Bellaciao
Nicole Viloteau, résistante du vivant et femme libre, nous a quittés
Dans un monde où la biodiversité s’effondre sous les coups des multinationales, des agro-industries et des logiques impériales, Nicole Viloteau incarnait une autre manière d’être au monde.

Nicole Viloteau, la femme aux serpents, nous a quittésNicole Viloteau, surnommée « la femme aux serpents », est décédée le 18 mai 2026 à Combs-la-Ville, à l’âge de 80 ans. Née le 20 avril 1946 à Pougues-les-Eaux, elle laisse derrière elle une œuvre singulière, farouchement libre, dédiée aux reptiles et aux territoires sauvages que le productivisme et l’avidité néocoloniale s’acharnent à détruire.
Diplômée des Beaux-Arts, photographe-reporter, naturaliste, herpétologue et écrivaine, elle a consacré sa vie à ceux que la société dominante méprise ou extermine : serpents, varans, dragons de Komodo, faune tropicale menacée. Des jungles de Madagascar aux déserts australiens, de l’Amazonie à l’Afrique, elle a parcouru à pied des milliers de kilomètres, souvent seule, initiée à la survie par des Aborigènes et des tradipraticiens gabonais. Elle a photographié, filmé, écrit sans jamais se plier aux codes du tourisme ou du documentaire commercial.
Elle a frôlé la mort à plusieurs reprises. En 1971, à 25 ans, mordue au visage par un crotale nord-américain étiqueté par erreur comme inoffensif. L’armée française a dû faire intervenir un Mirage pour faire venir le sérum depuis Genève. Allergie, deux mois d’hôpital. Plus tard, morsure de mamba, charge de buffle au Gabon, blessures par des braconniers, malaria… Rien ne l’a arrêtée. Elle a continué à défendre ces animaux « victimes de préjugés », à montrer leur beauté et leur place dans des écosystèmes que le capitalisme extractiviste ravage.
Ses livres – La Femme aux serpents, Les Dragons de Komodo, Bivouacs, Jungle mystère, Brousses lointaines et bien d’autres – et ses documentaires restent des témoignages d’une passion irréductible. Elle a su unir art, science et aventure sans jamais se laisser récupérer par les institutions qui préfèrent les stars médiatiques aux exploratrices marginales.
Dans un monde où la biodiversité s’effondre sous les coups des multinationales, des agro-industries et des logiques impériales, Nicole Viloteau incarnait une autre manière d’être au monde : respectueuse, curieuse, courageuse, indifférente aux modes et aux pouvoirs. Une femme libre qui a aimé ce que d’autres haïssent ou exploitent.
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