d’une alliance stratégique des masses populaires avec les fractions de la bourgeoisie, sur la base d’un processus de libération nationale et de transition au socialisme (comme s’il s’agissait de réelles bourgeoisies nationales), prouvent exactement le contraire. Non seulement il ne s’est pas trouvé - c’était à prévoir- de fractions de ces bourgeoisies susceptibles d’appuyer un processus de transition au socialisme, mais il ne s’en est pas trouvé, tout au moins jusqu’aujourd’hui, qui fussent prêtes à appuyer ne serait-ce que des objectifs anti-monopolistes de type Programme Commun (...)

Mais d’un autre côté on constate dans les pays qui nous occupent un phénomène capital, qui tient précisément à leurs particularités, à savoir, pour l’essentiel, à la forme de régime de dictature qui y sévissait ou qui y sévit : une véritable alliance tactique de larges secteurs de la bourgeoisie et des forces populaires s’y est bel et bien originellement constituée ou s’y constitue, mais sur un objectif précis et limité, qui fut le renversement des dictatures militaires et leur remplacement par des régimes "démocratiques" Rappelons en outre l’élément particulier à ces pays : ce sont précisément les secteurs monopolistes de la bourgeoisie intérieure qui ont été les fers de lance de son opposition progressive à ces régimes, entraînant avec eux les secteurs du capital non monopoliste.

Là un premier problème se pose - à vrai dire, secondaire : les organisations principales de résistance des masses populaires, en particulier les partis communistes, ont-ils eu raison d’accepter, comme ce fut le cas pour tous, une alliance avec les bourgeoisies intérieures, soit ouvertement formulée, soit de fait, avec pour objectif précis et limité le seul renversement de ces régimes. LA réponse est incontestablement affirmative. Pour abattre le fascisme, comme le disait justement Trotsky, il faut s’allier même avec le diable. Ce qu’il faut bien voir, c’est que progressivement, au sein de la majeure partie de la résistance, les divergences ne portaient plus guère, à cet égard sur le point de savoir si nous devrions faire une alliance tactique, mais si nous pouvions la faire, c’est à dire, si nous n’étions pas en train de courir après des fantômes : la bourgeoisie intérieure pouvait-elle être un allié ne serait-ce que sur cet objectif précis et limité, autrement dit, ses intérêts la portaient-ils bien vers un renversement du régime ? La réponse était loin de paraître évidente à tout le monde. Les faits ont montré que, dans la conjoncture de ces pays, c’était bel et bien le cas.

Le deuxième point est autrement plus important, et je le signale dès maintenant : sous l’hégémonie de qui cette alliance se fait-elle ? Inutile de se voiler la face : dans la conjoncture de renversement de ces régimes, elle s’est faite ou se fait sous l’hégémonie de la bourgeoisie intérieure, soit de façon nette, directe (Grèce, Espagne) soit pour le moment encore mais sous d’autres formes et de façon autrement plus hésitante et contestée (Portugal). Cela veut dire en clair que, même si cette bourgeoisie n’a pas la direction effective des luttes, et même si le renversement des régimes favorise considérablement les luttes, présentes et futures des masses populaires, le processus se développe jusqu’ici, dans une large mesure sinon pour l’essentiel, au profit de ses intérêts politiques. Corollaire inévitable : il n’y a pas eu de télescopage du processus de démocratisation et d’un processus de transition au socialisme et de libération nationale.

Ce qui, à son tour, pose une autre question : ce télescopage était-il ,dans la conjoncture mondiale et les données objectives de ces pays, seulement possible, ou alors -en revanche, et pis encore- l’enclenchement du processus de démocratisation ne devenait-il possible que dans la mesure précisément ou ce télescopage (c’est à dire l’économie d’une étape propre de démocratisation) était exclu ? Autrement dit, en termes politiques, dans l’articulation, au sein de ces pays des contradictions dépendance impérialiste/libération nationale, capitalisme/socialisme, dictature/démocratie, n’était-ce pas bel et bien cette dernière contradiction qui, en raison d’une part des nouvelles réalités de classe qu’elle recouvrait, d’autre part de l’échec relatif de la classe ouvrière et de ses organisations dans leur rôle hégémonique au sein de cette conjoncture, devenait progressivement la contradiction principale pour les débuts du processus de démocratisation ? (...)

Il est évident que cette démocratisation est autrement plus radicale si elle se fait - même sans télescopage de "l’étape démocratique" et de "l’étape socialiste"- dans un processus prolongé et ininterrompu par étapes, sous l’hégémonie et la direction effective de la classe ouvrière. Autrement dit, les formes de régime "démocratique" qui remplacent les dictatures risquent de rester longtemps hypothéquées par la façon dont ces régimes sont renversés. Hypothèque qui pèse encore pour l’instant sur le mouvement ouvrier : si le renversement de ces régimes est, ou sera, une conquête, considérable à plus ou moins long terme, du mouvement ouvrier, il est en même temps, il ne faut pas se leurrer, une victoire de cette bourgeoisie qui, en quelque sorte, en sort provisoirement renforcée. Situation qui contribue à l’instabilité caractéristique du processus de démocratisation dans ces pays."



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Commentaires de l'article
Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 08h23 - Posté par Copas - 66bfc38b8c5a1c0c...

Il est évident que cette démocratisation est autrement plus radicale si elle se fait - même sans télescopage de "l’étape démocratique" et de "l’étape socialiste"- dans un processus prolongé et ininterrompu par étapes, sous l’hégémonie et la direction effective de la classe ouvrière.

ça porte un autre nom, ce processus...



Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 09h18 - Posté par 79203a80077424a8...

Oui et il le dit ailleurs.

Et souvent.

Ça s’appelle une révolution.


Extraits "La crise des dictatures ; Portugal, Grèce, Espagne", Nicos POULANTZAS, Maspero, 1975.
31 janvier 2011 - 12h06 - Posté par guillot - a6a9603a67822ad9...

Le processus de "revolution ininterrompue par étape", c’est quoi ?

Cela s’appelle une révolution permanente pour résumer : transcroissance de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste. Et la description de ce processus ne date pas de Nicos Poulantzas, ni même la "révolution permanente", expression que l’on retrouve chez Trotsky il y a un siècle mais surtout chez Karl Marx dès 1858.

Le mot "étape" permet surtout de justifier des "pauses" dans le processus révolutionaire, à l’exemple des réformistes staliniens pendant la guerre d’Espagne en 1936-38 (entre autre)





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de : JVA
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retour de gaza
lundi 17 - 09h27
de : hdm
Une journée-démarrage à la française (zaz)
lundi 17 - 08h21
de : Ocséna, contre le système-ENA
4 commentaires
Villeneuve sur Lot les abstentionnistes gagnent l’élection législative
lundi 17 - 01h50
de : lili-oto
9 commentaires
Turquie : "Erdogan est un diviseur"
lundi 17 - 01h10
de : Ellen Hoffman
1 commentaire
Pour Clément : La rage au cœur, ne jamais oublier, ne jamais pardonner
lundi 17 - 00h35
de : sud sciences po
Le coup fatal est toujours porté antérieurement au crime
dimanche 16 - 23h47
1 commentaire
Bas les pattes devant les droits syndicaux ! [Education]
dimanche 16 - 22h26
de : Militant SUD Education
1 commentaire
Sécurisation de l’emploi : la loi publiée au JO.
dimanche 16 - 21h15
Fête du NPA32 et des anticapitalistes du Gers
dimanche 16 - 20h54
de : MD
1 commentaire
ce soir en turquie (video)
dimanche 16 - 20h20
de : trapik
Skins, GUD, JNR : extrême droite, le flambeau de la violence
dimanche 16 - 19h22
de : Renaud Dély
23 juin, Mobilisation antifasciste unitaire : la direction confédérale CGT choisit de ne pas s’y joindre !
dimanche 16 - 18h46
16 commentaires

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La critique de la religion aboutit à cet enseignement que l'homme est l'être suprême pour l'homme, c'est-à-dire à l'impératif catégorique de renverser tous les rapports sociaux qui font de l'homme un être humilié, asservi, abandonné, méprisable... Karl Marx
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DAZIBAO
La fin de l’Orchestre National de Grèce .... (+vidéo)
lundi 17 juin
de LL
3 commentaires
L’Orchestre National de Grèce a joué Vendredi son dernier concert en direct d’une ERT qui retransmettait envers et contre toutes les restrictions, avec des centaines de personnes qui écoutaient dehors, ce dernier concert, tétanisés, émus aux larmes.... Il n’y a plus de budget pour la musique classique...(il y en a toujours pour les chars et les canons...) Totalement bouleversant (le morceau de Sir Elgar, "Nimrod" tiré des Enigma Variations est particulièrement bien (...)
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23 juin, Mobilisation antifasciste unitaire : la direction confédérale CGT choisit de ne pas s’y joindre !
dimanche 16 juin
16 commentaires
Suite à l’agression mortelle du militant antifacsiste et libertaire Clément Méric, à l’émotion et à la colère légitimes suscitées par ce nouvel accès de violence des groupsucules d’extrême droite, de nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives ont décidé d’appeler le dimanche 23 juin à une vaste mobilisation antifasciste. Le contenu de l’appel unitaire (voir ci dessous et Le Lien ici) met en cause à la fois les discours trompeurs (...)
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Istanbul, concert en Pl. Taksim , le pianiste Yiğit Özatalay joue "Bella Ciao », sous les acclamations de la foule (vidéo)
vendredi 14 juin
de Collectif Bellaciao
1 commentaire
Istanbul, Taksim concert, le pianiste turc Yiğit Özatalay et son collègue David Hammer, chante "Bella Ciao", la foule l’accompagne. "Bella Ciao" version turque, dans ces dernières années est devenu un symbole de la résistance et la lutte pour le droits et les libertés.
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ERT continue d’émettre contre l’avis du gouvernement Grec (live vidéo ici)
vendredi 14 juin
de Collectif Bellaciao
L’ ERT est aussi sur le canal 555 de la Freebox et diffuse les évènements autour de la mobilisation en Grêce en direct. Vous pouvez également suivre l’ensemble des évènements concernant la fermeture ou la poursuite de la chaîne sur Twitter avec le hashtag #OccupyERT.
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Pour un mouvement antifasciste europeen avant qu’il ne soit trop tard...
jeudi 13 juin
de Giorgos MITRALIAS
7 commentaires
Pour un mouvement antifasciste européen avant qu’il ne soit trop tard… par Yorgos MITRALIAS (Athènes, 23 Mai 2013) L’approfondissement et la généralisation de la crise à –presque- toute l’Europe Unie fait qu’il soit désormais possible d’appréhender non seulement la dynamique et les caractéristiques de cette crise, mais aussi les taches que devrait assumer en toute priorité la gauche qui ne se rend pas et persiste à résister. 1. C’est ainsi (...)
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Une énième preuve des TRES mauvaises fréquentations d’Etienne CHOUARD
dimanche 9 juin
de WatchMen
9 commentaires
Malgré l’inlassable travail de fond de nombreux collectifs antifascistes, divers et variés, sur telle ou telle personnalité supposée "de goche radicale" mais présentant en réalité des proximités troublantes (hm hm) avec l’extrême droite..... il y a toujours des tas de gens "à la gauche de la gauche" (sic) pour croire (ou faire croire) de bonne ou de mauvaise foi (peu importe) qu’Etienne Chouard (pour le cas présent) est un brave garçon qui ne ferait pas de mal à une (...)
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N. Arthaud LO "L’arme des travailleurs c’est la grève ; la lutte, ça se prépare."
mercredi 29 mai
de Lutte de classe
7 commentaires
Allocution de Nathalie Arthaud le dimanche 19 mai 2013 à la fête de Lutte Ouvrière (Presles) "Travailleuses, travailleurs, camarades et amis, je vous souhaite la bienvenue à la fête de Lutte Ouvrière. La journée est pluvieuse mais j’espère que la fraternité et la bonne humeur la rendent plus chaleureuse. Le gouvernement Hollande a un an et il a perdu tout crédit dans les classes populaires. Tous ceux qui croyaient qu’avec Hollande, cela ne pouvait pas être pire qu’avec (...)
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Rosa LUXEMBURG : "Un devoir d’honneur" (sur les prisonniers de droit commun)
jeudi 23 mai
de via LL
2 commentaires
NB : Je poste ici ce texte pour alimenter la réflexion générale et en particulier celle que suscite chez moi la nouvelle de l’arrestation de camarades de la CGT de Roanne (à qui j’adresse tout mon soutien), pour rappeler une chose qui me semble évidente : les pratiques dénoncées à juste titre quand elles frappent des syndicalistes sont celles que connaissent TOUS les citoyens (et non citoyens, n’en parlons pas) impliqués de près ou de loin dans des infractions, des délit (...)
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La Fête de Lutte Ouvrière à Presles (95) 18, 19 et 20 mai 2013
lundi 13 mai
de Lutte Ouvrière
2013, L’ANNÉE DES NOUVEAUTÉS ! Cette année, la fête fait peau neuve ! Partout, apparaîtront de nouveaux stands et de nouvelles attractions, comme la Cité des Arts, Aux temps de la préhistoire, la zone du Nouveau Monde... et bien d’autres encore ! Ce site lui-même s’est enrichi, vous proposant par exemple, classé par ordre chronologique, un programme complet vous permettant de voir d’un seul coup d’oeil (presque) toutes les animations de la Fête. Alors, en (...)
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"Timira" - rencontre avec Wu Ming 2
jeudi 2 mai
2 commentaires
Le Collectif Bellaciao va participer a cet rencontre. MARCOVALDO est au 61, rue Charlot - 75003 - Paris samedi 11 mai à 19h Nouveau rendez-vous avec l’écriture collective : Wu Ming 2 discutera avec Olivier Favier de son roman "Timira", qui paraîtra prochainement en français aux éditions Métailié dans la traduction de Serge Quadruppani. Timira, roman métisse, paru en Italie en 2012, est une plongée dans l’inconscient colonial et postcolonial italien. Écrit par Giovanni (...)
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L’HISTOIRE DU 1er MAI, JOURNEE INTERNATIONALE DE CELEBRATION DES LUTTES DES TRAVAILLEURS
mercredi 1er mai
de Roberto Ferrario
5 commentaires
Le XIXe siècle voit la naissance de la classe ouvrière. La prolétarisation du travail se développe au fur et à mesure que la mecanisation industriel vient remplacer les anciennes formes de production. Les employeurs sont les maîtres absolus des entreprises et les conditions de travail sont misérables. Les (...)
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Mélenchon invente le concept du militaire altermondialiste ????
mardi 30 avril
de Le moustique socratique
15 commentaires
Ce n’est pas une blague, le nouveau concept "révolutionnaire" est annoncée par le guru du PG lui même dans un bref communiqué sur son site, le souverainisme, bien sur, est encore confirmé. Dans sa "révolution citoyenne" la course a l’armement nucléaire national est la priorité... et la paix, le désarmement et la dénucléarisation sont a proscrire. Non à la liquidation de l’argument militaire de la France Austérité et atlantisme sont les maîtres mots du livre blanc de la (...)
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La CGT fera appel de la décision du TGI de Paris ! Interview exclusive Bellaciao
vendredi 26 avril
de La CGT PSA Aulnay
1 commentaire
Ce vendredi 26 avril, le Tribunal de Grande Instance de Paris a rendu son délibéré concernant l’assignation de la CGT contre le plan de 11 200 suppressions d’emplois. Le Tribunal de Grande instance de Paris a donné raison à l’employeur considérant que ce dernier pouvait présenter deux plans de sauvegarde de l’emploi sur des périmètres distincts dans un exercice qui consiste d’avantage à reprendre les arguments de l’employeur qu’à critiquer les (...)
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PSA lecture publique du délibéré sur le PSE ce vendredi à 14h Palais de Justice (video)
vendredi 26 avril
de La CGT PSA Aulnay
Vendredi 26 avril à 14h : Délibéré de l’assignation de la CGT contre le plan de 11 200 suppressions Ce vendredi 26 avril, le Tribunal de Grande Instance de Paris rendra son délibéré concernant l’assignation portée par tous les syndicats CGT du groupe PSA et soutenue par la Fédération CGT de la Métallurgie contre le plan de 11 200 suppressions d’emplois de la direction de PSA. A 14h, L’avocate de la CGT, Maître Marie-Laure Dufresne Castets, accompagnés par les (...)
Lire la suite
Italie : 25 avril 1945 la libération, femmes dans la Résistance videos + photos
jeudi 25 avril
de Roberto Ferrario
2 commentaires
Les femmes ont participé activement à la Résistance en Italie et payé un prix élevé. Elles furent 623 à tomber au combat ou tuées en représailles ; 4600 furent arrêtées, jugées et torturées, 2750 déportées dans les camps de concentration. Sur 250 mille activistes, 75 mille furent des femmes dans les Groupes de défense féminins et 30 mille dans les forces combattantes. Le 25 avril 1945, les partisans libèrent Milan de l’occupation des nazis et des fascistes. Même la population civile (...)
Lire la suite