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La route, une autre victime de la crise ?

de : Cyril
mardi 12 octobre 2021 - 10h42 - Signaler aux modérateurs

Alors que, depuis plusieurs années maintenant, de nombreuses voix s’élèvent pour alerter nos dirigeants sur l’état alarmant du réseau routier français, l’État ne semble pas prendre la mesure du problème. Les années passent et la situation s’aggrave à tel point qu’il y a désormais urgence. La crise risque de reléguer très loin ce sujet bien qu’il touche une grande majorité de Français pour lesquels les déplacements par la route font partie du quotidien.

Les routes françaises vont-elles finir dans une impasse ? On peut se poser la question au regard des différents indicateurs qui font tous état une dégradation du réseau routier de notre pays depuis bientôt une décennie. En effet, alors que la France pouvait s’enorgueillir de posséder les meilleures infrastructures routières au monde en 2012 selon un classement établi par le World Economic Forum, elle ne pointait plus qu’à la 18ème place de ce même classement en 2019 ! Une chute vertigineuse qui était pourtant évitable si les pouvoirs publics avaient été mobilisés et prêts à investir à la hauteur des besoins d’entretien et de rénovation d’un réseau dense.

Un déficit chronique d’investissements

À observer la réticence de l’État à allouer un budget à la hauteur des besoins, on est en droit de s’interroger sur la compréhension qu’ont les responsables politiques de l’intérêt d’avoir des routes en bon état. Le plan de relance du gouvernement – présenté en septembre dernier – est très révélateur de ce point de vue. Aucune mesure pour améliorer l’état des routes françaises n’y est annoncée et, pas un euro sur les cent milliards n’y est alloué. La thématique de la route n’est évoquée que dans le cadre du développement des bornes de recharges sur les routes nationales et les autoroutes, ce qui est une très bonne chose étant donné le manque cruel d’équipements de notre pays en la matière, mais c’est bien trop peu. D’autant que, plus l’État tarde à réagir, plus il lui sera difficile de combler son retard, et plus les sommes à engager pour une remise en état digne de ce nom du réseau routier seront importantes. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir été prévenu !

Déjà, en 2012, la Fédération nationale des travaux publics alertait sur les difficultés financières des collectivités locales qui menaçaient l’entretien du réseau routier dont elles avaient la charge, chiffrant le besoin de financement non satisfait à 7 milliards d’euros. Trois ans plus tard, un article du Figaro mettait en lumière « L’alarmant état des routes de France », et encore deux ans plus tard, un rapport d’information du Sénat sur l’état des infrastructures confirmait et étayait cette situation avec notamment « une tendance à la dégradation du réseau routier national non concédé ». La Fédération des Routes de France estimait alors que les moyens financiers consacrés à la voirie par l’administration publique avaient baissé d’environ 25 % entre 2013 et 2016 et pointait du doigt le fait que, si en 2016, 15 milliards d’euros avaient été investis dans le réseau routier, cette somme ne représentait que 0,6 % de la valeur totale du réseau. « À ce rythme, il faudra plus de 160 ans pour renouveler l’ensemble du réseau », estimait-on alors du côté de Routes de France.

Mais faute de prise de conscience de l’État, en 2018, un audit externe commandé par le gouvernement soulevait à nouveau le problème en des termes encore plus alarmistes, estimant que, sans changement majeur de politique sur les infrastructures routières dans les prochaines années, plus de 60% des chaussées seraient très dégradées d’ici 2037 ! À la suite de ces multiples alertes, le gouvernement avait enfin réagi. Elisabeth Borne et Nicolas Hulot, alors respectivement ministres des Transports et de la Transition écologique, avaient annoncé un plan de sauvegarde des routes pour 2019 avec notamment un milliard d’euros consacré à l’entretien et à la modernisation des routes. Un plan qui n’a pas entrainé de mouvement de fond sous la houlette du duo actuel Jean-Baptiste Djebbari-Barbara Pompili.

Des investissements routiers à l’impact positif

Pourtant, investir sur le réseau routier assure des retombées positives indéniables. Comme le rappelle Routes de France dans son rapport intitulé L’état de la route 2020, le réseau routier français n’est ni plus, ni moins que le premier réseau social de notre pays puisqu’il assure 87% des échanges de biens et de personnes. De plus, la route favorise les échanges économiques et l’accès aux services, et lutte contre la désertification rurale en irriguant en profondeur le territoire. Il suffit de se remémorer ce qui s’est passé en octobre 2020 dans la vallée de la Roya, lorsque les intempéries ont rendu de nombreuses routes impraticables, coupant ainsi du monde plusieurs villages, pour mettre en évidence l’importance des routes dans notre vie quotidienne ainsi que dans le désenclavement et la dynamisation des territoires.

Outre ce rôle social non négligeable, la route s’avère absolument indispensable à l’économie de notre pays. Comme le détaille Routes de France, les entreprises de construction routière emploient à elles seules plus de 82.000 personnes. Plus largement, ce sont 2,2 millions d’emplois qui sont liés à la route, entre la production de matières premières, l’industrie automobile, les transports, la construction et l’entretien des voies. Un argument de poids qui devrait convaincre Bruno Le Maire de soutenir le secteur routier, lui qui, il y a à peine quelques mois, exhortait les acteurs du BTP à faire travailler les ouvriers français et à engager des jeunes. Par ailleurs, la route reste incontournable avec les trois-quarts des Français qui utilisent leur voiture pour se rendre sur leur lieu de travail, un chiffre qui atteint même 85% dans les campagnes.

Enfin, le gouvernement se prive d’un allié de poids dans sa politique environnementale en ne mettant pas les fonds nécessaires sur la table. En effet, depuis plusieurs années maintenant, tous les acteurs de ce domaine d’activité sont pleinement impliqués dans la transition écologique et multiplient les initiatives afin de rendre la route plus verte. Du côté des entreprises en charge de leur construction, par exemple, des matériaux plus respectueux de l’environnement ont été mis au point, comme un liant végétal pour remplacer le bitume ou un enrobé 100% recyclé, afin de remplacer les revêtements dégradés. Du côté des autoroutes aussi, tout est fait pour réduire l’impact écologique de la route et des déplacements, en favorisant l’écomobilité : voies réservées au covoiturage ou aux transports en commun, déploiement de bornes de recharge électrique, créations de hubs multimodaux… Autant d’initiatives bienvenues pour rendre la route plus durable.

Infrastructure clé des mobilités, la route mérite les investissements à la hauteur de son utilité sociale et de sa possible contribution à la décarbonation de l’économie.


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