LE PALESTINIEN ACCEPTABLE !

Qui nous a conféré le droit de décider comment un peuple doit se comporter pour mériter la liberté ?
12 septembre 2026 Allain GRAUX

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Il semble que presque toute forme de résistance palestinienne finisse par se heurter à quelqu’un prêt à en expliquer les limites.

Mais il existe une limite où ces conditions deviennent particulièrement visibles : la lutte armée. Lorsque les Palestiniens prennent les armes, ils cessent d’être de simples victimes que l’on pourrait plaindre et deviennent des sujets qui cherchent à intervenir directement dans leur propre histoire. À cet instant, la question ne se pose plus de savoir quelles violences ils subissent, mais quelles violences ils commettent. L’occupation, les expulsions, l’emprisonnement, les colonies, le blocus et les bombardements deviennent secondaires, tandis que la riposte palestinienne occupe le devant de la scène. Comme si l’histoire commençait précisément à l’instant où les colonisés décident de réagir.

  • Le Palestinien acceptable
    Il y a un Palestinien qu’il est relativement facile d’écouter. Il peut raconter comment il a perdu sa maison, montrer la clé que sa famille conserve depuis 1948, parler du camp de réfugiés où il est né, des années passées dans une prison israélienne, du fils qu’il a perdu sous les bombardements, ou de l’oliveraie ravagée par les colons. Il peut pleurer devant une caméra, implorer de l’aide et dénoncer l’occupation. Sa souffrance est bouleversante et, tant qu’elle reste contenue dans cette image, elle peut susciter une immense solidarité.

Le problème surgit lorsqu’il cesse de se contenter d’expliquer ce qu’il a subi et commence à parler de sa riposte. Dès lors, nous n’avons plus affaire à une simple victime, mais à un acteur politique. Or, un acteur politique a des objectifs, des organisations, des alliances, des stratégies et sa propre conception de la libération. C’est là que commence l’analyse. On demande au Palestinien ce qu’il condamne, quelles organisations il reconnaît, quelles méthodes il juge légitimes, quelles limites il est prêt à accepter et quelle solution politique il devrait privilégier. Il peut résister, bien sûr, mais il doit le faire de la bonne manière.

Il y a quelque chose de profondément contradictoire dans cette relation. Plus le Palestinien paraît démuni, plus il est facile de soutenir sa cause. L’enfant enseveli sous les décombres ne pose pas de problèmes politiques majeurs. La famille expulsée de son logement peut susciter l’indignation. La vieille dame qui conserve encore la clé de la maison dont elle a été chassée en 1948 peut devenir un symbole universel de l’exil. Mais la perspective change lorsque ces mêmes personnes parlent de retour, de libération ou de résistance. Car alors, elles cessent d’être de simples victimes d’une injustice que nous pouvons condamner sans nécessairement nous interroger sur les conséquences politiques que cette condamnation devrait avoir.

Résistez, mais dans certaines limites.

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