Bellaciao
Les prisonnières de la Tour de Constance : la résistance des oubliées
Jann Halexander, artiste franco-gabonais, auteur-compositeur-interprète, vient de livrer Les prisonnières de la Tour de Constance. Ce titre, déjà disponible et intégré désormais à ses tours de chants, redonne voix à celles que le Roi-Soleil avait voulu réduire au silence.
Après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, des femmes huguenotes refusèrent d’abjurer leur foi. Elles furent enfermées dans la Tour de Constance, à Aigues-Mortes, dans des conditions d’humidité, de solitude et de privation extrêmes. Certaines y restèrent plus de trente ans. Marie Durand, symbole de cette résistance, y grava le mot « RESISTER ». Suzanne et d’autres y laissèrent leur jeunesse, leur santé, parfois leur vie. Prison d’État, « remparts du Diable », selon les mots de la chanson. Elles n’avaient pour seule arme que leur foi et l’espérance.
Halexander ne fait pas de l’histoire un décor nostalgique. Il en fait un écho présent. Les brumes d’Aigues-Mortes, les marécages de solitude, les larmes qui chantent encore : le texte est sobre, poétique, sans pathos inutile. Il refuse l’oubli. Il refuse aussi la tentation de transformer ces femmes en icônes lisses. Elles furent brisées, mais non vaincues. Leur assemblée du Désert fut noyée de sang ; leur dignité, elle, tint bon.
Cette chanson s’inscrit dans le parcours d’un artiste qui, depuis plus de vingt ans, explore les marges, les filiations, les résistances intimes et collectives. Hommages à Catherine Ribeiro, Anne Sylvestre, Pauline Julien : Halexander sait ce que signifie porter la voix de celles qui ont défié l’ordre établi. Le 14 novembre prochain, à Paris, à la Médiathèque Edmond Rostand (11 rue Nicolas Chuquet, 17e), dans le cadre du festival Monte le Son consacré aux femmes dans la musique, il présentera son spectacle ÂmeS Debout, centré sur le répertoire de Catherine Ribeiro. Accompagné de Bertrand Ferrier au piano et de Sébastyen Defiolle à la guitare, il y intégrera désormais Les prisonnières de la Tour de Constance. Un geste cohérent : Ribeiro, figure radicale de la chanson engagée, et ces prisonnières du XVIIe siècle dialoguent naturellement. Résistance, liberté de conscience, refus de se soumettre.
Dans un climat où l’on célèbre volontiers les puissants et où l’on relativise les oppressions passées pour mieux cautionner celles du présent, une telle chanson n’est pas anodine. Elle rappelle que la liberté de conscience a un prix, que les femmes ont payé ce prix dans leur chair, et que la mémoire de ces luttes n’appartient pas aux seuls historiens officiels. Elle appartient à ceux qui, aujourd’hui encore, refusent d’abjurer.
On entendait chanter les larmes des prisonnières de la Tour de Constance.
On les entend encore.
Jann Halexander les fait résonner. À nous de les écouter.
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