Abstraction piège à cons, ou comment ne pas s’étouffer de principes.

Publié le 14 avril 2023 par djef
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Lettre ouverte bifrons : à nos chers puritains de l’évolutionnisme bolchevik et de l’anarchisme degré zéro comme à l’UP qui s’apprête à frayer [dans la NUPES] avec trois petits gangs atlantistes déchus ou même jamais vraiment éclos.

Cette tribune inédite date de la période électorale de 2022, porte sur ces élections en particulier mais également sur les élections politiques en général dans la conjoncture européenne contemporaine. De manière plus large encore, elle effleure la façon dont le problème a été traité de manière multiple au sein du mouvement ouvrier officiel et officieux. Il nous a donc semblé qu’elle pourrait continuer d’être utile tant soit peu dans la séquence du mouvement français actuel contre la réforme des retraites, et contribuer à éclairer le débat séculaire au sein de la constellation anti-systémique (pour dire les choses comme Wallerstein de manière alambiquée, mais peut-être inévitable désormais) autour de l’opportunité ou non d’activer un usage tactiquement disruptif des institutions électives étatiques. Ce débat continue en réalité de ne pas faire l’unanimité. L’idée que tous les moyens sont bons sauf ceux qui terrorisent les exploités qui se soulèvent ou qui n’entravent pas ces derniers, malgré son ascendance évidemment bronsteinienne [nous évitons de dire ‘trotskiste’ non par snobisme mais pour dissiper toute suspicion de disposition de notre part fût-ce le moins du monde favorable à la considération de l’auteur russe, par ailleurs fort remarquable, comme une référence politique, ndjfgjvc] et ce que cette filiation comporte à juste titre de charge répulsive, aimante cette tribune résolument. Depuis la rédaction de cette dernière, l’on nous a rapporté que certaines aires du zadisme s’étaient ralliées au vote Mélenchon lors de la présidentielle. Notons qu’il n’aura pas été possible de conclure à l’échec de pareille manoeuvre dès lors qu’elle n’aboutit pas même au premier résultat escompté, celui de la seule victoire électorale. Relevons pour finir cette notice le croustillant de ce que ce soit de la nouvelle ultra-gauche que provient la prise au sérieux de pareille manœuvre, alors qu’une certaine extrême-gauche très classiquement sociologisante, militant plutôt dans la théorie, et qui court de Badiou à Bégaudeau, se pince le nez de dépit à sa seule évocation (comme Bordiga ou encore la vieille ultra-gauche anti-léniniste) en allant parfois jusqu’à justifier ce rejet en long et en large (cf. Comment s’occuper un dimanche d’élection, publié par une maison… plutôt ultra).

Cette lettre eût pu s’écrire dès avant la présidentielle, mais reste utile en vue des législatives, parce qu’à délire Macropénien retombé, bis repetita non placent et que les mêmes crétins ou salauds, comme disait Veblen des amateurs de progrès, s’apprêtent à refaire les mêmes âneries – sans compter celle de l’UP, qui, aux dernières nouvelles fricoterait avec les agents eur-atlantistes libérogressistes du clan Roussidalgo-Jadot. Ce serait la ruine de l’UP, crois-nous Méluche, pour nous qui voulons l’atterrissage piloté, d’abord à une échelle limitée, puisqu’il faut commencer par un territoire quelconque, n’est-ce pas Gramsci, de ce régime global de désertification accélérée et ce, alors qu’il n’en est déjà plus vraiment temps : le cauchemar thermo-extractiviste moderne pourrait être notre dernier rêve éveillé. À moins bien entendu que, sur le programme, tout ce beau personnel d’État rotatif purement endogène soit mis genou à terre, ce qui semble-t-il, a effectivement commencé d’être le cas, à l’heure où ce se récrivent ces lignes [la première version date du 1er mai, ndjfgjvc], que faire de ces débris d’appareils, de ces épaves de cliques, de ces porte-serviettes naguère ? Voilà pour l’UP. La logique d’alliance touche ici à des limites absolues. Il n’y a pas d’ennemis communs aux transformateurs de tout bord anti-capitaliste et à ces bandits. Ils font partie du problème, eût dit Meinhof. Veut-on (à la chinoise ?) s’allier provisoirement à qui l’on veut abattre ultimement ? Pourquoi pas. Il faut s’allier l’immédiatement alliable, et l’immédiatement alliable est, « notre ennemi commun le capital » [selon le titre de Michéa, ndjfgjvc], quelle que soit la définition que l’allié donne du vocable (à part la définition du fascisme ‘autonome’, qui croit supprimer le capital en chevauchant la bourgeoisie sans la liquider comme classe). Même les partis d’ouvriers contents de travailler pour des équipementiers automobiles, ricaneront nos amis zadistes, Yves Cochet et la deep green resistance ? Plus vraisemblablement, en tout cas, oui, que des cliques mondialistes traditionnelles en voie de disparition – sauf, encore une fois, abdication pleine et entière de leur part quant au fond du programme. En tout cas, à défaut de s’allier les appareils, ce sont les électeurs des uns – NPA, LO – et des autres – égarés un peu comme Sandrine Rousseau et Batho dans les rangs de gangs déchus (ou jamais vraiment éclos, comme EELV) – qu’il faut gagner au bloc UP [Ce 9 mai, les conditions posées ci-dessus au renoncement à notre désaveu sont réalisées : la NUPES est un coup de maître. Les cliques embarquées, au lieu de végéter dans l’insignifiance (EELV, PC) ou de risquer de perdre leur belle députation nationale en prenant un bouillon aux législatives comparable à celui des présidentielles (PS), choisissent d’aller au gouvernement - en échange d’une capitulation complète sur le contenu. Le dégoût palpable d’une part d’électeurs LFIstes doit se surmonter rationnellement. Si LFI embarque toute cette canaille libérale-patronale euro-atlantiste en échange de la déglutition sans mastication de son programme, c’est qu’elle escompte un effet d’entraînement aux législatives sur les abstentionnistes – qu’on a de bonnes raisons de ne pas situer à l’ultra-droite : celle-ci a ses partis, et d’autant plus massifs que d’ores et déjà alliés. Pari risqué, certes, mais nous ne sommes pas en mathématique. Risqué en raison du dégoût tout juste évoqué et bien prévisible chez les électeurs LFIstes. Poutou en donne déjà l’exemple : « le PS ? Jamais ! ». Mais quelle idiotie : 1. pourquoi pas la même indignation face à EELV et au PC ? ; 2. c’est d’un PS (et d’EELV, de PC) complètement énucléés, vidés de leur substance, auto-reniés quant au fond qu’il s’agit ! Les abstentionnistes naguère devraient donc être aspirés : s’ils regrettaient la désunion de la gauche radicale, ils voient certes que LO et NPA ne figurent pas dans la NUPES, mais ils devraient voir que si ces gangsters libéraux figurent dans l’union, c’est au prix de volte-faces historiques. Autrement dit, nous aurons un effet free rider négatif, une boucle vertueuse : ils iront voter parce que les autres iront voter. Et pourquoi les autres iraient-ils ? Eh bien parce que la défaite n’est plus la loi ! Parce que les ennemis d’hier se sont ralliés ! Que des idées de rupture du statu quo crépusculaire et apocalyptique ont une chance de gouverner ! Et si les obtus des trois cliques se raidissaient, renâclaient et reculaient ? Le gain net des apports ‘abstentionnistes’ serait positif, déduction faite de la défection de tous ces électeurs contents de la gauche de gouvernement – qui ne gouverne même plus, ndjfgjvc]. Tout en essayant de ne pas effrayer les autres outre mesure, côté salle oblige.

Quant aux autres, anars de base et bolcheviks, il serait temps de vous aviser que la pureté tue, y compris et surtout celle des principes. Le choix et l’usage des armes, qui sont hélas, oui ! celles de l’adversaire, comme le très content Bégaudeau vient d’en faire la découverte épocale (avec son heideggero-luhmannien « les électeurs votent pour les élections »), est toujours affaire de circonstances. Dans la perspective de la transformation sociale, qu’on appelait unanimement ‘révolution’ naguère et que l’on pourrait recommencer d’appeler de ce nom à condition d’en inverser les valences modernistes-évolutionnistes, (à peu près) tous les moyens sont bons, peuvent l’être du moins, y compris les élections. Au point où nous en sommes.

Cela, qui est pour nos amis anars de base, nos bolcheviks aussi l’ont compris, mais leur obsession puritaine est ailleurs : pas-d’alliance-avec-les-réformistes ! Mais oui ! L’UP est un ramassis de sociaux-démocrates, c’est un fait !, mais de sociaux-démocrates sincèrement désireux de changements profonds, fût-ce sur le seul plan de la distribution du revenu, comme Kautsky-Pannekoek-Rosa en leur temps, comme Lénine, ce social-démocrate russe (POSDR, son parti, voulait dire ‘social-démocrate’). Même si du point de vue d’une stratégie de sortie de civilisation, qui ne peut être qu’atterrissage piloté de ce règne universellement installé de la marchandise et donc de la marchandise industrielle, bref, que débranchement raisonné de la mégamachine, ils ne sont pas à la pointe, c’est le moins qu’on puisse dire. Bien plus, cependant, que vous, ‘camarades’ léninistes qui chérissez les cheminées de bagnes disparus dans le Nord du monde (ou peu s’en faut) ! Notre révolution n’est pas la vôtre, dirait Longchampt, mais elle reste un commun dénominateur utile. Elle sert d’abord à dégager le personnel d’État, de l’État-du-capital, qu’il y a désormais toute urgence à dégager : même le GIEC et Jancovici ne cessent de s’y époumoner entre les lignes (sans parler de Keller, Bihouix, Barrau, et tant d’autres experts qui jouent enfin aux intellectuels, c’est-à-dire aux ‘irresponsables’). Mais chez vous, qui vous gargarisez pourtant de savante stratégie marxiste, c’est plutôt le défaut de tout sens élémentaire de l’alliance tactique qui brille d’un sinistre éclat. Arc-boutés sur les ‘principes’, vous démontrez d’ignorer totalement ce qu’alliance tactique veut dire. Seriez-vous agents directs de la CIA, vous n’agiriez pas autrement.

Un peu d’histoire pour les uns (« abstention-piège-à-cons ») et pour les autres (« pas d’alliance tactique, stade suprême de la tactique ») ? Sous Allende, le MIR, milice révolutionnaire, apporte son soutien (critique, certes) au gouvernement chilien. En 1936, les anarchistes espagnols appellent à voter pour le front populaire, qui n’est pas le leur. Dans les années 70, la gauche extra-parlementaire italienne, pas exactement réformiste, conflue dans Democrazia proletaria, qui se présente aux élections de 1979. Lénine lui-même aurait voté UP au premier tour de cette gauloise présidentielle, comme aux futures législatives, en l’absence de tout parti autonome ! N’a-t-il pas adhéré à un POSDR qu’il n’a pas fondé avant de s’en séparer pour fonder un parti bolchévik séparé ? Eh bien le parti de la sortie de civilisation thermo-industrielle n’existe pas encore, convenons-en ; il n’a pas encore de programme, du moins, et il serait temps. Mais servons-nous de ce qui existe, bon sang ! Cela, les NPistes de gauche et LO ne le comprendront jamais, qui sont plutôt des idiots que des salauds, mais certainement des idiots infiltrés par les salauds (pour être idiots à ce point).

Revenons aux enseignements de l’histoire : 1. usage tactique des élections, donc, 2. alliances tactiques avec des gouvernements élus, et 3. alliances tactiques en vue de listes électorales communes. Voilà ce que nous enseigne la bonne tradition historique. Serions-nous tous devenus sots ? « Mais il n’y eut là qu’échecs ! » C’est évidemment ce que nos belles âmes aux mains pures (rouges ou noires, donc) nous rétorqueront en choeur – pour une fois ! Souvenons-nous tout de même que la poussée du mouvement en direction du gouvernement fonctionna aussi en sens inverse. Il n’y a pas de fatalité au verrouillage par effet d’enceinte d’une poussée disruptive montée jusqu’au gouvernement. En réponse au coup de Franco, le gouvernement de front populaire ouvre grand ses arsenaux à la révolution qui se met à dérouler dans les campagnes à bride abattue, lui donnant en retour une impulsion décisive après avoir été porté par elle ; l’effet officiel est ici multiplicateur – avant d’être diviseur certes et que l’État républicain ne s’engage dans cette fatale embardée que fut la volte-face stalino-progressiste de 1937. Au Chili, c’est d’avoir anticipé le coup militaire qui pousse les organisations de base à réclamer des armes qui ne viendront jamais, sans doute ; mais là aussi, si elles poussent le gouvernement à approfondir la révolution, c’est qu’elles lui font encore largement confiance. Jusqu’à la liquidation des enragés et des exagérés hébertistes par le comité de salut public Robespierre, ce dernier était, au coeur du pouvoir, le champion des fractions vraiment décidées de la révolution. Arrêtons là cette énumération.

Nos amis collapsologues, ZADistes, totos, deep ecologists, anarchistes bucoliques, communistes pastoraux et municipaux, municipalistes libertaires et autres éco-communalistes nous demanderont : mais pourquoi tant d’emprunts à la mémoire d’un mouvement ouvrier presque entièrement dominé par la vision bourgeoise de l’histoire moderne peinte en rouge, ce marxisme momifié de manuel scolaire qui tombe justement en poussière ? Loin de nous l’idée qu’un gouvernement UP soit capable d’affronter l’urgence de la situation avec toute la rigueur nécessaire, ne fût-ce que parce que l’isolement international lui serait probablement fatal, ou à tout le moins que ce gouvernement devrait compter sur un soutien étranger quant à lui extrêmement improbable. Mais ce n’est pas ce qui compte car cela ne compte que sur la papier, abstraction faite des effets dérivés qu’induirait ce changement en question. Ce qui compte n’est pas comme le croit ce pauvre Poutou que nous soyons d’accord en tout avec une équipe capable de gagner les élections et d’apporter des changements significatifs dans une atmosphère de fin du monde. Ce que ces histoires tout juste évoquées nous enseignent, c’est qu’un changement de gouvernement tant soit peu disruptif, porteur d’une différence significative dans un concert autrement monotone et atone, est capable d’installer un climat où langues, mains et idées se délieraient de toutes parts plus ou moins rapidement mais sûrement, qu’il en résulterait une capacité de pression accrue sur ce gouvernement du côté de porteurs de moins en moins minoritaires d’affects joyeux de moins en moins rares et de plus en plus intenses.

Dans un monde où l’UP n’existerait pas, l’abstention en toute circonstance se justifierait amplement. Au concert mono-chrome d’équipes politiques entièrement fonctionnelles à la gestion des décombres s’imposerait le devoir de ne pas assister. Le personnel gris uni des sigisbées du pouvoir ne mérite pas l’attention et l’UP est un parti-État potentiel sans doute, mais il a la vertu, encore une fois, d’introduire une différence significative dans le débat politique, capable d’(e contribuer à ré-) installer un climat de flottement et d’effervescence dans l’opinion, et de porter de manière anomale un projet de transition post-industrielle qui, pour insuffisant qu’il soit, d’un point de vue qui interprète autrement et sans doute de manière beaucoup plus suspicieuse la nature du capitalisme, se propose de prendre à rebours les missions traditionnellement dévolues à l’État-du-capital-et-pour-le-capital. En outre, le retentissement international d’une telle embardée au niveau des institutions officielles d’une ‘puissance’ telle que le France ne manquerait pas d’être considérable, et l’onde de choc qui en résulterait ne laisserait pas intactes les constellations mentales des formations politiques et sociales anti-systémiques de tout bord dans le monde entier, ni leurs élans respectifs.

Se proposer de rompre, comme le fait l’UP, c’est déjà beaucoup, et si à nos yeux la rupture implique bien davantage que des politiques de redistribution, l’adhésion de l’UP à un certain éco-socialisme atteste assez qu’elle en a saisi, de cette rupture à accomplir, la dimension proprement qualitative, même si encore une fois sa tonalité ‘désindustrielle’ – à supposer qu’elle existe - est amuïe soit par conviction que le progrès n’a pas dit son dernier mot, ce qui est à notre sens irrecevable quant au fond mais peu important dans la conjoncture actuelle, soit par souci tactique de ménagement du côté ‘salle’ par opposition au côté ‘cuisine’ : après tout, tempérer le propos du côté ‘salle’ pour faire accroire à un changement radical sans sortie de civilisation serait de bonne guerre et le seul moyen de conquérir rapidement une hégémonie relative : les bobos hésitants tiennent à leurs city trips en avion et les franges le plus subordonnées du prolo pas décidé, à ses usines bien fumantes bien que bien disparues. Quoi qu’il en soit, si les dernières fumeroles rougeâtres du modernisme parviennent à nous débarrasser le plancher de la classe qui se trouve précisément au commandes du désastre moderniste, ce ne serait pas un mince résultat, quelque improbable qu’il soit. Pour la constellation anti-systémique, contribuer à ‘envoyer aux affaires’ un tel personnel politique sans mandat impératif, sans programme de démantèlement, sans parler de l’hégémonie inexistante d’une pareille perspective, mais sans reculer d’un pouce sur la nécessité d’un tel mandat-programme ni sur le martèlement public d’une telle nécessité – contribuer de cette façon à un tel changement significativement disruptif du personnel d’État rotatif, ne fût-ce qu’un temps et par les temps qui courent, foutrait d’emblée un certain bazar et un bazar certain. Comme disait un guérilléro chinois du XXe siècle, le désordre serait grand sous le soleil, et la situation en serait par conséquent excellente.

3 mai 2022

Jonas Vigna Carafe & Jeanfrançois Gava

Messages

  • pour les besoins d’une publication non inutilement chronophage, tous les italiques présents dans le fichier d’origine ont été mangés par le présent layout et nous avons préféré ne pas perdre notre temps à les réinstaller manuellement un à un. Nos excuses pour ce manque de goût.
    jfg & jvc

  • Bref et sans me la peter intello avec des phrases à tiroirs :
    refaire 1982,la gauche plurielle ,Syriza .ho la la quelle disruption ! Le capital a tremblé,on a vu ça ! Et le pen au deuxième tour.
    Belle tactique ? On recommence ? Non merci.
    au fait à part les élections vous avez pas une autre solution pour notre classe ?
    luttes,greves, etc ca vous parle ?

  • faut pas vous fâcher comme ça mon petit prolo ! je sais qu’on me dit depuis 30 ans que je devrais éclaircir le propos, je fesse ce que je peux mais manifestement pas moyen. Je n’ai jamais dit évidemment que les élections étaient la solution, ça n’importe quel clampin peut le dire, une connerie pareille, mais pour s’en et vous en rendre compte il faut se farcir patiemment les phrases à tiroir d’intellectuels qui ne font pas que se la péter figurez-vous parce la pensée un peu créative ça évite difficilement les phrases à tiroir et que ces intellectuels ne sont pas tous putains du capital et de ses institutions ronronnantes et absurdes comme la recherche professionnelle qui ne le sert même pas, le capital, où les experts ne parlent qu’à eux-mêmes dans l’indifférence environnante générale. Non, ce n’est pas pour se la péter qu’on se fait virer de la vie académique et qu’on continue de trahir sa mission toute tracée d’éduqué bac plus plus pendant 30 ans pour bosser à une pensée de libération dont les intéressés potentiels restent potentiels, et ce ne sont pas les experts professionnels mentionnés plus haut. alors la censure du silence j’ai comme commencé d’apprendre à gérer, par contre, pardon, mais de recevoir en guise d’unique réaction annuelle un message de défiance vénère, là ça passe difficilement.

    Je dis seulement que tous les moyens sont bons même les plus insoupçonnés parce que nous ne savons rien du futur, tout a échoué, il faut donc aller le chercher ce futur, et pourquoi pas avec les moyens les plus abracadabrants. Donc les élections : NON ce n’est pas le moyen miracle et certainement pas le moyen avant-dernier mais c’est peut-être un moyen très intermédiaire à condition de s’en servir avec grande précaution, d’où mon évocation dans ce papier de l’expérience MIR-Allende au Chili et du soutien anarchiste au Front populaire espagnol de 1936. ça s’appelle soutien armé, relativement extérieur et critique au gouvernement - mais ça suppose en effet un moyen de pression dont les prolos occidentaux de 2023 qui souffrent d’économiser un macdo pour leurs zenfants (si si je l’ai entendu dans un reportage de rue pendant la mobilisation anti-réforme des retraites) ou une plage à torremolinos l’été prochain - sont privés, sans doute.

    Alors les milices armées laisse tomber, pour l’instant du moins, dans l’immédiat, mais par contre la grève générale reconductible, si vous lisez mon autre papier sur ce même site, vous comprendrez qu’il s’articule parfaitement à celui-ci. Récapitulons une séquence possible (plus possible dans l’immédiat, c’est vrai) : 1 soutien à un gouvernement de rupture relative (re-la-ti-ve) avec les réquisits du capital social, histoire que ça fasse du balai dans le personnel d’Etat rotatif coopté par la dirigeance capitaliste ; mais soutien critique qui ne fasse jamais retomber la pression et multiplie les interventions, sabotages etc. bref amplifie la guérilla sociale pour tester le gouvernement - et pourquoi pas éventuellement obtenir son appui (le Front populaire espagnol a ouvert grand ses arsenaux quand Franco s’est mutiné) ; 2. envisager en permanence de faire culminer le mouvement social dans la grève générale reconductible en cas de réticence, recul ou même seulement stagnation du gouvernement ’NUPES’ putatif.

    Or ce gouvernement n’a pas eu lieu. Il reste donc le mouvement anti-réforme des retraites. Lisez l’autre tribune que j’ai faite et vous verrez que le SEUL horizon que j’envisage, d’accord avec RP et le réseau GG c’est la grève générale reconductible. Pourquoi pas ça ne se goupille pas, ou pas encore, etc. moi je ne suis pas au milieu de la mêlée, vivant à l’étranger et faisant ce que je peux pour jeter quelques lumignons dans la bataille par solidarité internationaliste avec les gens qui se lèvent. Je ne suis affilié ni CGT ni Sud et sous-travaille dans un secteur (l’enseignement supérieur, un strapontin, je ne me contredis pas rassurez-vous) où l’idée de trahir les patrons ne se posera jamais. Pas l’impression que toute l’université française soit vent debout contre la réforme. à part Lordon.
    Vous voyez un peu mieux ? L’intellectuel qui se la pète se fait-il comprendre un peu mieux ?

  • Je vois pareil .En fait comme tout à échoué ,tout peut donc etre essayé voire réessayé.c’est ce que je comprends de vos phrases à tiroir.
    justement je ne suis pas d’accord avec ce relativisme historique et que histoire ayant donné des exemples de tout,cela veut dire aussi des leçons sur rien.
    la aussi je suis en total desaccord,cela justifierai un horizon ahistorique.
    le Mir,les a nards à Barcelone,valideraient un soutient à la NUPES gouvernementale dites vous,l’approche que j’ai de l histoire longue m’en empêche absolument.
    Votre philosophie historicopolitique vous enseigne une autre position,fort bien,mais ni vous ni moi ne pouvons être certain de la justesse future de notre choix.
    c’est cela l’horreur de la politique,vouloir l,émancipation humaine mais risque de prendre de mauvais chemins pour l’obtenir.

  • "ni vous ni moi ne pouvons être certains de la justesse future de notre choix", indiscutable.
    tout a échoué, mais les solutions ne sont pas infinies et ce qui a échoué une fois ne doit pas échouer toujours.
    je ne plaide donc pas pour la répétition pure et simple, qui d’ailleurs n’existe pas. je plaide pour qu’on se souvienne de ce que l’histoire montre beaucoup plus de créativité que tous les sectarismes principiels à la con.
    je plaide pour une recombinaison créative des quelques éléments à disposition du camp désarmé par définition, celui des exploités et des dominés en général.
    le Front Populaire espagnol a ouvert les arsenaux et ça a échoué.
    mais Allende a refusé d’ouvrir les arsenaux et ça échoué aussi.
    les anars ont soutenu le Front espagnol, promu son élection et ça échoué.
    mais ils ont refusé ailleurs et le plus souvent les élections, comme les bordigos et les conseillistes et ça a échoué aussi.
    ce n’est pas parce que tout a échoué jusqu’ici que ça échouera toujours.
    les situations ne sont jamais exactement les mêmes.
    on peut éviter certaines erreurs à coup sûr, ça s’appelle tirer les leçons de l’histoire.
    mais le capitalisme fabrique l’oubli comme la nuée l’orage, si Jaurès permet l’emprunt.
    or il n’y a plus de mouvement organisé.
    il n’y a plus d’institutions de ce mouvement, par conséquent, et je ne parle même pas de parti en dur. ne fût-ce que des centres d’études et d’enseignement, de transmission de la mémoire.
    plus de programme, plus de Bordiga non plus - qui refusait son soutien aux républicains espagnols, lui, plus ’radical’ que les anars, en l’occurrence plus idiot (certains des siens ne l’ont pas suivi d’ailleurs pour le coup).
    les jeunes qui sortent de la fac aujourd’hui ne savent ni lire ni écrire.
    et je ne parle pas des modes d’emploi du téléphone.
    ça devient très compliqué.
    mais qui n’essaie rien
    et ne propose rien
    n’a rien
    a déjà perdu.

  • Le malheur n’est pas de ne pouvoir être d’accord a 100% avec tout le monde,c’est plutôt de ne pouvoir être en désaccord à 100% avec tout le monde aussi.
    cela devrait en théorie interdire tout sectarisme synonyme de cretinisme sot.
    ou mettre le curseur est parfois plus intelligent que de se demander où se situe le vrai.


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