Les mégaconstellations de satellites sont une « expérience de géo-ingénierie » grandeur nature, selon une étude

28 mai 2026 Napakatbra

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Personne n’a jamais officiellement lancé de programme de géo‑ingénierie planétaire. Et pourtant, selon une étude publiée récemment dans Earth’s Future, quelque chose qui y ressemble furieusement a déjà commencé… sans décision politique, sans cadre scientifique ou légal, sans débat. Freestyle.

Article original publié sur Les mots ont un sens.

À l’origine, il y a l’essor fulgurant de l’industrie spatiale. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes. En 2010, à peine 1 000 satellites actifs orbitaient autour de la Terre. En 2020, ils étaient environ 3 300. Début 2025, plus de 9 000, et aujourd’hui, 15 000, dont une large majorité appartient à des mégaconstellations comme Starlink. Ce n’est qu’un début : les projets déjà autorisés pourraient porter ce nombre à plus de 60 000 satellites dans les années 2030, voire près de 100 000 si tous les programmes annoncés se concrétisent. On n’arrête pas le progrès.

Pollution en apesanteur

Ces nouveaux satellites sont conçus pour ne fonctionner que quelques années. Une fois hors service, ils sont volontairement désorbités pour se désintégrer dans l’atmosphère. À chaque étape de ce cycle, des polluants se diffusent en haute altitude. Lors des lancements, les fusées émettent du carbone suie (black carbon), dont les quantités pourraient approcher les 800 à 900 tonnes par an d’ici la fin de la décennie. Lors de leur retour funéraire, les satellites libèreront aussi plusieurs milliers de tonnes de particules métalliques tous les ans, principalement de l’aluminium, mais aussi du plomb et des oxydes métalliques. Injectées directement dans la stratosphère, ces substances échappent au lessivage par la pluie et peuvent persister pendant des années. Elles s’accumulent donc progressivement, formant une pollution diffuse mais durable, difficile, voire impossible, à éliminer.

Haute altitude à hauts risques

Leurs effets commencent à inquiéter. Ces particules absorbant le rayonnement solaire, elles réchauffent localement la haute atmosphère (*), ce qui pourrait influencer les grands courants atmosphériques, comme les jet streams, avec à la clé des effets sur la fréquence, l’intensité ou la localisation des événements météorologiques extrêmes. Les particules métalliques, elles, pourraient perturber les réactions chimiques qui régulent la couche d’ozone. À long terme, cela pourrait en altérer l’équilibre et modifier notre exposition aux rayonnements ultraviolets.

L’impact immédiat reste clairement limité. Mais c’est la dynamique qui questionne. Car cette pollution agit là où l’atmosphère est la plus sensible, et où de faibles perturbations peuvent produire des effets disproportionnés (l’effet des suies est au moins 540 fois supérieur à ces altitudes qu’au niveau du sol par exemple). À mesure que des dizaines de milliers de satellites seront lancés, utilisés puis détruits, ce qui n’est aujourd’hui qu’un signal faible pourrait devenir un facteur climatique majeur.

« Le pire n’est pas toujours sûr » (Paul Valéry)… « mais d’expérience, il est tout de même très probable » (LMOUS).

(* : Quid de la réflexion solaire, qui pourrait éventuellement affaiblir le réchauffement climatique ? Les chercheurs sont clairs : cet effet reste et restera faiblissime, il ne compensera pas le moins du monde le réchauffement climatique.)

Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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