En soutien à Mimmo Lucano, pour une Terre d’humanité

20 février, par Roberto Ferrario

De Laurent Klajnbaum

Merci à Edwy Plenel et à Médiapart, partenaire de la soirée de soutien à Mimmo Lucano qui se déroulera le 26 février 17h au Théâtre de l’Echangeur à l’occasion de la parution de Terre d’humanité/un chœur pour Mimmo.

Vous pourrez lire ci-dessous l’article d’Edwy Plenel paru sur son blog ainsi que sa préface du livre.

► Tous les renseignements pratiques pour la soirée de soutien du 26 février à 17h à l’Echangeur de Bagnolet : https://lechangeur.org/programmatio...
► Commander le livre : https://nc.lapopinc.net/s/RZa5AAfAg...
► Signer la pétition : https://www.change.org/p/mario-drag...


En soutien à Mimmo Lucano, pour une Terre d’humanité

Un chœur d’auteurs et d’artistes publie un livre de soutien à Mimmo Lucano, l’ex-maire de Riace en Italie, condamné à treize années de prison pour son engagement auprès des exilé·e·s et réfugié·e·s. Mediapart en est partenaire et vous invite à la soirée de soutien organisée samedi 26 février à Bagnolet par le Théâtre de l’Échangeur de Bagnolet (Seine Saint-Denis).

Samedi 26 février à 17 heures, le Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet (Seine Saint-Denis) organise une mise en espace et en musique de textes issus de Terre d’humanité, un chœur pour Mimmo (tous les renseignements pratiques sont ici). Publié au Merle moqueur (on peut le commander en ligne ici), ce livre-manifeste est né d’une pétition en soutien à l’ancien maire de Riace après sa condamnation en seconde instance à treize ans de prison pour son engagement auprès des demandeurs de refuge. Au nom de Mediapart, qui est partenaire de cette initiative, j’ai préfacé ce recueil collectif, préface que je publie sur ce blog pour vous inviter à rejoindre et soutenir cette mobilisation citoyenne.

Pour une Terre d’humanité - Edwy Plenel - Préface à Terre d’humanité

Pendant quatorze ans, de juin 2004 à octobre 2018, Domenico Lucano, que l’on prénomme Mimmo, a été maire de Riace, une commune de Calabre, dans le sud de l’Italie, au bout de la botte de la péninsule, non loin de la Sicile. En septembre 2021, il a été condamné en seconde instance à treize années de prison et à une pénalité financière de 500 000 euros en raison de son engagement auprès des migrants, exilés et réfugiés qu’il a décidé d’accueillir dans son village, les soutenant, et les aidant, quitte à parfois contrevenir à des législations inhospitalières dont l’inspiration xénophobe blesse les solidarités élémentaires.

Plus d’une décennie de prison ferme et un demi-million d’amende pour avoir défendu l’asile, la solidarité et l’hospitalité : la démesure de la peine qui frappe Mimmo Lucano est proportionnelle à ce qu’elle voudrait conjurer. Car elle ne se contente pas de frapper un homme : elle cherche à éradiquer un principe.

Renouvelant l’affrontement d’Antigone et Créon, le maire de Riace s’est dressé contre des lois injustes qui piétinent des droits fondamentaux. Ce faisant, il sauve l’âme de l’Europe quand ses juges l’égarent dans le reniement d’elle-même. Après tout, le 7 décembre 2000, l’Union européenne ne s’est-elle pas dotée d’une Charte des droits fondamentaux où elle proclame se fonder « sur des valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité » ?

Ce sont ces valeurs que défendent, dans toute l’Europe, à l’instar de Mimmo, les hospitaliers et les solidaires qui s’engagent et s’activent, sur toutes ses frontières, maritimes et terrestres, en mer comme en montagne, à la campagne comme en ville, pour venir au secours des hommes, des femmes et des enfants qui se déplacent pour fuir des malheurs, trouver une espérance, échapper à la fatalité et inventer une destinée. Sauver les migrants, c’est nous sauver nous-mêmes, disent-ils et démontrent-ils. Le réalisme est de leur côté quand l’irresponsabilité est de celui d’une Europe qui, à l’approche des demandeurs de refuge, se barricade, les rejette et les réprime.

En fermant ses portes aux humanités migrantes, cette Europe-là ouvre grand la porte à l’ennemi contre lequel elle a prétendu exister, se dresser et s’affirmer : l’extrême-droite en ses divers atours nationaux, mélangeant nationalisme exacerbé, fascisme réhabilité et pétainisme restauré. Le socle idéologique de cette dernière est la haine de l’égalité. Or les politiques anti-migratoires font la pédagogie de l’inégalité naturelle, installant une hiérarchie des humanités par la promotion de la préférence nationale. Elles nous accoutument à l’abandon du principe qui fonde l’espérance émancipatrice ayant permis nos conquêtes démocratiques et sociales : l’égalité des droits – droit d’en avoir, droit d’en revendiquer, droit d’en conquérir, droit d’en défendre – sans distinction d’origine, de naissance, de condition, de nation, d’identité, de culture, de religion, de croyance, d’apparence, de race, de sexe, de genre, etc.

Transformer les migrants étrangers en menaces pour les peuples nationaux, ce n’est pas défendre les droits de ces derniers mais renoncer à l’égalité des droits pour tous, et par conséquent faire le jeu des intérêts qui exploitent les uns et les autres et les montent les uns contre les autres. Il est grand temps d’énoncer qu’une gauche digne de ce nom – et, au-delà, toute politique se revendiquant de l’humanité et de ses droits naturels – ne peut aujourd’hui que défendre l’accueil des migrants comme une politique juste et réaliste.

De la même manière qu’hier, un peuple qui acceptait d’en opprimer un autre ne pouvait être libre, puisque faisant dès lors le jeu de ses maîtres, aujourd’hui un peuple qui accepte de rejeter l’humanité qui frappe à sa porte ne saura plus défendre sa propre humanité, parce qu’il aura accepté la remise en cause de droits fondamentaux.

Car c’est à l’occasion des obsessions sécuritaires portées par la question migratoire que nous nous habituons à l’existence de camps en Europe où l’on enferme des personnes n’ayant commis aucun délit mais simplement fait valoir un droit naturel, énoncé par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »

C’est ainsi que nous nous accoutumons à l’indifférence à nos propres droits fondamentaux : au pouvoir absolu d’un État policier, à l’enfermement de mineurs au mépris des droits de l’enfance, aux entraves à la liberté d’aller et venir, aux régressions de la liberté d’expression et du droit de contestation, à la remise en cause du droit d’asile, aux discours et aux actes xénophobes, à la criminalisation de la solidarité, au mépris de la vie humaine, à la déshumanisation de l’autre parce que, précisément, il est autre. En somme à l’arbitraire de l’inégalité, au détriment de l’exigence d’égalité.

La question des migrants n’est donc autre que la question de nous-mêmes. Se fermer aux uns, c’est se replier sur soi. Le rapport au lointain détermine notre vision du prochain. Du moins si l’on se réclame de l’émancipation, ce mouvement infini et toujours inachevé de libération des servitudes et des oppressions – ce que l’on nomme d’ordinaire la gauche. Loin de protéger nos acquis démocratiques et sociaux, toute concession aux politiques de rejet, de préférence nationale ou de frontière identitaire, fera le jeu et le lit de leur adversaire radical : l’extrême-droite inégalitaire, identitaire et autoritaire.

L’homme révolté, a écrit Albert Camus, est d’abord un homme qui dit non. Révolté par l’inhumanité des politiques migratoires européennes, le maire de Riace a dit non à l’injustice des lois pour mieux dire oui à l’égalité des droits. « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ! », conseillait Édouard Glissant, et c’est ce qu’a fait Mimmo Lucano. Le poète et philosophe, qui professait l’identité-relation contre l’identité-mur, entrevoyait au lointain l’avènement d’un nouveau monde où, « comme il y a eu des États-nations, il y aura des nations-relation, comme il y a eu des frontières qui séparent et distinguent, il y aura des frontières qui distinguent et relient, et qui ne distingueront que pour relier ». Cet augure, ajoutait-il, « suppose simplement que le temps viendra où le désir de dominer, de dicter sa loi, de bâtir son empire, la fierté d’être le plus fort, l’orgueil de détenir la vérité, seront considérés comme un des signes les plus sûrs de la barbarie à l’œuvre dans l’histoire des humanités ».

On se souviendra encore de Domenico Mimmo Lucano quand les noms de ses juges seront définitivement oubliés. Parce qu’il est l’un des artisans de ce nouveau monde à venir, où toute politique d’humanité sera une éthique de l’hospitalité. Le chœur d’écrivains et d’artistes qui, maintenant, s’avance pour lui témoigner reconnaissance et solidarité en compose, d’ores et déjà, la symphonie.

Paris, le 20 décembre 2021

https://blogs.mediapart.fr/edwy-ple...

NB : Merci à Nina Leger pour son art graphique mis au service de la conception du livre et pour cette photo qui nous donne le goût de l’avoir en main.

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