Tribune

Le choix de l’expansion des hydrocarbures relève du crime de « globocide »

8 juillet 2026 Bellaciao

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Un collectif de personnalités engagées dans la lutte contre le dérèglement climatique estime qu’une loi d’urgence est nécessaire pour arrêter le développement des énergies fossiles et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Sujalparab - Creative Commons

Dix jours de canicule en juin nous laissent collectivement traumatisés. Trop de souffrance, de deuils, de morts, mais aussi d’inconséquence et d’inanité du débat politique concernant les leçons à tirer, les ruptures à mettre en œuvre et les processus législatifs à enclencher pour prévenir l’effondrement. La douleur a été incommensurable : hôpitaux submergés, soignants exténués, patients à même le sol pour des hyperthermies, des malaises cardiaques, des insuffisances respiratoires…

Du côté des écosystèmes, nous avons assisté à une hécatombe : des pertes agricoles, une mortalité animale d’une ampleur dystopique dans les élevages, les bois, les rivières et les océans, des plantes en mode « survie », des oiseaux qui tombent du ciel… Face aux risques de feu, les pompiers se demandent comment ils vont « tenir ».
Des dizaines de millions de personnes ont vécu dans leur chair les conséquences du dérèglement climatique et guetté le retour à « la normale » .

Insultes et intimidations

Las, l’industrie fossile et des décennies d’inaction climatique ont fait voler en éclats la "norme" : le climat relativement stable que connaissait la Terre depuis 12 000 ans ne pourra pas être ressuscité, mais nous pouvons encore éviter que le monde devienne inhabitable pour des pans entiers de l’humanité. Cela nécessite deux actions urgentes : l’arrêt catégorique de l’expansion des énergies fossiles et la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre.

Tant que l’industrie fossile continuera d’ignorer les lois de la physique voulant que chaque tonne supplémentaire de CO2 dans l’atmosphère accroisse le réchauffement, tant qu’elle continuera à lancer de nouveaux projets de charbon, de gaz ou de pétrole, les événements climatiques extrêmes gagneront en intensité et en fréquence. La trajectoire de collision de nos modes de vie avec le climat et les écosystèmes est prédite et modélisée depuis des décennies. Nous vivons un « inédit » anticipable, dont l’issue est connue.
Cependant, les scientifiques qui alertent l’opinion font encore face au discrédit, aux insultes et à l’intimidation

Conscientes, depuis les années 1970, du caractère climaticide de leurs activités, les industries fossiles ont investi des milliards de dollars pour désinformer, instiller le doute et maintenir le statu quo, au prix de nos vies. A la suite de sa condamnation par la justice, le 25 juin, dans un contentieux l’opposant à des organisations non gouvernementales et à la Ville de Paris, TotalEnergies constatait, « avec satisfaction, que le tribunal judiciaire de Paris n’a pas retenu les demandes qui visaient à interdire les nouveaux projets pétroliers et gaziers ou à l’obliger à réduire sa production de pétrole et de gaz. »

Impératif moral catégorique

Chez TotalEnergies, on se réjouit donc d’avoir obtenu une extension du permis de détruire le monde. Son PDG, Patrick Pouyanné, a même déclaré, le 24 juin, jour le plus chaud de l’histoire française, qu’il investissait dans un nouveau projet fossile aux Emirats arabes unis. De telles annonces sonnent l’alarme : nous devons arrêter au plus vite les criminels climatiques qui pratiquent la politique de la terre brûlée et mettent l’humanité en danger.
Les majors fossiles affirment que nous avons besoin de pétrole et de gaz. C’est faux. Nous avons besoin d’énergie, certes, mais décarbonée.

Non contentes d’avoir combattu toutes les législations et les initiatives visant à réduire notre dépendance aux énergies fossiles, les majors pétrogazières, TotalEnergies en tête, sont désormais engagées dans l’expansion des hydrocarbures. Ce choix d’un cynisme inégalé condamne bien plus que l’humanité : il relève d’un crime d’un genre nouveau, un "globocide", qui entraîne la disparition de la biosphère telle que « globocide » nous la connaissons et la déstabilisation des conditions mêmes d’habitabilité de la planète.

Nous allons franchir, avant 2030, le seuil de 1,5 °C de réchauffement qui était l’objectif de l’accord de Paris /de 2015/ d’ici à 2100. Il nous reste quinze ans pour effectuer la bascule de notre système énergétique, en l’accompagnant de politiques de sobriété, afin de respecter les objectifs européens de réduction de 90 % des émissions d’ici à 2040, puis de neutralité carbone en 2050, tels qu’inscrits dans la loi. Pourtant, se détournant de l’humanité, TotalEnergies a choisi d’investir dans le développement des hydrocarbures dans une cinquantaine de pays et d’augmenter ses émissions au cours des années à venir. Il a choisi l’enfer. Il en résulterait le sacrifice de centaines de millions, voire de milliards de vies humaines et l’effondrement d’environ la moitié du produit intérieur brut mondial avant la fin du siècle.

Ces décisions conscientes et informées ne relèvent pas de la simple irresponsabilité, mais de la criminalité climatique. C’est un impératif moral catégorique pour les politiques que de les arrêter, et une obligation légale.
Le gouvernement et les parlementaires doivent adopter une loi d’urgence climatique qui interdise à toutes les entreprises françaises de financer et de participer à l’ouverture de nouveaux projets fossiles (charbon, pétrole, gaz), en France ou à l’étranger, qui supprime toutes les subventions aux énergies fossiles, qui interdise tout lobbying de l’industrie fossile, et qui reconnaisse le crime de « globocide ».

Il faudra encore fermer au plus vite les mines de charbon ainsi que les puits de pétrole et de gaz en cours d’exploitation, et mettre en place un fonds vert doté de 20 milliards d’euros afin d’aider les territoires à s’adapter à un climat inexorablement en surchauffe.

Le gouvernement et les parlementaires doivent protéger les citoyennes et les citoyens, et donc désarmer l’industrie fossile par une loi d’urgence climatique. Agir sur le volet de l’adaptation aux risques climatiques ne suffira pas si le robinet de la catastrophe reste ouvert en grand. Cette loi d’urgence climatique relève de notre survie collective.

Premiers signataires :

Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers ;
Julia Cagé, professeure d’économie à Sciences Po Paris ; Paul Cassia, professeur de droit public à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Christophe Cassou, climatologue, directeur de recherche au CNRS et auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ; Sophie Crozier, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, membre du Comité consultatif national d’éthique et cofondatrice du Collectif interhôpitaux ; Corinne Lepage, avocate, ancienne ministre et eurodéputée ; Valérie Masson- Delmotte, directrice de recherche IPSL-LSCE, ancienne coprésidente du groupe n° 1 du GIEC ; Vincent Munier, photographe, cinéaste et éditeur ; Claire Nouvian, fondatrice
de l’association Bloom ; Rémi Salomon, pédiatre à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

La liste complète des signataires est à retrouver sur « Lemonde.fr »

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